Le Carillon : l’association qui rapproche commerçants et SDF

Des commerçants qui ouvrent leur porte aux personnes sans domicile pour leur proposer de boire un verre, utiliser leurs toilettes, recharger leur portable : c’est le pari réussi d’une association qui a lancé Le Carillon, un projet solidaire innovant. Depuis sa création, de plus en plus de commerces participent à l’opération.

Venir en aide aux SDF

Fin 2015, l’association La Cloche lançait un tout nouveau projet, Le Carillon, destiné à venir en aide aux personnes sans abri grâce à la solidarité des commerçants. L’initiative se présente comme « un réseau de commerçants solidaires qui proposent des petits services gratuits à tous ceux qui en ont besoin. » Concrètement, les commerçants apposent un autocollant sur leur vitrine qui indique aux sans-abri les services qu’ils peuvent obtenir chez eux. Ils peuvent être de toutes sortes, allant des plus essentiels comme le fait d’offrir un verre d’eau, un café ou un sandwich, aux besoins plus usuels comme recharger un portable, leur permettre de téléphoner ou d’aller aux toilettes.

L’intérêt est de rompre l’isolement des sans-abri et d’empêcher la gêne qu’ils peuvent ressentir et qui les empêchent parfois de demander ces services pourtant importants. Le Carillon se donne pour mission de s’attaquer « aux freins au lien social : le manque de communication, la peur de l’inconnu, le sentiment d’impuissance de ceux qui voudraient aider…le tout en proposant un modèle d’engagement. »

Identifier les commerces et les services proposés

Le système est très simple : « les commerçants qui font partie du réseau sont identifiables grâce à des pictogrammes qui sont affichés sur leur devanture et qui indiquent les différents services qu’ils offrent. » En tout, une vingtaine de pictogrammes existent, correspondant aux services évoqués plus haut. Sa simplicité a convaincu bon nombre de commerçants comme le témoigne l’un d’entre eux, ravi de participer à l’initiative : chez lui, les sans-abri peuvent trouver « café, petit déjeuner, déjeuner, sandwich mais aussi recharger leur téléphone et utiliser les toilettes. L’idée est très bonne. Il faudrait que tout le monde s’y mette ! »

Pour Louis-Xavier Leca, le fondateur du Carillon, l’objectif était de relier les commerçants aux personnes sans abri, comme il l’explique au micro de France Inter : « J’ai essayé de trouver un système simple pour exprimer la bienveillance, montrer que la porte du commerçant était ouverte pour faire en sorte que celui qui est à la rue ne se retrouve pas encore rejeté. » Un sentiment que, malheureusement, beaucoup de personnes sans domicile partagent : 83% d’entre eux ressentent le rejet des passants et commerçants et l’image qu’ils portent d’eux-mêmes serait leur 3e préoccupation.

Combattre l’isolement des SDF

Créer du lien social et combattre l’isolement des personnes sans abri font partie des objectifs principaux du Carillon : il « cherche à favoriser la création de liens d’amitié afin que personne ne se sente seul. » Preuve en est le fait que l’écoute fasse partie des services que les commerçants peuvent proposer. Cela concerne même l’ensemble des échanges, car « s’ils ont clairement pour objectif de répondre aux besoins primaires (boire, manger, se soigner) », ils visent surtout à « favoriser la création de lien durable ».

Les commerçants ne sont pas les seuls concernés par cette initiative. Louis-Xavier Leca le rappelle : « Notre slogan, c’est chacun pour tous. On pense que tout le monde peut mettre sa pierre à l’édifice : un moment privilégié, une écoute, une oreille à une personne en souffrance ». En effet, les clients peuvent aussi faire montre de solidarité grâce aux produits « en attente ». Là encore, le concept est simple : ils achètent un produit (boisson chaude, repas,…) ou un service (coupe de cheveux, etc.) à un prix solidaire auprès d’un commerce du réseau et celui-ci est mis en attente jusqu’à ce qu’une personne sans domicile puisse en profiter.

Un réseau de 800 commerces

Mis en place en 2015, le réseau Le Carillon compte désormais plus de 800 commerces partenaires. Ce qui n’était à l’origine qu’une initiative limitée au 11e arrondissement de Paris, s’est très vite développée dans d’autres quartiers de la capitale et dans d’autres villes de France. Désormais, les villes de Lille, Nantes, Marseille, Bordeaux, Lyon et Strasbourg comptent aussi un réseau de commerces solidaires.

C’est un projet qui apporte énormément aux personnes sans domicile qui se sentent moins rejetés : « Grâce à ça on rentre et se dit : tiens, on peut avoir ça ! Tel service ou tel service. On est considéré comme un individu comme un autre. » Mais c’est aussi une expérience bénéfique pour les commerçants : « J’ai appris des trucs que je n’apprendrais peut-être pas avec les clients qui viennent au magasin. C’est moi qui ai besoin de les écouter », confesse un poissonnier parisien.

Si l’association reconnaît ne pas pouvoir « s’attaquer » aux « causes de l’exclusion et de la situation des personnes à la rue » qui sont très diverses et profondes, elle a le mérite d’ « être un palliatif à l’isolement et au sentiment de rejet que peuvent » ressentir ces personnes. Surtout, Le Carillon réussit à engager, grâce à un système simple et efficace, une dynamique sociale sur un modèle gagnant-gagnant. Il n’est alors pas étonnant de voir ainsi cette initiative se développer aussi vite dans les grandes villes, et pourquoi pas, bientôt, dans toutes les communes.

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