La Voyageuse : un réseau féminin d’entraide pour voyager en sécurité

Depuis avril, une plateforme d’hébergement, La Voyageuse, propose aux femmes de voyager seule en toute sécurité. Pour Christina Boixiere, sa fondatrice, c’est moins une question touristique qu’un enjeu pour l’émancipation de la femme.

Le voyage solo : une pratique enrichissante mais qui comporte des risques

Le voyage solo a tout pour plaire, et il convainc en effet chaque année de plus en plus d’adeptes. Mais il comporte aussi un certain nombres de risques et ces derniers sont plus importants lorsqu’on est une femme. Christina Boixiere, bordelaise et passionnée de voyage en solitaire depuis 17 ans, a pris conscience de ce problème. Selon elle, et c’est aussi l’avis de beaucoup de globe-trotters, il n’y a rien de mieux que de dormir directement chez l’habitant pour s’imprégner de la culture du pays que l’on visite. Mais cela présente une part de risques non-négligeable, qui suffit à en dissuader plus d’un et surtout plus d’une à partir en voyage. Pour éviter les mauvaises rencontres, Christina a donc décidé de créer un réseau féminin mondiale, La Voyageuse pour permettre aux femmes de voyager sans danger.

Le projet, qui fait l’objet d’une campagne de financement participatif en décembre 2018, prend la forme d’une plateforme d’hébergement en ligne, sur le modèle de CouchSurfing, mais en étant exclusivement réservée aux femmes. Une position parfaitement assumée, comme annoncé sur le site de La Voyageuse : « Il existe de nombreux sites proposant des hébergements chez l’habitant. Cependant, nous pouvons encore entendre des histoires de femmes racontant de mauvaises expériences avec leurs hôtes, principalement liées à leur sécurité personnelle. C’est le fait que les femmes voyageant seules sont plus facilement exposées à des problèmes de sécurité personnelle que les hommes. Nous voulons changer cela en proposant simplement une option alternative – un service d’hébergement SÛR et réservé aux FEMMES seulement. »

Un processus de sécurité pointu pour un hébergement de confiance

Voyager en solitaire présente toujours un risque pour les hommes et les femmes. Mais ces dernières sont confrontées à des dangers spécifiques : « La dure vérité est que le voyage fonctionne différemment pour les femmes. Elles doivent faire face à des problèmes de harcèlement sexuel et de sécurité personnelle beaucoup plus souvent que les hommes. Elles n’ont même pas de droits humains fondamentaux dans certaines cultures. Cela dit, nous sommes conscients que les hommes peuvent avoir à faire face à ces problèmes dans certaines circonstances. Mais il est indéniable que les femmes sont plus facilement exposées à ces problèmes. »

Pour garantir la sécurité de ses adhérentes pendant les hébergements, La Voyageuse propose toute une série de mesures prises en amont : chaque membre fait l’objet d’« un processus complet de vérification initial, ainsi qu’une vérification continue. » Après avoir créé leur profil, les adhérentes doivent fournir une photocopie de leur carte d’identité. Ensuite, elles sont contactées par l’équipe de la plateforme : « L’objectif de l’appel est de s’assurer que les informations fournies (y compris les coordonnées personnelles et les détails du profil) sont authentiques. Cela nous aide également à mieux comprendre les motivations et les attentes des nouveaux membres afin d’écarter ceux qui ne sont pas appropriés pour un tel service. » Ce n’est qu’une fois l’ensemble de ses vérifications faites, qu’une adhérente peut devenir hébergeuse.

Ce système très pointu est financé par les voyageuses : pour adhérer, elles doivent payer un abonnement d’un an à 119 euros. Mais c’est un coût à relativiser ; les hébergements sont gratuits et illimités.

Voyager : un moyen d’émancipation pour les femmes

Pour Christina, le voyage est un excellent moyen d’émancipation pour les femmes, comme elle le confie à France Inter : « c’est ça qui me motive, le voyage donne le goût de la liberté et de l’indépendance, on fait souvent de merveilleuses découvertes qui nous changent à jamais. » Les mères ne sont pas en reste : elles peuvent profiter du réseau si elle voyage avec un enfant de moins de 12 ans. Et avec sa plateforme, qui devrait prochainement avoir une version anglaise et japonaise, la fondatrice compte également briser des barrières ailleurs : « Voyager seule pour une femme est un acte courageux et pour des femmes qui viennent de pays comme l’Inde ou la Chine, c’est presque un acte révolutionnaire. On cherche à émanciper les femmes, à leur offrir une forme de liberté. Nous voulons qu’elles se sentent bien mais surtout indépendantes ».

Pour cela, elle se fixe un objectif ambitieux : « Je souhaite, avec Les Voyageuses, aider toutes les femmes du monde entier à réaliser leurs rêves de voyages au moins une fois dans leur vie. »

Christina anticipe également certaines critiques qui pourraient reprocher au projet de « séparer le monde en deux ». En réalité, la plateforme ne fait que répondre spécifiquement à un problème propre aux femmes ; les hommes peuvent recourir aux services d’hébergement qui existent déjà. La FAQ du site n’hésite d’ailleurs pas à s’adresser directement aux hommes pour expliquer que cette solution profite, en réalité, à tous : « Au-delà de la solidarité féminine, c’est une question d’égalité des genres. Pensez-y Messieurs, votre fille, votre amie, veulent explorer le monde seules, et désormais, elles auront le choix d’être accueillies par des femmes de confiance ! Ne seriez-vous pas moins inquiet ? C’est un projet dédié aux Voyageuses solitaires, mais finalement, c’est pour TOUS ! »

La Voyageuse : un succès déjà au rendez-vous

Depuis quelques années, selon les chiffres de l’organisation mondiale du tourisme, le nombres de femmes qui voyagent en solitaire ne cesse d’augmenter. En effet, les voyageuses seraient passées de 59 millions à 138 millions entre 2014 et 2017. De quoi se montrer optimiste par rapport aux objectifs de Christina qui souhaite exporter son projet à l’échelle mondiale.

Pour l’instant, la plateforme, lancée le mois dernier, ne propose que des hébergements situés en France, mais le succès est déjà au rendez-vous. La Voyageuse compte actuellement plus de 400 hébergeuses prêtes à accueillir des voyageuses, françaises comme étrangères, en toute sécurité. En combattant les faux comptes et les faux profils, véritable fléau des sites d’hébergements, la plateforme propose un service fiable et de qualité qui lui assure le succès tout en répondant à une attente croissante. Preuve de cette demande, la campagne de financement participatif pour le lancement du projet a atteint ses objectifs en moins d’un mois. Car aujourd’hui, 80% des femmes redoutent une mauvaise rencontre lors d’un voyage. Avec La Voyageuse, la méfiance laisse place à la confiance et la question du logement est finalement mise au second plan par rapport à l’expérience humaine. De quoi donner envie de partir en voyage…

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