Côte d’Or : quand culture rime avec agriculture

Depuis 2015, de nombreuses initiatives ont vu le jour dans un village de la Côte d’Or. Brasserie bio, poulailler, maraîchage,… le GFA Champs libres a su tout aussi bien redynamiser l’agriculture que la vie locale dans cette petite commune rurale.

Champs libres, un projet initié par un couple d’amis

En 2015, Léo et Myriam se sont installés à Mâlain, petite commune de plus 700 habitants située dans le département de la Côte d’Or. En collaboration avec un autre couple d’amis, ils ont décidé de renouveler l’agriculture locale. Pour cela, ils ont monté un projet de groupement foncier agricole (GFA) appelé Champs libres. Une centaine de personnes ont participé au capital d’achat collectif des premières terres et ont donc fourni les 36.000 euros de fonds nécessaires pour financer l’exploitation.

Selon sa charte, le GFA Champs libres a de nombreux objectifs puisqu’il souhaite à la fois « favoriser une agriculture respectueuse de l’humain, de l’animal et de l’environnement », « encourager l’économie locale en contribuant à leur installation, au démarrage et à la pérennisation de leurs activités » et « contribuer à une alimentation responsable ». Même si l’agriculture biologique n’est pas un impératif, tous les projets sont, actuellement, labellisés ainsi.

À l’heure actuelle, Champs libres compte 126 associés, six hectares de terres agricoles et quatre porteurs de projet.

Une production agricole renouvelée

Dès 2015, Champs libres a récupéré les vignes d’un viticulteur bio, parti à la retraite. L’année suivante, 2 hectares de terres céréalières sont loués au boulanger du village, qui produit 200 kg de pain par semaine. Il fournit en grande partie la commune (80%), et vend le reste par l’intermédiaire des Amap (20%). En 2017, c’est une production d’œufs bio qui est lancée. La Ferme de la cocotte d’or, composée d’un élevage de 249 poules logées dans  un poulailler en bois auto-construit, devrait s’agrandir prochainement avec l’arrivée d’un second poulailler, permettant ainsi de doubler le nombre de poules. Enfin, le GFA a donné naissance à La Milpa, un jardin-potager en permaculture de 200m2. Son activité a commencé cette année.

L’ensemble de ces activités est concentré en un même lieu. C’est là qu’est directement vendue la production agricole le mardi et le vendredi. Car en parallèle à la création du GFA, les initiateurs du projet ont créé la société civile immobilière (SCI), Le Convivium de Mâlain afin d’acquérir auprès de la mairie un bâtiment d’environ 800 m2 habitables, situé en face de la gare du village.

Une brasserie artisanale et bio

En 2017, le GFA a permis la création d’une brasserie artisanale et bio, la Microbrasserie de la Roche-Aiguë. L’orge est fournie par la production locale mais le houblon bio est importé depuis la Belgique et l’Allemagne, faute de production française suffisante. Une situation que souhaite améliorer Jennifer, la gérante de la brasserie : « Mon projet est de commencer par une petite production de bières bio avec des matières premières achetées en France mais avec l’idée à terme que la production de houblon et d’orge se fasse sur les terres du GFA avec le collectif ! » Victime de son succès, la demande dépasse largement l’offre, comme elle l’explique à Reporterre.net : « La production actuelle est de 450 litres toutes les deux semaines. La bière est vendue localement, à la brasserie, dans des Amap, sur des marchés, et lors de quelques fêtes locales. »

Les résidus d’orge permettent de fournir une partie de l’alimentation nécessaire au poulailler. D’ailleurs les deux activités, qui promeuvent un retour aux méthodes traditionnelles, permettraient de générer de nombreux emplois en France :« Un rapide calcul économique montre que si tous les œufs étaient produits dans des poulaillers bio de petite taille (500 à 700 poules en vente directe), cela créerait 160.000 emplois en France, contre 15.000 générés par la filière industrielle actuellement. »

Des projets associatifs pour redynamiser la vie rurale

Le projet initial ne se veut pas uniquement agricole. Le Champs libres a aussi pour objectif de « développer des liens éthiques de solidarité, de coopération et d’échanges entre citoyens » et de « promouvoir un milieu rural vivant et solidaire, point de repère dans une société en mutation ». Pour y parvenir, l’association Risomes a été fondée en 2016. Elle propose, entre autres, un café associatif et une « université populaire et buissonnière » qui organise des conférences « agriculturelles ». Cette activité donne lieu à un « arpentage de livres, c’est-à-dire des lectures collectives qui se tiennent dans le café, mais aussi des enquêtes autour de la question de l’alimentation, ce qui permet de créer un lien dans le village entre des personnes de différentes générations. »

Risomes est constituée de huit « groupes action » qui ont chacun leur propres idées. L’un coordonne un projet d’épicerie paysanne bio et coopérative, tandis qu’un autre a installé trois ruches. Il existe également un groupe de solidarité qui cherche à résoudre les problèmes de logement rencontrés par les migrants. Enfin, l’association propose un festival biennal, Atout bout d’champ, lancé en 2017. La première édition a été un franc succès avec ses nombreux stands, ses sept concerts et ses cinq conférences. En tout, 1.300 billets ont été vendus.

Ainsi, en seulement trois années, la commune de Mâlain aura profondément changé. Les nombreuses initiatives montées depuis 2017 grâce au GFA Champ libres démontrent que même une modeste commune peut se révéler particulièrement dynamique et innovante.

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