Espagne : adopter un olivier pour sauver un village

En Espagne, une association a décidé de sauver le village d’Oliete en lançant une initiative bien singulière. Elle a lancé un appel à contribution pour parrainer les nombreux oliviers qui entourent le village afin de relancer son économie. Quatre ans après son lancement, le projet est une véritable réussite.

Un village victime de la dépopulation

La France n’est pas le seul pays qui doit faire face à la désertification de ses campagnes. En Espagne aussi, certaines communes voient leur population se réduire comme peau de chagrin. La dépopulation frappe plusieurs régions, notamment l’Aragon où se trouve la province de Teruel, à la géographie très montagneuse et au climat particulièrement rude. La province compte plus de 236 communes, dont la moitié est composée de villages avec moins de 200 habitants. Victimes de l’exode rural qui a frappé l’Espagne entre 1950 et 1970, beaucoup sont en perdition.

C’est le cas d’Oliete, petit village de 357 habitants aujourd’hui, qui a perdu plus de 2.000 habitants tout au long du XXe siècle, puisqu’on y recensait 2.533 habitants en 1910. Progressivement en déclin, la chute s’est accélérée dans les années 1960 ; Oliete passant brutalement de 1.711  à 1.035 habitants en une seule décennie, pour ensuite continuer à péricliter : 711 habitants en 1981, 574 en 1991, jusqu’à 357 en 2017.

Une association pour sauver les oliviers

Si la région semble rude, elle possède néanmoins quelques richesses. En effet, le village d’Oliete est entouré d’oliviers centenaires : plus 100.000 de ces arbres arborent les alentours du village. Un bien précieux tant l’économie de l’huile d’olive peut se révéler lucrative. Mais cette richesse est laissée à l’abandon depuis des décennies, au point qu’il y a quelques années, la culture menaçait de disparaître à cause du manque d’entretien des champs d’oliviers. En 2013, 70% des champs d’oliviers étaient à l’abandon, délaissés par leurs propriétaires, partis vivre en ville. Cette situation menaçait directement la survie du village.

Car en 2013, à cause de cette exode rural, seuls 54 habitants du village étaient encore propriétaires d’oliviers, contre 378 il y a un siècle. Pour faire face à ce problème, quatre entrepreneurs ont lancé l’opération « Apadrina un olivo » (adopter un olivier) afin de relancer l’attractivité du village et de sauver cette culture.

Parrainer un olivier, un concept innovant

Le concept mis en place par les quatre partenaires est simple : via le site internet, apadrinaunolivo.org, on peut parrainer, pour cinquante euros, un olivier du village d’Oliete. En contrepartie de ce don, les parrains reçoivent de l’huile d’olive vierge extra, produite par la province, et l’arbre filleul est rebaptisé en leur nom.

Pour l’association, le plus grand fléau pour les oliviers, c’est la négligence. Et dans le cas d’Oliete, c’est trente années de négligence qu’il faut compenser. Grâce à ce don, l’association promet donc d’assurer l’entretien des champs d’oliviers. Huit actions sont promises : les arbres sont taillés et les mauvaises herbes sont arrachées. Le sol est irrigué, puis fertilisé, etc. Tout ce traitement est bien sûr réalisé dans le respect de l’environnement, et donc garanti sans utilisation de pesticide.

Un cercle vertueux pour le village

Depuis la création du site, 7.000 arbres ont été « adoptés » par plus de 2.000 parrains. Ceux-ci viennent majoritairement d’Espagne mais il y a aussi des Français, des Allemands ou encore des Italiens. Preuve de leur implication, 3.500 parrains sont venus voir leur filleul, et ont, en même temps, pu découvrir la culture d’huile d’olive locale. Car cette initiative permet aussi de développer le tourisme rural, de plus en plus répandu.

Même s’il reste encore de nombreux arbres à entretenir, les quatre années de ce projet auront déjà eu des répercussions très positives sur le village, en relançant son dynamisme. En effet, l’exploitation des arbres a permis de récréer un cercle vertueux : 14 emplois ont pu être créés, permettant d’endiguer les départs vers les zones urbaines. Le village profite de son exploitation en produisant de l’huile d’olive écologique. Une plateforme de vente en ligne a même vu le jour, l’an dernier. De quoi prouver qu’un village n’est jamais condamné à l’avance.

Vous aussi, exprimez-vous !

Please enter your comment!
Veuillez renseigner votre nom ici

20 + dix-sept =