Mandat local : faut-il s’encarter ?

Mandat local et partis politiques : attention aux pièges.

Premier mandat local, première liste, première élection… Les premières fois, vous ne vous êtes pas forcément posé la question de l’étiquette politique : on est venu vous chercher, ou vous avez manifesté votre intérêt pour être sur une liste, et personne n’a insisté quand vous avez répondu que vous étiez « sans étiquette ». Ça vous allait bien, et personne ne vous ennuyait.

Saut dans le temps. Quelques années plus tard, vous avez pris le virus de la politique et gagné du galon : vous êtes maintenant maire ou maire-adjoint.e, et vous sentez bien que la question de l’engagement partisan soulève un malaise. Sans étiquette, jusqu’à quand ?

Les enjeux municipaux

La question de l’adhésion des élus locaux à un parti politique est rarement posé sur la table « officiellement », et le sujet se traite plutôt dans les coulisses. Mais les faits sont les suivants :

  • Dans les petites communes (moins de quelques milliers d’habitants), pas besoin d’être encarté.e. La politique se fait et se défait au rythme des personnalités de chacun.e et de leur charisme. Dans les plus petites villes – moins de 1000 habitants, on pouvait même jusqu’à récemment inscrire soi-même à la main sur le carton de vote la liste des gens que l’on souhaitait élire…
  • Passés les 3 000 à 5 000 habitants, la question commence à se poser pour le ou la maire qui fait partie à cette échelle d’un corps politique local solide, composé des membres de l’exécutif de l’intercommunalité locale, voire du Conseil Départemental ou régional. Si vous êtes dans cette situation, la suite vous concerne. A cette échelle cependant, on laissera aux adjoints – qui l’ont parfois négocié au préalable – la possibilité de ne pas adhérer à un parti politique.
  • Au niveau des grandes villes, les « sans étiquette » disparaissent des listes municipales. Des adjoints au maire adhérents d’un autre parti politique que celui de la tête de liste, mais idéologiquement proches, peuvent toujours faire partie de l’exécutif : les alliances de parti ont remplacé le « flou artistique » offert par l’absence d’étiquette. Ces rassemblements sous la bannière de partis politiques bien identifiés permettent de donner une lisibilité à l’action politique locale, notamment dans le cas d’un exécutif municipal de grande taille.

A l’échelon régional

  • Pour ces élections de liste, et avant la refonte des régions de 2016, le principe était le même que dans une grande ville : adhésion quasi-obligatoire à un parti politique, sauf dans le cas de rares exceptions négociées, et nombreuses alliances politiques, incontournables à ces niveaux de pouvoir.
  • Depuis 2016, les élus locaux sont encore plus contraints sur cette élection, puisque même sans diminution du nombre global d’élu.e.s régionaux, le nombre de postes dans les exécutifs a baissé avec la création des grandes régions. Les enjeux sont donc plus importants pour accéder aux postes stratégiques. A cela s’ajoute le fait que les places sur les listes se sont négociées avec la contrainte de la parité et de la juste représentation des départements composants la région, contraintes auxquelles s’ajoutaient les alliances de parti au niveau local… Exit donc, les cavaliers solitaires : il a fallu montrer patte blanche pour avoir une place éligible sur une liste. Encartement obligatoire.

Les départements

L’élection départementale se distingue des élections municipales et régionales par son mode de scrutin, uninominal devenu binominal en 2015. Comme le relate Aurélia Troupel dans ses travaux de recherche, le mandat de Conseiller Général autrefois, Départemental aujourd’hui, est le tremplin idéal pour une élection parlementaire : c’est un mandat qui peut faire suite assez naturellement au mandat de maire (quand les deux ne se cumulent pas), et qui permet de se « tester » sur un mode de scrutin plus personnalisé qu’une élection de liste avant une éventuelle candidature législative. Le mandat départemental présente donc un enjeu certain.

