Capitale du monde où il fait bon vivre : les enseignements de Vienne

Le classement des villes où il fait bon vivre place cette année Vienne, la capitale autrichienne, en tête. C’est la première fois qu’une ville européenne obtient la première place, depuis la création du classement en 2004.

Établie par la cellule de recherche de The Economist, appelée The Economist Intelligence Unit (EIU), cette classification a pour objectif de classer les conditions de vie de 140 villes dans le monde, sous le concept de liveability[1]. Les villes se voient attribuées des notations sur trente facteurs, qualitatifs et quantitatifs, répartis en cinq catégories, chacune ayant un certain poids dans la notation globale : la stabilité (25%), l’offre de soins (20%), la culture et l’environnement (25%), l’éducation (10%) et les infrastructures (20%). Les 30 facteurs obtiennent des notes qui sont ensuite regroupées par catégorie et donnent lieu à des notes allant de 1 – conditions intolérables – à 100 – conditions idéales.

Pourquoi Vienne ?

La capitale autrichienne, avec ses 1,8 millions d’habitants, obtient dans 4 catégories les 100 points : stabilité, offre de soins, éducation, et infrastructure. Sur la culture et l’environnement, elle obtient 96,3.

Un domaine dans lequel la capitale autrichienne surpasse les autres villes est celui des transports. Avec cinq lignes de métro, vingt-neuf lignes de tram et cent vingt-sept lignes de bus, ramenées à la superficie de la ville et au nombre d’habitants, son réseau de transport, accessible pour un euro par jour, est parmi les plus denses du monde. Les nombreuses pistes cyclables permettent aussi aux amateurs de vélo de trouver leur compte.

Autre point essentiel : l’habitat, à Vienne, est abordable, et les locataires peuvent bénéficier de contrats les protégeant de loyers exorbitants. Les prix restent bas comparés à ceux d’autres grandes villes européennes. Par ailleurs, 60% des appartements sont des logements sociaux subventionnés par la ville, et se distinguent par leur qualité : à titre d’exemple, nombre d’entre eux ont été dessinés par Harry Gluck, un architecte autrichien intégrant les caractéristiques architecturales valorisées par les classes supérieures dans la conception des logements sociaux, et participant ainsi à prévenir une distinction sociale via l’habitat.

La capitale autrichienne est aussi une ville relativement “verte”. La qualité de l’air est bonne, l’eau est de bonne qualité et très accessible, et les pollutions sonores et lumineuses sont faibles. En outre, Vienne se trouve à proximité de la campagne. En plus d’avoir plus de la moitié de sa surface couverte d’espaces verts, la ville est en effet entourée de collines, de chemins de randonnée et de vignobles très rapidement accessibles.

D’autres facteurs, plutôt reliés à des dynamiques nationales qu’à des décisions prises localement, ont également permis à la ville de se hisser en première place du classement. L’offre de soins, l’éducation ou la sécurité en font partie.

Limites du classement

Ces limites s’expliquent par la finalité du classement. L’index de « vivabilité » poursuit des objectifs éloignés des intérêts des habitants eux-mêmes. Retenons en effet que ce classement est en premier lieu destiné à guider l’instauration des régimes de rémunération des entreprises pour les salarié.e.s en mobilité internationale, via notamment la prime de qualité de vie. Ainsi, le rapport publié par EIU suggère des taux d’indemnité en fonction de la note obtenue par la ville en question.

Notons également que la définition de critères prédéfinis implique inévitablement des  biais. Pourquoi regrouper la culture et l’environnement, sinon pour diminuer leur importance respective ? Pourquoi ne pas mesurer l’égalité d’accès aux différentes catégories retenues ? Par ailleurs, les variables qualitatives sont définies sur la base de témoignages d’experts locaux et des correspondants de l’unité de recherche envoyés sur le terrain. Les habitants eux-mêmes n’ont donc pas l’occasion de s’exprimer.

S’il est donc intéressant de questionner les raisons d’une supposée “bonne qualité de vie” établie sur des critères plus ou moins généraux, le classement publié par le cabinet EIU présente certaines limites. Il est sans doute essentiel pour les collectivités de se baser sur des critères choisis – et non subis – pour réellement améliorer la qualité de vie des habitant.e.s.

[1] https://pages.eiu.com/rs/753-RIQ-438/images/The_Global_Liveability_Index_2018.pdf

 

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