Semaine des alternatives aux pesticides : agir sur le territoire

La 14ème semaine internationale des alternatives aux pesticides bat son plein, avec des événements un peu partout en France. Le sujet des pesticides représente un véritable enjeu de santé publique, extrêmement actuel au regard des récentes polémiques autour du glyphosate. La nécessité de diminuer l’utilisation des pesticides devient une évidence pour un nombre croissant de collectivités. L’occasion de revenir sur les principaux enjeux du sujet, et de répondre à cette question : pourquoi et comment se passer de pesticides ?

Pesticides : des enjeux considérables

L’utilisation des pesticides, compris ici comme l’ensemble des produits phytopharmaceutiques et des biocides, a des conséquences néfastes sur l’environnement et sur la santé des personnes exposées, que ce soit directement, dans le cadre d’une utilisation professionnelle ou domestique, ou indirectement, via l’alimentation, par exemple.

D’un point de vue sanitaire, l’exposition aux pesticides peut augmenter les risques de développer un certain nombre de maladies et pathologies. Il est reconnu que ces derniers peuvent provoquer un affaiblissement du système immunitaire, des cancers, des malformations congénitales, des problèmes neurologiques ou encore des problèmes d’infertilité. Environnementalement parlant, l’utilisation de pesticides participe à la pollution de l’air, de l’eau, des sols, et à l’érosion de la biodiversité.

Depuis le 1er janvier 2017, l’utilisation des produits phytosanitaires est interdite pour les collectivités dans le cadre de la gestion des espaces publics (rues, jardins, parcs, forêts, etc.). Depuis le 1er janvier 2019, ce sont les jardiniers non-professionnels qui sont tenus de trouver des alternatives, la vente en libre service de produits phytopharmaceutiques aux particuliers étant interdite.

Ces produits restent néanmoins autorisés pour un usage professionnel, qui représente – selon les estimations – entre 90% et 95% des substances actives phytosanitaires utilisées en France.
Ainsi, si un pas important a été franchi avec l’interdiction de l’utilisation pour les particuliers – moins renseignés sur les bons usages et donc plus exposés aux risques sanitaires que les agriculteurs professionnels -, la tâche est encore grande. La France s’est, par ailleurs, engagée à réduire de moitié l’utilisation de pesticides entre 2010 et 2025, et la tendance n’est pas à la baisse. Entre 2009 et 2016, l’utilisation de pesticides a augmenté de 12,4%, et après une légère baisse en 2016, les chiffres ont de nouveau augmenté en 2017.

Les noyaux de territoires démonstrateurs

La lenteur de la législation, confirmée notamment par le report de l’interdiction du glyphosate, pousse certains territoires à prendre les choses en main. Depuis le 21 mars et la labellisation de 110 nouvelles communes, 427 collectivités sont reconnues par le label “Terre saine, communes sans pesticides”, décerné par le ministère de la Transition écologique et l’Agence française pour la biodiversité. Ce label met en lumière et récompense les communes et intercommunalités étant parvenues à supprimer tous les pesticides de leur gestion des espaces publics.
Les collectivités labellisées, qui ont décidé d’engager ces démarches dans un soucis de cohérence et d’exemplarité, sont recensées ici.

En parallèle de ce tissu de territoires labellisés, 30 000 exploitations agricoles sont destinées à être accompagnées pour effectuer une transition vers une agroécologie à bas niveau de produits phytopharmaceutiques, dans le cadre du plan Ecophyto 2. Avec ce projet commun, les groupes peuvent obtenir des financements via des appels à projet lancés dans toutes les régions. Pivot de ce dispositif, le réseau des fermes “Dephy” regroupe un peu plus de 3 000 exploitations engagées dans des démarches de réduction des pesticides, réparties sur tout le territoire français.

En ce sens, l’objectif de réseaux comme celui des fermes “Dephy” est à souligner. En permettant de participer à la valorisation et à la diffusion des techniques et systèmes agricoles qui réduisent l’utilisation de produits phytosanitaires, ce réseau n’est pas simplement le partage de bonnes pratiques. Il permet de diffuser au sein des territoires un véritable projet de société incarné par les professionnel.le.s du secteur agricole et alimentaire.

Ces dernier.ère.s partagent un même constat : avec la prise de conscience sur les effets néfastes des pesticides, et l’évolution des consommations, les surfaces agricoles qui passent au bio peuvent se multiplier. Les débouchés pour les exploitant.e.s bios sont de plus en plus importants, ce qui facilite la transition. En outre, étant donnée la réussite d’un grand nombre de structures dans leurs démarches de réduction des pesticides, les alternatives se multiplient, et les pratiques se diffusent rapidement. La constitution de ces territoires démonstrateurs en réseau apparaît ainsi comme une étape essentielle de l’amélioration des pratiques, qui séduit un nombre croissant de collectivités.

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