Par conséquent, l’adhésion à un parti politique est quasi-obligatoire pour réussir à passer le cap de cette élection hautement personnalisée. Quelques exceptions de candidats réélus sans étiquette en 2015 viennent confirmer cette règle qui fait loi au niveau national.

Assemblée nationale, Sénat et Parlement européen

A ce niveau-là bien sûr, parti et « machine de guerre électorale » sont obligatoires pour espérer percer, dans les chiffres comme sur les affichages de panneaux électoraux.

Un parti politique, pour quoi faire ?

Un parti politique, c’est d’abord une étiquette, au sens propre du mot. Vous trouvez certains hommes politiques de droite plus à gauche que certains socialistes, et réciproquement ?Pourtant, la première image que les électeurs ont d’eux tient d’abord à leur parti politique. Au-delà des différences de valeurs et de positionnement sur des sujets qui vont de l’identité nationale aux prestations sociales en passant par la culture, l’étiquette politique rassure tous ceux qui ne vous connaissent pas et qui savent enfin, dans les grandes lignes, où vous situer.

Ensuite, un parti politique, c’est une formidable machine de guerre électorale. Ce sont des recrues mobilisées par dizaines, voire centaines dans les très grandes villes, pour coller des affiches/organiser des soirées électorales/soutenir un.e candidat.e… bref, pour créer un premier effet de masse autour d’une candidature.

Enfin, et ce troisième aspect est non négligeable, un parti politique, c’est une institution avec des règles, des codes, des « schémas » d’accession au pouvoir et, en théorie, des règles d’ancienneté à respecter. Preuve de la solidité du dispositif : si vous voulez court-circuiter le système, il faut en sortir, comme vient de le faire Emmanuel Macron.

A l’inverse, les partis plus récemment médiatisés qui font des percées électorales permettent aux jeunes de faire « de l’entrisme » en étant très rapidement en position éligible sur des listes électorales. Cela a notamment été le cas pour Europe Ecologie les Verts en 2010, et c’est aujourd’hui le cas du Front National. Pas de liste d’attente, pas de « gars du coin » (sic) qui attend depuis plusieurs années une place de numéro 2 sur la liste ou une circonscription législative : le terrain est vide et on peut s’en saisir, sans avoir à passer par des années de militantisme et de collage d’affiche.

Rassurer votre entourage politique

Pour toutes ces raisons, le parti politique est avant tout un élément très rassurant pour tout votre entourage politique :

  • D’abord, il encadre vos positions dans un spectre défini, même si ce spectre est large et que vous êtes libre de le quitter à tout moment ;
  • Et il balise votre carrière politique à travers tout un ensemble de rites initiatiques : réunions de la fédération locale, jusqu’à la sacro-sainte commission d’investiture. Des univers qui, en montant dans la hiérarchie et vers la capitale, deviennent de plus en plus masculins ;
  • Enfin, l’adhésion à un parti politique vous donne accès, en contrepartie à ces engagements et sous réserve d’une investiture officielle, à un appareil de parti qui porte une forte capacité de mobilisation en période électorale et peut faire pencher la balance en votre faveur.

Si vos collègues de la communauté de communes ou du conseil départemental insistent pour que vous entriez dans un parti politique, c’est donc bien pour savoir où vous situer précisément sur l’échiquier politique et ne pas avoir de mauvaises surprises, tout en sachant que vous jouerez selon les mêmes règles du jeu qu’eux.

Adhérer, c’est rester libre

A cette étape de votre vie politique, plusieurs choix s’offrent à vous. Si on ne peut pas dire lequel est le « meilleur », car tous ces choix sont très personnels, on peut, à la façon d’un QCM de magazine féminin, prédire dans les grandes lignes ce qui vous attend selon les différents cas de figure.

Option A : rester sans étiquette

L’angoisse de la page blanche.

Après des disputes et incompréhensions avec ceux et celles qui voulaient vous pousser dans la voie de l’adhésion partisane, vous êtes resté.e ferme dans vos choix et n’avez adhéré à aucun parti politique.

