Qu’attendez-vous pour organiser une journée citoyenne ?

Créée en 2008 par le maire de Berrwiller Fabian Jordan, la journée citoyenne connaît un succès de plus en plus important. Elle apporte un regain d’action sociale et de citoyenneté au sein des communes participantes qui renouvellent toutes l’expérience année après année. Alors pourquoi ne pas se laisser tenter par ce projet ?

Un concept simple

La journée citoyenne se présente comme une journée consacrée à la réalisation de chantiers par les citoyens eux-mêmes. Mais elle peut prendre d’autres formes selon les communes. Pour Fabian Jordan, toujours maire de Berrwiller mais aussi Président de l’agglomération Mulhouse Alsace, l’idée était de : «proposer aux gens de participer concrètement  à la vie de leur village. Dans notre monde d’aujourd’hui, très individualiste, on a besoin de revenir à des valeurs d’entraide, de civisme, d’implication : que les citoyens ne soient pas seulement consommateurs mais aussi acteurs et partie prenante des politiques publiques» Pour l’Observatoire national de l’action sociale (ODAS), qui accompagne la journée citoyenne, il faut « mobiliser l’ensemble des habitants volontaires, mais au sens large, c’est-à-dire tous les acteurs du territoire, aussi bien les habitants que les associations, les entreprises, la commune, la mairie, les élus. ». Plus qu’un cadre précis, ce sont des principes qui régissent la journée citoyenne, comme le précise sa charte. L’entraide, la fraternité, le vivre-ensemble doivent être au cœur du projet. Cette journée fait donc intervenir les différents acteurs de la vie locale : la commune doit piloter le projet et les citoyens doivent proposer les actions et participer aux chantiers. L’objectif est de recréer du lien social et de mobiliser le plus possible les citoyens autour d’un projet social ou culturel. Il faut impliquer les citoyens en amont des projets afin de « permettre à chacun de s’approprier le bien commun » précise Joachim Reynard, responsable à l’ODAS. Il faut aussi travailler avec le monde économique : l’objectif des chantiers n’est pas de se substituer aux entreprises locales mais au contraire de les valoriser.

La journée citoyenne a convaincu des communes de toutes tailles, des plus petites qui ont une cinquantaine d’habitants aux plus grandes comme Le Mans, Troyes, Angers, etc. Mais l’idée s’est aussi déclinée directement auprès de structures publiques (collèges et maisons de retraite).

Chaque année, il existe une journée officielle de la journée citoyenne : la prochaine est fixée au 26 mai 2018. Mais c’est seulement à titre indicatif ; une journée citoyenne peut avoir lieu tout au long de l’année.

Un réseau prêt à vous accompagner

La première journée citoyenne a eu lieu en septembre 2008. Quelques jours plus tard, comme le rappelle Fabian Jordan, le Président de l’ODAS l’a contacté pour soutenir cette initiative. Mais depuis 2015, leur collaboration a évolué puisque l’association participe désormais activement à « l’essaimage » de cette pratique. Joachim Reynard détaille cette action : « On a mis en place un réseau, le réseau journée citoyenne et on développe au sein de ce réseau, un réseau d’ambassadeur. Ce sont des élus qui organisent la journée citoyenne et qui sont là pour apporter leur expertise à des communes qui souhaiteraient elles aussi organiser des journées citoyennes. Ils sont là pour les accompagner, participer aux réunions publiques, aider la formation des habitants ; leur donner les ficelles. On organise aussi beaucoup de réunions locales organisées par la commune ou l’agglo pour venir expliquer ce qu’est la journée citoyenne. »

Et les résultats ne se sont pas fait attendre : d’une centaine de communes en 2015, elles sont passées à plus d’un millier en 2016. Il demeure malgré tout une grande disparité géographique et les communes participantes restent logiquement concentrées dans l’est du pays, leur lieu d’origine.

L’ODAS a découvert cette initiative par Apriles, son agence des pratiques et initiatives locales : « Son rôle, c’est de repérer et d’expertiser des actions innovantes qui favorisent le vivre ensemble. C’est dans ce cadre-là qu’on a repérer la journée citoyenne et qu’on l’a expertisé » rappelle Joachim Reynard. « L’ODAS est là pour créer des synergies entre les élus et pour communiquer afin donner à voir cette action. On fait des outils pour faciliter l’organisation d’une journée citoyenne » Mais pas question de se substituer aux rôles des acteurs locaux : « L’idée que l’on porte à l’ODAS, c’est que le maire est le garant du vivre-ensemble, ce sont des élus en prise direct avec les habitants. Selon nous, l’une de leurs missions principales, c’est de susciter ce vivre-ensemble, la fraternité sur leur territoire. C’est vraiment dans cette idée-là que l’on porte la journée citoyenne ».

Aujourd’hui, la journée est aussi accompagnée par de nombreux partenaires : la Banque postale, EDF, la SNCF ainsi que l’AMF participent aux projets.

