Cittaslow : la ville au ralenti pour le bien-être des citoyens

Depuis bientôt deux décennies se développe un label bien particulier. Face à l’accélération du monde et du rythme de nos vies, le réseau Cittaslow propose de modifier nos comportements à l’aide d’une politique communale audacieuse. Pierre Beaudran, maire de Mirande (Gers), qui va prochainement accueillir le rassemblement annuel de Cittaslow, a bien voulu nous présenter ce concept.

Un concept venu d’Italie

L’histoire commence en Italie, à Brà, en 1986. Des élus et des citoyens s’opposent à l’implantation d’un fast food et fondent, par opposition, le mouvement « slow food ». Fortement inspiré par cette philosophie, Paolo Saturini lance « Cittaslow » en 1999, dans quatre villes italiennes. Depuis, le mouvement est devenu international.

C’est lors d’un séjour en Italie que Pierre Beaudran, maire de Mirande, découvre ce label : « J’ai connu Cittaslow en Italie dans une commune qui s’appelle Orsara di Puglia et qui ressemble à ma commune. Quand j’ai découvert le logo, le petit escargot, je me suis demandé ce que c’était. On m’a expliqué la philosophie de Cittaslow et je me suis rendu compte que ça correspondait parfaitement à mon territoire. En rentrant en France, j’ai commencé les démarches pour être labellisé. »

La recherche du bien-être des citoyens

Cittaslow est la contraction de l’italien, « città », ville et de l’anglais, « slow », lent. Mais la traduction littérale ne retranscrit pas son véritable enjeu ; derrière la philosophie de la lenteur se trouve surtout une réflexion et une quête pour le bien-être. Pour Pierre Beaudran, «  la philosophie de Cittaslow c’est l’idée que la qualité de vie, ce n’est ni le PIB ni la richesse, mais le BES, c’est-à-dire le bien-être équitable et soutenable. La richesse en elle-même ne suffit pas, il faut que tout le monde soit bien dans sa peau et dans sa cité. »

Une logique salvatrice, au moment où les modes de vie ne cessent d’évoluer ces dernières décennies : « Je voulais conserver la qualité de vie de ma commune et la développer dans un monde où les gens vivent beaucoup trop vite et ont besoin de repères et de retrouver leur racine. »

Le logo de Cittaslow représentant une ville sur un escargot

Un cahier des charges précis et stricte

Pour atteindre le BES, une commune doit suivre 72 critères établis par Cittaslow et regroupés en 6 grands points :

  • Politique environnementale : qualité de l’air, gestion des déchets, interdiction des OGM, économies d’énergie, etc.
  • Infrastructures : sauvegarde des centres historiques, multiplication des zones piétonnières, développement des transports doux (pistes cyclables, transports en commun), développement de la vie sociale, etc.
  • Technologies et aménagements pour la qualité urbaine : gestion éco-durable des espaces verts, développement d’internet, promotion du télétravail, etc.
  • Valorisation des produits locaux et de la culture locale : certification des produits artisanaux, préservation des événements culturels locaux, etc.
  • Hospitalité : amélioration de la qualité d’accueil et renforcement du tourisme, etc.
  • Sensibilisation de la population : informer ses citoyens des objectifs de Cittaslow.

Comment être labellisé ?

La labellisation dépend fortement de l’implication de la commune et du respect de ces critères : « C’est un parcours assez difficile », reconnaît le maire de Mirande. « A l’époque, il n’y avait que 130 villes labellisées dans le monde donc on ne savait pas comment faire. On s’est rapproché d’une ville belge qui nous a donné quelques éléments et ensuite, un dossier, en anglais, avec les 72 critères auxquels il faut répondre. Ce dossier est ensuite examiné par la commission international de Cittaslow. Il faut obtenir plus de 50 points pour être admis dans le réseau. Ce qui n’est pas chose facile. N’importe qui ne peut pas rentrer dans le réseau et ils tiennent à maintenir cette exigence de qualité. Maintenant, il y a le réseau français qui labellise les villes françaises en amont, puis cette labellisation est vérifiée par le réseau international. »

Les labellisations sont limitées à deux villes par an et par pays. Elles sont, en outre, réservées aux communes de moins de 50.000 habitants. Mais un quartier d’une grand ville peut s’impliquer dans la démarche Cittaslow, même s’il n’obtiendra pas une labellisation officielle. C’est le cas notamment à Barcelone.

Un engagement fort et des retombées positives

Au début, les effets sur la population sont moindres : « Les citoyens réagissent bien mais il faut d’abord qu’ils en aient conscience : ce n’est pas parce qu’on est labellisé que tout change du jour au lendemain dans la ville » explique Pierre Beaudran. Grâce au travail de sensibilisation, les citoyens s’impliquent : « Chaque jour, on a des boulangers, des restaurateurs, des associations qui participent. Avec la municipalité et les élus, on réfléchit maintenant en fonction de notre label. »

Cette implication est essentielle car il faut pouvoir confirmer dans la durée son engagement : « Le label n’est pas acquis, il est remis en cause tous les cinq ans. Tous les cinq ans, la commission vérifie que le label est bien appliqué et vérifie que ce qu’on avait prévu de mettre en place a bien été réalisé. C’est un système exigeant : il y a des villes qui n’ont pas été labellisées. »

Mais à mesure que le concept se développe, l’intérêt qu’il suscite dépasse le cadre des communes : « L’autre jour, nous avons eu une prise de contact avec une banque de Paris qui souhaiterait racheter un quartier et construire des logements dans l’esprit Cittaslow. » Parfois, les communes qui deviennent labellisées ont été sollicitées dans cette démarche par un comité du tourisme.

Un réseau français en plein développement

Le réseau s’est bien développé à travers le monde : aujourd’hui, 80 villes sont labellisées en Italie pour un total de 250 communes réparties dans 30 pays. En France, il y en a sept actuellement mais deux communes du Gers seront labellisées la semaine prochaine lors de l’Assemblée générale de Cittaslow.

En effet, chaque année est organisé le Rassemblement International Cittaslow et pour la première fois, celui-ci aura lieu en France, à Mirande du 21 au 24 juin. Pierre Beaudran se réjouit de pouvoir accueillir dans sa commune les délégations belges, australiennes, canadiennes, chinoises, anglaises, polonaises, italiennes, népalaises, coréennes, etc. qui seront au rendez-vous ; les 30 pays seront représentés. Au programme : des tables-rondes, des ateliers thématiques, un marché Cittaslow et une destination Slow-Tourisme. Sans oublier la labellisation des deux nouvelles communes françaises. De quoi renforcer le réseau français de Cittaslow, décidément en plein essor.

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