Loi santé : agir en tant que collectivité

Le gouvernement prévoit pour cette année une nouvelle loi santé. L’un des objectifs affichés est de lutter contre la désertification médicale, qui représente un véritable problème pour une part importante des collectivités territoriales. Pourtant, pour y remédier, des initiatives locales ont déjà vu le jour.

Loi santé 2019 : vers une importante réforme du secteur médical

Depuis quelques temps, le gouvernement prévoit une nouvelle loi santé qui doit réformer en profondeur le secteur médical en France. Prévu dans le plan « Ma santé 2022 », le texte de cette future loi sera présenté avant l’été prochain par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Parmi les mesures importantes, le gouvernement souhaiterait la suppression du numérus clausus imposé depuis 1971 par l’État, et cela, dès la rentrée 2020. Les universités devront elles-mêmes fixer leurs objectifs d’admission. Le texte prévoit également une importante réforme de la carte hospitalière. Le statut de nombreux établissements sera ainsi redéfini pour qu’ils deviennent « des hôpitaux de proximité ». Leur mission se recentrera autour de la médecine générale, de la gériatrie et la réadaptation.

Le projet de Loi santé 2019 doit également régulariser la situation des praticiens étrangers exerçant en France : de nombreux médecins, pharmaciens, dentistes et sages-femmes diplômés hors de l’Union européenne (Padhue) exercent actuellement dans les hôpitaux publics, alors qu’ils sont, en théorie, interdits d’exercice en France. Enfin, la ministre de la Santé compte développer la consultation médicale à distance, la télémédecine, à d’autres composantes ; les pharmaciens et les auxiliaires médicaux seraient concernés. Avec toutes ces mesures, le gouvernement montre clairement son objectif : réduire les déserts médicaux.

La désertification médicale, une réalité pour un tiers des communes

La désertification médicale est devenue l’un des enjeux les plus importants à relever pour la santé en France. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette désertification ne provient pas d’un manque de médecins. Depuis les années 80, leur nombre a quasiment doublé, atteignant les 220.000 aujourd’hui. C’est en réalité les disparités régionales dans la répartition des médecins qui ont entraîné l’apparition de ces déserts médicaux. En effet, les jeunes médecins diplômés préfèrent s’installer dans les grandes villes ou les territoires qu’ils considèrent comme attractifs. Le déclin de la médecine en tant que profession libérale est aussi une cause de cette désertification: les « entrants » choisissent en majorité le salariat et privilégient donc les hôpitaux publics, qui sont devenus les premiers employeurs de médecins généralistes. Cela diminue, de fait, la reprise des cabinets. En outre, ces centres hospitaliers sont eux-mêmes inégalement répartis sur le territoire français.

Ainsi, selon la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), 11.329 communes, soit plus d’un tiers des communes de France, se trouveraient actuellement dans une zone considérée comme un désert médical. Au total, 12% de la population française vit dans une commune en manque de médecin généraliste.

Mayenne : la proximité comme réponse locale

Avec une moyenne de 245 médecins pour 100.000 habitants, le département de Mayenne est l’un des plus concernés par la désertification médicale. En comparaison, Ille-et-Vilaine, département limitrophe, en compte presque le double avec 425 médecins pour 100.000 habitants. Face à la situation devenue de plus en plus précaire, le département a donc décidé de lancer à Laval un tout nouveau service : le centre médical de proximité (SMP). Destiné aux patients qui n’ont pas de médecin traitant, le centre comble le manque de médecin par des permanences médico-sociales et des consultations assurées à la fois par des médecins à la retraite mais aussi par des jeunes internes en fin d’études de la faculté de médecine d’Angers, encourageant ainsi leur potentielle future installation. Grâce à cet ingénieux système, Laval et sa périphérie ont su pallier le manque de médecins pour une part importante de la population : 1.300 personnes sur les 10.000 patients sans médecin traitant ont pu être prises en charge.

Pour le docteur Dima, président du Conseil de l’Ordre, le projet est une réussite, comme il le confie au Courrier de la Mayenne : « L’expérience est positive. Le centre fonctionne bien, nous avons trouvé une réponse pour un tas de gens. Surtout pour une patientèle socialement un peu défavorisée. C’est elle qui a le plus de mal à trouver des médecins traitants. Pendant longtemps, les gens ont appelé le Conseil de l’Ordre pour avoir des solutions. Maintenant, on en a une ». Preuve de son succès, le Sénat lui a attribué le prix Territoria en juin dernier. Depuis, la Mayenne est régulièrement contactée pour décliner l’initiative ailleurs.

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