Grasse : de terrains constructibles à champs de fleurs

Dans son dernier PLU, la ville de Grasse située dans les Alpes-Maritimes, a pris la décision de réduire considérablement les terrains constructibles pour les convertir en terres agricoles. Une décision audacieuse qui confirme le renouveau de son agriculture.

Une surface agricole quintuplée

C’est une décision qui va à rebours de ce qui se fait habituellement. La ville de Grasse a en effet pris la décision, le 6 novembre dernier, d’augmenter considérablement sa surface agricole au détriment des terrains constructibles. Par une décision prise en conseil municipal, la commune voit donc sa surface agricole quintuplée : les terrains agricoles passent de 178 hectares, soit 4 % du territoire à 928 hectares, soit 21 %.

Une augmentation très importante qui se justifie par le renouveau de la production de plantes à parfum de Grasse, de réputation mondiale. La demande a progressé ces dernières années, après avoir connu une forte baisse dans les années 2000 due à la concurrence étrangère. En 2017, la production de roses a dépassé la barre des 80 tonnes pour 49 hectares cultivés et la celle du jasmin a atteint 11,5 tonnes (5 à 7 hectares cultivés), selon les chiffres de Prodarom, le syndicat national des fabricants de produits aromatiques, situé à Grasse. Face à cette demande grandissante, la ville a donc pris le parti de défendre son savoir-faire local en revalorisant certaines de ses parcelles.

Le renouveau de l’agriculture

Le renouveau de cette agriculture a incité les élus à faire le choix d’accroître la production locale. Ils ont inscrit cette augmentation dans le plan local d’urbanisme de la commune. Une centaine d’hectares déjà viabilisée ou promise à une urbanisation future a ainsi été convertie en terrains agricoles. Des droits à bâtir ont été gelés et des zones naturelles reclassées. Toute cette surface agricole ne sera pas exploitée uniquement pour la culture de la plante à parfum, mais une grande partie y contribuera. (Ndlr : Auparavant, sur les 178 hectares agricoles, 70 étaient utilisés pour l’exploitation de la plante à parfum.)

Le projet s’inscrit dans la durée, et s’accompagne d’une politique agricole plus globale de la commune, comme l’a confié Nathalie Campana, 
directrice générale adjointe de l’urbanisme de Grasse auprès de l’AFP : « Parallèlement, depuis juillet 2014 et la préparation de ce nouveau PLU, la mairie travaille avec la chambre d’agriculture pour restituer des terres aux cultures de plantes à parfum et faciliter l’installation de jeunes agriculteurs ». Elle rajoute : « sur des surfaces plus petites, on permet aussi une facilitation du maraîchage ». Un projet politique qui remet le patrimoine local au coeur de la réflexion sur l’évolution de la ville.

Grasse, seule ville industrielle des Alpes-Maritimes

La plante à parfum de Grasse a fait la renommée de la commune, mais son commerce n’a cessé de fluctuer au fil du temps. Secteur très florissant dans la première moitié du XXe siècle, avec des récoltes atteignant les 1600 tonnes pour la rose et les 2000 tonnes pour le jasmin en 1939, la production a, par la suite, fortement baissé puisque seulement 300 tonnes sont récoltées en 1971.

Aujourd’hui, l’exploitation de la plante à parfum de Grasse a bien repris, comme le confirme Nathalie Campana : « C’est un vrai secteur de développement économique. Les parfumeurs qui achetaient la rose et le jasmin en Afrique du Nord reviennent aujourd’hui à la marque Grasse, pour le terroir, pour l’aspect qualitatif et moins dans la production de masse« . Le secteur qui regroupe la production de parfums, d’arômes et de cosmétiques, représente une soixantaine d’entreprises pour environ 4.600 emplois direct autour de Grasse, ce qui fait de cette commune la seule ville industrielle des Alpes-Maritimes. Cette particularité fait l’objet d’une visibilité international impactant le tourisme, l’économie mais aussi l’emploi. Plus qu’un héritage, c’est un véritable enjeux de développement pour la ville.

Une culture au patrimoine mondial de l’Unesco

Ce changement de PLU tombe au bon moment. Peu de temps après, la ville de Grasse a reçu une excellente nouvelle : le 28 novembre dernier, les savoir-faire liés au parfum de Grasse ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est une triple reconnaissance qui concerne à la fois : « la culture de la plante à parfum », « la connaissance des matières premières et la transformation de celles-ci » et enfin, « l’art de la composition olfactive ».

Cette décision récompense une candidature portée depuis dix ans par l’association Patrimoine vivant du Pays Grasse. La mairie s’en est félicitée et salue « un évènement historique pour la France et pour l’histoire Mondiale de la Parfumerie, une démarche fédératrice qui tente à exprimer une reconnaissance à l’égard des générations passées qui ont tant travaillé pour nous offrir cet héritage. »

La commune de Grasse est un bel exemple de valorisation du savoir faire local par l’utilisation des compétences locales. En adaptant son PLU, la ville a su donner l’espace nécessaire au développement d’un savoir faire qui vit à travers le patrimoine. Tour à tour enjeux de communication, de patrimoine, d’économie, de tourisme mais aussi de visibilité, la commune comprend, grâce à ce choix, l’impact d’une politique d’urbanisme sur le sens politique dans sa globalité. 

1 COMMENTAIRE

  1. Une superbe initiative de la municipalité redonner le travail de qualité aux cultivateurs de fleurs. Le savoir faire la qualité pour les parfums et pourquoi.pas aussi pour des légumes des fruits etc….

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