Nouvelle-Aquitaine : des balades locales et solidaires dans les quartiers de Bordeaux

A Bordeaux, une association propose des balades touristiques alternatives, guidées par des personnes en difficulté d’insertion. Le concept, simple et efficace, permet à la fois de valoriser les quartiers populaires et de permettre à des personnes sans emploi de retrouver une activité.

Des balades touristiques solidaires

Depuis 2017, l’association Alternative Urbaine propose un « tourisme alternatif à impact positif pour le territoire ». Ce sont des visites guidées de lieux importants, mais généralement délaissés par les offres touristiques classiques, et qui sont dirigées par des personnes en difficulté d’insertion. Concrètement, cela prend la forme de « balades urbaines pédestres » qui visent à remplir ces deux fonctions : elles « valorisent le patrimoine des quartiers dits populaires de la Métropole bordelaise », et elles constituent « une activité-tremplin rémunérée pour [les] éclaireurs urbains qui animent les balades grâce à une convention passée avec l’association, ARE33 », en charge de l’insertion professionnelle de personnes en difficulté. Les balades sont ouvertes à tous les publics, et les prix sont libres ; « Cela fait partie des valeurs que nous portons. Nous souhaitons proposer des loisirs accessibles à chacun indépendamment de ses moyens financiers », précise le site de l’association.

C’est à Paris, en 2014, que le concept de ces balades a vu le jour. Depuis, seule l’association bordelaise a décliné ce principe dans sa ville. Elle est d’ailleurs « indépendante » mais reliée à celle de Paris, qui possède le même nom, Alternative Urbaine, par « une convention de franchise ».

Proposer un nouveau regard sur la ville

La coordinatrice de l’association, Marie Hebrard, évoquait l’objectif de ces balades sur la chaîne de radio Witfm : « L’idée, c’est de valoriser ces quartiers qui sont peu fréquentés généralement par les visiteurs et boudés par les touristes. Nous voulons montrer que ces quartiers ont une richesse historique assez grande, qu’il y a un patrimoine qui est également riche à observer et une vie aussi locale, une réelle ambiance de quartier. » Ainsi, ces balades mélangent « histoire, patrimoine, vie locale et vie associative ». Pour Marie Hebrard, l’effet est là : « On change de regard après une balade avec Alternative Urbaine ».

Et comme le concept est différent des visites touristiques traditionnelles, le public l’est aussi : « c’est essentiellement des habitants de Bordeaux Métropole ou du département qui nous rendent visite », confirme, toujours sur Witfm, la coordinatrice d’Alternative Urbaine. Avant d’ajouter : « C’est plutôt un tourisme local, même si on essaie de s’ouvrir à une diversité des publics. » Mais le fait que ce soit les habitants des quartiers qui participent aux visites renforce leur dynamisme car, « quand un sujet va être évoqué par un éclaireur, il arrive régulièrement que les habitants se saisissent du sujet pour le compléter ».

L'alternative urbaine Bordeaux

Permettre la réinsertion des « éclaireurs »

Le point fort de ces balades est de permettre aux éclaireurs qui les animent de retrouver une activité : « Ce sont des personnes en insertion socio-professionnelle qui sont formées au début d’année, avant que la saison ne commence. Elles sont formées et rémunérées, bien évidemment pendant les balades » explique Marie Hebrard sur Witfm. « L’idée de ces balades, c’est qu’elles soient une activité-tremplin pour les éclaireurs, qui les remobilisent, qui leur redonnent confiance en eux puisqu’en effet, de ce fait, ils se trouvent dans la position de transmission ; c’est eux qui transmettent le savoir pendant leur balade, c’est eux qui animent et qui gèrent leur groupe pendant les balades. C’est une activité assez valorisante et qui est, généralement, stimulante en parallèle pour leur recherche d’emplois. » Ils sont salariés et signent un CDDU (CDD d’Usage) dans le cadre du partenariat avec ARE33. Les éclaireurs ont en charge, seul ou à deux, un groupe de participants pouvant monter jusqu’à dix.

A Bordeaux, huit éclaireurs sont actuellement en activité : de tout âge et de toutes origines, le site présente leur parcours, montrant ainsi l’importance de la dimension humaine de cette initiative.

Un concept encore trop peu répandu

Comme évoqué précédemment, le concept n’existe pour le moment qu’à Paris et à Bordeaux. Pourtant, grâce à son principe qui présente l’avantage de valoriser le patrimoine communal et de permettre la réinsertion de personnes sans emploi, ce tourisme alternatif devrait pouvoir séduire bon nombre de communes, et pas seulement les grandes métropoles. L’Alternative Urbaine de Paris souhaiterait en tout cas « un essaimage national » et propose à « tout porteur de projet qui souhaiterait répliquer le concept sur son territoire » de leur écrire par mail à l’adresse suivante : hello@alternative-urbaine.com.

Mais le dispositif ne peut se faire sans le soutien de partenaires importants et nous l’avons vu, à Bordeaux, l’ARE 33, structure agréée par l’État, y joue un rôle majeur. Tout comme le Fonds social européen (FSE) qui soutient aussi le projet. Mais c’est surtout le soutien de la ville qui est essentiel. C’est donc aux élus locaux d’accompagner les personnes et les associations qui souhaiteraient implanter ce projet dans leur commune, et pourquoi pas en être directement l’initiateur. Social et solidaire, ce concept de tourisme alternatif renforce aussi le lien des habitants entre eux et envers leurs quartiers, comme le rappelle Marie Hebrard : « Généralement, après la balade et en fonction de l’heure, les promeneurs se rassemblent et vont déjeuner ensemble ; ce sont des moments créateurs de liens. » De quoi donner envie aux élus de se lancer dans l’aventure.

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