Etre une femme en politique : 1000 élues locales témoignent

femme-politique

 

Les femmes continuent à faire face à de nombreuses difficultés dans un monde politique dominé par les hommes. Loin de l’Assemblée Nationale et des éclats médiatiques, quel est le quotidien vécu par une femme en politique ?

Pour le savoir, nous avons interrogé 1000 élues locales et élus locaux qui ont répondu sur leur vision de la place des femmes en politique, la parité, et les freins qui restent à lever.

 

« Manque de respect, de confiance et de considération »

 

Entre l’affaire Denis Baupin, les accusations visant Michel Sapin, la publication de la tribune « Nous, femmes journalistes politiques et victimes de sexisme… » signées par une quarantaine de femmes journalistes politiques, il n’est pas peu dire que la première moitié de 2016 a montré un visage guère reluisant pour le respect des femmes dans la sphère politique. Cependant, alors que plus de 90% des femmes élues interrogées estiment rencontrer davantage de difficultés que les hommes, 40% des hommes élus interrogés estiment que leurs collègues femmes ne rencontrent pas plus de difficultés que les hommes.

La principale difficulté pour les élues locales interrogées ? Encore et toujours l’éternel « machisme des hommes », le « sexisme », le sentiment de devoir davantage prouver qu’un homme. La « misogynie des élus », le « machisme et déconsidération technique, souvent infondés », le « sexisme, l’inégalité homme/femme », la difficulté pour « être reconnue par ses pairs, être respectée et leur donner les moyens pour amener à bien leurs projets », « à être respectée et reconnue à leur juste valeur aussi bien par les collègues-élus que par la population ».

Du côté des hommes élus, certains témoignent d’une forte conscience du problème, constatant que les femmes élues « doivent, plus que nous les hommes, faire preuve de leurs compétences, de leur autorité, je pense qu’elles doivent aussi prouver en permanence leur engagement ». Un autre détaille  : « Il est fini le temps où la femme était destinée aux différentes tâches ménagères. Il est donc temps de leur accorder une pleine confiance. Elles doivent faire face à l’égocentrisme des hommes, j’ai confiance en elles ».

 

 

 

De la difficulté de jongler entre vie professionnelle et mandat

 
Autre grande problématique : pas évident de réussir à gérer de front vie professionnelle (presque 70 % des sondé(e)s ont un emploi) et mandat. Ainsi, plus de 60 % des interrogées témoignent de difficultés à concilier emploi et mandat. Le « manque de temps » est régulièrement avancé.

Il est donc, par exemple, « difficile de concilier un emploi à responsabilités (cadre médico-social) et deux mandats (adjointe au maire et vice-présidente du conseil départemental ) », « salariée d’une pme, je dois jongler entre mon emploi (pas de RTT et aucun arrangement possible), la mairie… Et ma famille (3 enfants) ».

La programmation des réunions et autres commissions de travail serait également à revoir car « les responsabilités politiques prennent beaucoup de temps et avec le travail cela est difficile de s’organiser », « certaines réunions ayant lieu pendant les heures de travail ».

Autre difficulté, faire accepter ses engagements auprès de sa hiérarchie professionnelle. Si certain(e)s arrivent à s’organiser avec des supérieurs conciliants – « mon patron également investi dans la vie de la commune m’a autorisé à faire un mi-temps et à organiser ma vie professionnelle avec mon mandat », « j’ai négocié un temps partiel avec mon entreprise pour pouvoir exercer correctement mon mandat » -, toutes n’y arrivent pas nécessairement s’attirant des « sous-entendus en raison des absences » ou témoignant de « difficultés à faire reconnaître le statut d’élue locale et de bénéficier d’autorisations d’absences » ou d’une « mauvaise acceptation de mon engagement politique par la direction. Flexibilité difficile pour concilier les rendez-vous, les commissions et l’activité professionnelle »

 

 

 

Vie de famille et mandat, cruel dilemme

 

En revanche, près de 70 % des interrogé.e.s indiquent arriver à concilier vie de famille et mandat, le principal obstacle étant les enfants : l’agenda d’élu.e est chronophage et réduit donc le temps libre pour profiter de sa vie de famille. Les réunions étant souvent le soir, les événements où la présence de l’élu.e est requise étant souvent les week-ends, ces moments ne peuvent plus être consacrés à la famille, occasionnant un sentiment de culpabilité hélas assez classique :

« Mon absence à la maison la veille d’un examen de ma fille par exemple est extrêmement culpabilisant »

De la même manière, sont pointées du doigt les « réunions tous les soirs voire même très tard, je ne suis pas toujours à la maison le soir pour mes enfants (10 et 11 ans) », « tous les soirs je suis en réunion, je ne vois plus mes enfants ni ne participe plus à aucun repas avec ma famille le soir ».

