Bioule : les enfants et les seniors partagent leur repas tous les midis

Depuis 8 ans, plusieurs seniors de Bioule vont manger chaque jour à la cantine scolaire, entourés par la centaine d’enfants de l’école du village. C’est une initiative qui plaît aussi bien aux personnes âgées qu’aux enfants et qui permet de renforcer les liens intergénérationnels dans la commune.

Une cantine pour tous

A Bioule, une petite commune de 1.000 habitants située dans le Tarn-et-Garonne, les anciens du village peuvent déjeuner à la cantine de l’école, qui réunit les enfants de maternelle et de primaire. Ce service, réservé aux habitants de plus de 75 ans, est venu dans l’esprit du maire, Gabriel Serra, tout d’abord comme une plaisanterie. En effet, en 2010, alors que la cantine de l’école est en pleine rénovation, il croise tous les jours sur le chantier des anciens du village qui s’intéressent très fortement aux travaux. Il finit par leur proposer de déjeuner à la cantine scolaire, une fois celle-ci reconstruite, sans se douter que l’idée pouvait réellement les intéresser. Mais les seniors se montrent très ouverts à cette idée, et lui-même finit par saisir le potentiel et l’intérêt social de mettre en place une telle initiative : en réunissant ces deux publics, la cantine crée en effet un fort lien intergénérationnel entre eux.

Voilà maintenant huit ans que ce service a été mis en place. Pour chaque repas de midi du lundi au vendredi, les seniors qui se sont inscrits, sont attendus à la cantine scolaire où ils retrouvent, avec joie et impatience, les enfants de l’école.

Un lien intergénérationnel renforcé

Grâce à cette idée, les enfants de l’école maternelle et primaire développent un lien fort avec certains membres du village. Cela leur permet de développer leur capacité d’entraide et leur altruisme. Et ils trouvent souvent, avec les personnes âgées, un public réceptif et bienveillant à leur égard. Ironiquement, les effets sont contraires mais bénéfiques pour les deux générations : les enfants sortent plus apaisés de ces rencontres et les aînés se sentent, eux, revigorés.

C’est surtout pour les personnes âgées que l’initiative est la plus bénéfique. Cela permet de rompre avec leur quotidien et de les sortir de la solitude, l’un des principaux problèmes liés au 3ème âge, notamment lorsqu’on est veuf et/ou éloigné de sa famille. C’est d’ailleurs pour cette raison, que Marie-Louise, qui vit seule, a décidé de participer à l’expérience : « Ça nous donne un peu de réjouissance avec les enfants. Et puis, ça brise un peu notre solitude », comme elle le confie à France 5. Ce service permet aussi de répondre au problème d’alimentation que rencontre de plus en plus de personnes à mesure qu’elles vieillissent : en leur offrant un repas équilibré de qualité, on leur offre, paradoxalement, la possibilité de rester autonomes chez elles.

Une expérience qui convainc de plus en plus de communes

En 2010, Bioule était le premier village à proposer ce service. Mais depuis, une cinquantaine d’autres communes, de tailles différentes, ont décidé de se lancer dans l’expérience. Chacune a ses propres règles : à Noaillan, en Gironde, les seniors peuvent venir déjeuner le mardi. Lors de la première, le 6 mars 2018, ils ont reçu des cadeaux faits par les enfants. A Tressin, dans le Nord, c’est la Caisse Centrale d’Activités Sociales (CCAS), qui a lancé l’initiative, suivie ensuite par la mairie : là encore, le service n’est pas proposé tous les jours mais le lundi et le vendredi uniquement. Enfin, à Chateau-Du-Loir, l’initiative est portée auprès des retraités qui se trouvent en maison de retraite ou en foyer.

Dans tous les cas, l’expérience a été concluante et tous ont pu constater le travail de transmission qui s’accomplit ainsi. Les échanges entre les enfants et les aînés, que ce soit des conversations, des histoires ou des blagues se font dans les deux sens. Et l’atmosphère particulière des cantines ne semblent pas rebuter les personnes âgées, comme le confirme Gabriel Serra à l’émission La Quotidienne : « Nous avions peur que le bruit des enfants les perturbe, mais ils m’ont dit au contraire ; c’est la vie : on les entend, on est là, on existe quand on est avec eux. »

Les règles à suivre pour une bonne mise en place

Avant de mettre en place ce service, les communes étudient d’abord la question et passe par une phase d’expérimentation : actuellement à Marquette-Lez-Lille, la mairie va expérimenter cette initiative du 8 au 15 octobre, pendant la semaine bleue, avant d’envisager une mise en place définitive de la cantine intergénérationnelle au cours de l’année 2019.

Le cadre peut être très complexe : il ne faut pas que ce service fasse de l’ombre aux restaurants, et de manière générale aux commerces de la commune. Il ne faut pas non plus que cela concurrence de manière déloyale les services de livraison de repas à domicile, parfois mis en place par la commune elle-même. Et, enfin, le tarif de la cantine ne peut avoir la même réduction que celle appliquée aux enfants, sans pour autant que la mairie ne puisse faire de bénéfice sur ces repas. C’est pour respecter toutes ces règles très strictes que Bioule a décidé de limiter l’accès de ce service aux seules personnes âgées de plus de 75 ans et qui doivent aussi résider dans la commune. Généralement, le tarif est établi entre 5 (5,20 à Chateau-du-Loir et Tressin) et 6 euros (comme à Bioule) par personne.

Malgré ses règles et sa préparation en amont, la cantine générationnelle reste une excellente initiative qui devrait voir le jour dans de plus en plus de communes.

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