Territoires ruraux : donner des terrains pour revitaliser les communes

Depuis plusieurs années, la commune de Parlan (15) offre des terrains à bâtir afin d’attirer de nouveaux habitants. Une politique audacieuse qui a su relancer la démographie mais aussi l’attractivité et le dynamisme de ce village.

Des terrains à bâtir gratuits

Dans le Cantal, la mairie d’un petit village adopte depuis huit ans une stratégie innovante pour lutter contre la désertification : elle offre gratuitement des terrains à ceux qui souhaitent construire une habitation pour vivre dans la commune. Une mesure, qui n’est pas sans rappeler les fameuses maisons à un euro, que l’on peut trouver à Roubaix.

Tout commence en 2009, lors de la perte d’un poste d’enseignant dans l’école de la commune car il n’y avait pas suffisamment d’enfants. Pour Michel Teyssedou, le maire de Parlan, il fallait trouver une solution pour relancer le dynamisme de sa commune ; ce sera  l’achat de parcelles de terrain, destinées à être cédées aux nouveaux habitants. Une décision qu’il a eu du mal à faire accepter de prime abord, comme il le confie à TF1 : « C’est un peu gonflé et au début quand vous faites part de votre idée, les gens vous regardent un peu bizarrement. Mais quand on réfléchit, le coût de l’acquisition s’amortit assez rapidement avec le développement démographique, le développement des activités de commerces. Cela en vaut la peine ».

Une politique qui séduit de nouveaux habitants

Pour obtenir un terrain, les nouveaux habitants doivent être primo-accédants, c’est-à-dire qu’ils ne doivent être pas déjà propriétaire d’un logement. Ils s’engagent ensuite à construire leur habitation et doivent résider dans la commune pour au moins 10 ans. Si ce n’est pas le cas, ils devront payer des indemnités à la mairie, mais pour le moment, ce cas de figure ne s’est jamais présenté, car les nouveaux résidents sont tous restés vivre à Parlan.

L’offre est une véritable aubaine pour les jeunes actifs qui souhaitent devenir propriétaire, comme l’explique Audrey Marty, qui a pu bénéficier de l’offre : « Je n’en croyais pas mes yeux. C’est tellement rare qu’on nous offre un terrain pour construire. Grâce à cette offre, cela m’a permis de pouvoir, avec mon compagnon, réaliser notre projet de construction et de réaliser une maison qui nous ressemble ». En tout, le couple aura obtenu une économie de 30.000 euros qu’ils ont pu réinvestir sur leur logement : « Le budget qui était consacré à un terrain, on a pu le mettre en plus sur la maison. »

Une démographie en forte hausse

Devant les nouvelles habitations, le maire se montre comblé par les résultats de l’opération : « Il y a encore de la place, il reste plusieurs lots. Sur seize lots, on est très satisfait du taux de remplissage de ce lotissement ». En effet, la demande a été très forte. La mairie a d’abord acheté cinq lots de terrains qui ont très vite trouvé preneurs. En 2016, elle a renouvelé l’opération en achetant, cette fois, 16 lots. Aujourd’hui, il n’en reste plus que quatre. L’opération aura coûté 170.000 euros à la commune.

C’est une somme qui peut paraître conséquente mais la commune a réussi à atteindre pleinement son objectif. Grâce à cette politique, la population a considérablement augmenté : en 2005, la commune comptait 303 habitants. En 2015, ce nombre est passé à 418. Elle est aujourd’hui, en 2019, de 480 habitants. Michel Teyssedou en tire une immense fierté : « Nous retrouvons une population que la commune a connu en 1957. » Et le village a également considérablement rajeuni grâce à cette mesure : en tout, ce sont 15 nouvelles familles qui se sont installées, pour 33 habitations supplémentaires. Ce qui a permis de relancer le village dans une dynamique positive : « Grâce aux familles qui se sont installées et à leurs enfants. Nous avons réussi à récupérer le poste d’enseignant que nous avions perdu. Nous avons réussi à développer l’attractivité de notre territoire et nous avons rajeuni la population ».

Grâce à cette politique, la commune a pu enrayer le déclin annoncé de sa démographie.

Des activités relancées et créées

L’arrivée d’une nouvelle population a également permis à la commune de maintenir et de créer de nouvelles activités, preuve du renouveau de son dynamisme, alors que la majorité des communes rurales mais aussi des villes moyennes, perdent leurs commerces de proximité. Ainsi, la boulangerie a pu se maintenir après le départ à la retraite de Danielle et Jean-Louis, qui ont pu trouver un jeune couple de repreneurs, Cédric et Morgane. Ces derniers ont été séduits par l’accueil de la population : « Il y avait une réelle motivation de la part de la commune et des gens pour que la boulangerie reste ouverte. C’était vraiment important pour eux que ça marche ». Deux mois après la reprise de la boulangerie, c’est l’épicerie de la commune qui a changé de gérant. Après une fermeture de quelques mois, les clients ont pu à nouveau profiter de ce commerce de proximité.

Symbole de la réussite de l’opération, Audrey Marty a ouvert le premier salon de coiffure de Parlan, en 2015, quelques temps après son installation dans le village. Et les clients sont au rendez-vous : « Ce n’est pas parce qu’on est en campagne qu’on a pas besoin d’être coiffé, d’être écouté, d’être conseillé, d’être relooké » . Une situation qui ravit l’une des ses clientes. Celle-ci approuve la politique menée par la mairie : « Cela maintient les jeunes dans les campagnes parce que l’Auvergne, comme l’Aveyron, ça se dépeuple beaucoup. C’est très bien d’avoir des jeunes qui s’implantent. » En réussissant à inverser une tendance qui semblait définitive, le village de Parlan nous montre qu’il est un modèle à suivre en matière de politique attractive.

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