C’est une fois que les enfants sont grands voire partis qu’il devient plus évident de pouvoir s’organiser, notamment si le/la conjoint.e aide. Ainsi, on nous a indiqué : « je suis élue depuis 2001. Lorsque les enfants étaient à la maison, c’était compliqué…. Depuis qu’ils sont partis de la maison, c’est beaucoup plus simple (plus d’accompagnements, de dîner à préparer…; etc) », « mes enfants ont grandi et mon mari est très présent . Mais ça a été très difficile au début de mon mandat d’adjoint, entre les enfants, le mari en déplacement et un travail à mi-temps ».

 

 

De la volonté de bouleverser la politique locale

 

Des témoignages ressort également une volonté de bousculer l’ordre établi et les manières « archaïques » de la politique locale. « Les hommes, anciens élus, exerçant les mandats et étant en poste au sein de l’exécutif sont old school [sic] et peu en phase avec les préoccupations des quarantenaires. Les quarantenaires qui ont été cooptés par eux dans la structure décisionnaire sont du même moule. Ils font fi des modes d’engagements nouveaux, de l’implication plus grande des quarantenaires au niveau familial, etc. [Il y a un] problème générationnel, qui inclue aussi des difficultés liées aux rôles sociaux homme/femme ».

De la même façon, « l’organisation de la fonction publique laisse à désirer. Elle est trop patriarcale, trop inféodée à un seul, le Maire, le Président… Il y a peu de délégation réelle vers les autres élus. La tendance à l’exercice du « pouvoir » par le Maire adossé à la seule l’administration est forte… ». Dès lors, il devient difficile d’« intervenir dans le débat où souvent l’emportent des considérations d' »ego » de la part de « petits » maires, ou de maires de villes plus importantes (hommes ou femmes, d’ailleurs), on se demande si le souci de l’intérêt général est la priorité ».

Pour des élu(e)s d’opposition, la tâche se révèle encore plus difficile pour se faire entendre dans des conseils réduits à la fonction de validation des décisions de l’exécutif : « en étant dans l’opposition, notre voix est rarement écoutée et les décisions sont prises sans aucun débat préalable »…

Ce renouvellement s’incarne également dans le fait que la très grande majorité des interrogées indiquent être arrivés à la politique via le bénévolat, l’engagement associatif et/ou sur les conseils de proches. Sur un sujet lié, beaucoup estiment donc « manquer des compétences purement politique »…et s’affirment donc moins auprès d’interlocuteurs établis dans la vie politique depuis plusieurs années.

Au final, la nécessaire conciliation du mandat avec une vie professionnelle et une très forte envie de réinventer les codes de la vie politique locale sont en 2016 les deux enjeux principaux d’une nouvelle génération d’élus locaux, dont de très nombreuses femmes, arrivée au pouvoir depuis les années 2000.

Un parcours moins spontané

 

Pour arriver en politique, les femmes élues n’empruntent souvent pas le même chemin que les hommes : intéressée par la vie de leur commune ou les actions citoyennes, l’envie est bien présente mais elles ont souvent besoin d’être incitées pour se lancer.
1 femme sur 2 s’est en effet lancée après avoir été incitée par une personne de son entourage !

parcours femme

N’ayant pas été « guidée » vers la politique par des études dans ce domaine, leur entrée dans ce monde malgré tout prouve leur volonté de s’impliquer et leur motivation à s’investir dans leur mandat.
Pleine d’ambition et d’inspiration, elles vont pourtant vite déchanter lorsqu’elles se confrontent à un monde fait par les hommes pour les hommes : horaires de réunion incompatibles avec une vie de famille, sexisme, misogynie… La vie d’une femme politique est semée d’embûches !

discrimination

« Les réunions s’éternisent, sont tard le soir, les hommes parlent beaucoup, laissent peu les femmes s’exprimer »

« Les délégations restent encore très marquées par le genre : le social et la culture aux femmes, les travaux et la voirie aux hommes. »

« L’engagement politique demande beaucoup de disponibilités en soirée et le week end, temps généralement consacré aux enfants et au conjoint »

D’autant plus que la majorité de ces femmes, arrivées en politique sans avoir suivi de cursus dans le domaine, ne se sent pas légitime : plus de la moitié de ces femmes pense manquer de compétences dans l’exercice de leur mandat !

manque de compétence

Malheureusement, ces femmes sont donc amenées, très souvent, à vouloir abandonner la politique.

C’est pourquoi chez Elueslocales, nous souhaitons lutter contre ces obstacles auxquels se confrontent les femmes élues : nous sommes persuadées qu’avec du temps, de la volonté et surtout la mise en commun de nos forces et de nos efforts, nous pouvons parvenir à un monde politique plus juste !

Laissez un commentaire

Please enter your comment!
Please enter your name here

17 − six =