Notre hypothèse : vous vous rendez compte lors de l’élection suivante qu’on vous a remplacée pour le mandat que vous convoitiez par une candidate moins pertinente, mais plus arrangeante, qui suivra le mouvement sans faire de vagues. L’indépendance a un prix.

Option B : adhérer à un parti jeune et sympa

Les partis tous neufs et tous mignons, ça existe.

Vous résolvez le problème en adhérant à un parti jeune et authentique (par exemple Nous citoyens, Nouvelle Donne, etc.). Vous y croisez des citoyens engagés qui viennent de s’engager en politique, et qui ont de belles idées pour changer le monde : ça vous correspond bien.

Notre hypothèse : trois ans plus tard, vous retrouvez des enjeux de pouvoir somme toute assez universels dans la gouvernance de votre parti, et vous n’avez pas encore changé le monde. Persévérez.

Option C : adhérer à un des principaux partis politiques

Niveau 1, niveau 2, niveau 3…

Dans la liste : LR, PS, UDI, EELV…autant de partis qui peuvent vous offrir des mandats mais qui vont aussi vous apporter leur lot de frustrations et d’immobilisme, de courants et de contre-courants. En 2016, si vous vous armez de patience et que vous décryptez ces environnements avec discernement, ces partis restent des routes sûres pour gravir les échelons de la politique locale et nationale.

En conclusion

Au-delà des boutades sur ces questions sensibles, vous l’aurez compris, la solution idéale n’existe pas : il va vous falloir choisir l’option qui convient le mieux à votre tempérament et à vos ambitions politiques.

Chez Elueslocales.fr, nous ne pouvons que vous encourager à viser très haut ; car si vous vous posez toutes ces questions, c’est que vous n’êtes pas encore entré.e dans ces appareils et dans ces jeux de pouvoir. La politique locale et nationale a besoin de votre regard neuf et de votre authenticité !

Notre conseil donc : essayez, testez des choses, rejoignez des appareils politiques pour voir comment ils fonctionnent ; observez autour de vous les personnalités qui vous inspirent et auxquelles vous voudriez ressembler, et, comme toujours pour ce qui concerne le mandat que vos concitoyens vous ont confié : bousculez les codes de la politique locale, qui ont un grand besoin d’air frais, et amusez-vous !

 

 

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour Madame ou Monsieur,
    J’ai lu cette page avec plaisir mais il manque peut-être un paragraphe. On peut rester sans étiquette mais aussi créer son propre parti ou une nouvelle ère dans l’histoire de notre peuples.
    Je dis ça parce que je fais les démarches pour être candidat à la mairie de Nuits St Georges pour 2020, j’ai créé une organisation pour clairement envoyé dans l’histoire cette 5ieme République avec tous ses politimalsains et de ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre parce que sa fait bien trop longtemps maintenant qu’ils manquent cruellement d’honneur envers le Peuple de France.
    J’ai nommé cette organisation Unions Humaines et Démocratique du Peuples National de France ou UHDN de France et pour Nuits St Georges se sera Unions Humaines et Démocratique du Peuples de la Commune de Nuits St Georges ou UHDCo de Nuits St Georges.
    Ses deux unions font parties de la FHDT pour Fédération des Unions Humaines et Démocratique du Peuples de la Planète Terre.
    Le coeur de cette Fédération et de toutes ses unions c’est la DUH pour Déclaration Universelle de l’humanité de ses Droits, de ses Devoirs, de ses Obligations et de ses Libertés fondamentales.
    Je vous rassure tout de suite, j’ai renoncé de mon vivant de voir une majorité de nations et d’humains vivrent au sein de cette Fédération mais j’espère arriver à le faire au moins à Nuits St Georges.
    Pardon d’avoir fait aussi long !
    Je vous souhaite à tous une très belle journée.

Vous aussi, exprimez-vous !

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