Binôme départemental : je t’aime, moi non plus

L’élection au scrutin binominal, unique en Europe, a été utilisée en France pour la première fois aux élections des conseils départementaux de 2015. A l’exception des 600 femmes qui étaient déjà Conseillères Générales avant cette date, cette loi a fait entrer 1 500 femmes dans les Conseils Départementaux, pour une cohabitation pas toujours évidente.

Avant la mise en place du scrutin binominal, les femmes ne représentaient que 13,9% des élus. En portant ce chiffre à 50%, la loi a créé un véritable raz-de-marée : 1 500 femmes ont remplacé 1 500 hommes dans ces Assemblées.

Pour de nombreuses femmes qui sont entrées à cette occasion dans les Conseils Départementaux, les choses se sont déroulées d’une façon similaire :

  • elles étaient déjà élues, généralement sur un mandat d’adjointe au maire : statistiquement, le mandat de Conseiller Départemental est en effet « réservé » de facto aux candidats qui ont déjà un pied dans la vie politique ;
  • leur binôme, un homme donc, était déjà élu depuis de nombreuses années au Conseil Départemental ;
  • Et statistiquement toujours, les élus départementaux étant plus âgés que les élus municipaux, leur binôme est plus âgé qu’elles.

Les binômes : une cohabitation réussie…

Pour la grande majorité des binômes, l’élection s’est déroulée sans heurts : avec des intérêts alignés et communs, la répartition des thèmes de campagne ou des zones géographiques à couvrir a permis une campagne efficace et cohérente, fondée sur une bonne communication appelée à se prolonger pendant toute la durée du mandat. Et lorsqu’aucun enjeu de pouvoir local ne vient se mêler à la bonne exécution des missions des élu.e.s, c’est un système doublement bénéfique, qui permet de mutualiser les compétences, de mêler regard neuf et approche expérimentée, et de naviguer plus sûrement dans les Assemblées départementales.

…qui connaît parfois des limites

Pourtant, nombreuses sont les conseillères départementales qui nous ont fait part des écueils qu’elles ont rencontrés lors de leur arrivée dans les Assemblées Départementales.

conseils départementaux
Efficaces mais concurrents ?

2015 – 2017 : et maintenant ?

Ca fait deux ans (ou presque) que vous êtes élues dans les conseils départementaux. Les règles sont un peu plus claires, le fonctionnement du Conseil Départemental aussi (quoi que) et les dossiers sont plus parlants. C’est le moment de prendre sa place et représenter votre mandat.

Ecueil numéro 1 : trouver sa place

La question se pose de façon très pratico-pratique : souvent, Monsieur s’est déjà installé dans l’hémicycle, où il occupe toute la place, laissant à peine à sa voisine un coin de table où poser ses dossiers. L’anecdote est hautement symbolique du jeu de pouvoir dans lequel certaines nouvelles élues se sont retrouvées entraînées malgré elles : il est souvent difficile, pour des conseillers élus depuis de nombreuses années, de voir arriver de nouvelles élues, au seul prétexte que ce sont des femmes. Et rare sont ceux les hommes qui sont conscients qu’ils ont certainement bénéficié de façon indirecte d’une forme de camaraderie masculine, de mentorat, de cooptation, ou d’absence d’autocensure, pour arriver jusqu’à ce siège tant convoité. Surtout dans les Conseils Départementaux qui faisaient partie des entités très peu mixtes il y a encore 2 ans.

Ecueil numéro 2 : être reconnue

« Ma collaboratrice », « où est votre suppléante » : le vocabulaire traduit encore, plusieurs mois après l’élection, la vision de Conseillers Départementaux qui, étant élus depuis plus longtemps, se sentent plus légitimes. Et le même réflexe se retrouve du côté des services, des administrés, de la presse…Inviter les deux membres du binôme au premier rang de la photo n’est pas encore le réflexe, puisque Monsieur est connu depuis longtemps, et que Madame découvre les lieux. Un travers que l’on retrouve sans exception dans tous les articles de presse, qui mentionnent l’élu avant d’évoquer « son binôme ». Là aussi, les nouvelles Conseillères Départementales doivent encore jouer des coudes pour être reconnues comme aussi légitimes que leurs collègues masculins.

Ecueil numéro 3 : exister de façon autonome !

Si tout le canton connaît le Conseiller Départemental, souvent maire et parfois député, depuis plusieurs années, il n’en est pas de même pour les nouvelles Conseillères Départementales qui ont souvent préféré travailler dans la discrétion leurs dossiers municipaux. Dès lors, capitaliser sur son seul nom et plus sur « le binôme de XX » n’est pas toujours évident.

A lire aussi : Réseaux de pouvoir, pouvoir des réseaux 

D’autant plus que le travail commence au sein de l’Assemblée Départementale, où les services apprennent à travailler avec de nouveaux élus, et où les nouveaux élus eux-mêmes doivent prendre leurs marques et imposer leurs vues, tout en respectant le fonctionnement et les codes tacites de l’organisation…

>> Voir le dossier

Vous aussi, exprimez-vous !

Please enter your comment!
Veuillez renseigner votre nom ici

17 − 8 =