Fabian Jordan, maire de Berrwiller, président de Mulhouse Alsace Agglomération et créateur de la journée citoyenne

Un succès au rendez-vous

Depuis sa création, aucune commune n’a renoncé à poursuivre l’expérience. « Pour nous, c’est un excellent indicateur, elles le refont toutes l’année suivante » s’enthousiasme Joachim Reynard. Fabian Jordan confirme : « Aucune commune, aucune ville qui a lancé une journée citoyenne ne l’a abandonnée par la suite : cela veut dire que tout le monde y a tiré un bénéfice. Aucune n’a arrêté la dynamique une fois qu’elle était engagée, donc c’est une vraie demande de la part de la population.» Et année après année, le nombre de participants augmentent. A Berrwiller, commune de 1200 habitants, la dernière journée a réuni 450 participants.

Mais le succès ne se limite pas aux nombres des participants comme le précise Joachim Raynard : « On constate un bienfait sur les finances des communes. Les maires disent que ça leur permet d’investir. C’est l’économie de fonctionnement qui se répercute sur l’investissement. Et ça ne concurrence pas l’économie locale, au contraire. » Car les chantiers sont parfois préparés en amont : une entreprise met par exemple une première couche de peinture dans un logement à rénover et les habitants viennent pour la dernière. Ainsi, les entreprises sont aussi sollicitées. C’est l’une des clés du succès de ces marches pour Fabian Jordan : « En baissant nos frais de fonctionnement et en valorisant nos citoyens, on dégage des marges de manœuvres plus importantes au niveau de l’investissement et ainsi on peut créer des projets qu’on aurait pas pu faire autrement. » Le fait d’impliquer les citoyens leur permet l’« appropriation de l’espace public et le respect de la chose produite. » Le président de l’agglomération de Muhouse Alsace a en effet constaté que « ce qui est fait en journée citoyenne par les citoyens est respecté davantage ». Il évoque à ce sujet une anecdote cocasse : des collégiens sont venus se plaindre à la mairie parce que l’arrêt de bus qu’ils avaient repeint avait été tagué au marqueur. Il y a une fierté pour la chose accomplie, une fierté d’y avoir participé et donc une volonté de préservation.

La réussite se fait aussi par le lien créé entre les habitants et entre les générations : « Il y a un respect qui s’installe entre les citoyens. C’est un phénomène qu’on constate partout : petit village comme grande ville. Ils s’engagent pour l’autre : c’est quelque chose qu’on a plus l’habitude d’avoir. C’est assez remarquable ». Cela favorise aussi l’engagement associatif, même si celui-ci est plus ponctuel. Et ça rapproche les collectivités : « Il y a un lien qui se créent entre les élus : l’intercommunalité se vit différemment. »

Des infos pratiques pour vous épauler

L’organisation d’une journée citoyenne peut susciter des inquiétudes et des interrogations. Parmi les réticences à la mise en place d’une journée, il y a la question de l’assurance qui revient fréquemment. Comme le principe se fonde essentiellement sur les chantiers, tous les dangers qui peuvent intervenir viennent à l’esprit (chute d’un échafaudage, blessure suite à l’utilisation d’outils électriques, etc.) Les communes ont souvent peur qu’un citoyen se blesse. Mais Joachim Reynard se veut rassurant « On avait beaucoup d’interrogation l’année dernière sur les questions d’assurance, de responsabilité. On a travaillé avec l’AMF et la Banque postale. On a fait une petite fiche pour expliquer quelle était la responsabilité de la mairie, comment s’assurer et quels sont les points de vigilance qu’il fallait avoir. » Après la délibération du conseil municipal qui valide le projet, il faut donc prévenir l’assureur de la commune. L’ODAS invite aussi les communes à s’organiser avec les pompiers ou la croix rouge pour la journée citoyenne. Mais généralement les élus, mêmes s’ils savent qu’ils prennent une part de risque, ne se découragent pas pour autant  : « si on s’arrête aux principes de précaution, on ne fait plus rien dans nos communes ». L’ODAS n’a d’ailleurs relevé aucun cas de blessure grave ou de conflit suites aux journées citoyennes parmi les communes participantes.

Outre, la fiche sur l’assurance, l’ODAS propose d’autres fiches sur les détails techniques, disponibles sur leur site internet. L’une propose des exemples d’ateliers, une autre évoque l’organisation, etc.

Si vous souhaitez organiser une journée citoyenne, n’hésitez pas à prendre contact avec l’ODAS. Ils peuvent fournir un support technique (logo, flyer,…), des conseils et pourront relayer votre initiative comme ils le font pour toute journée citoyenne organisée. Il ne faut pas hésiter non plus à prendre contact avec les partenaires de l’événement.

Pour Fabian Jordan, l’essentiel, c’est de « donner la possibilité à sa population de s’engager. Vous devez écouter et être au plus proche des préoccupations des citoyens. Plus il y a d’initiatives, plus la journée est dynamique. Pas une journée citoyenne ne ressemble à une autre. Il y a un état d’esprit, c’est de l’implication pour l’autre. »

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