Smart-city : recycler pour développer les territoires

Aujourd’hui, beaucoup d’élu.e.s voient dans la high tech – en plus d’être un bon outil marketing – un excellent moyen de répondre à la crise écologique que nous connaissons. A l’instar de la voiture électrique, il est aujourd’hui communément admis que la technologie est en mesure de limiter les pratiques polluantes et d’y substituer des technologies “propres”. Les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, ou le concept-même de smart city, sont quelques illustrations parlantes de cette “Quatrième Révolution Industrielle” : la révolution numérique.

Les limites de la haute technologie

Pourtant, l’utilisation du numérique n’est pas sans impact sur l’environnement. On ne parle plus ici de rejet de gaz à effet de serre mais d’exploitation de ressources épuisables, non renouvelables. Ces technologies censées nous sauver consomment en effet des ressources rares et résultent de processus d’alliage trop complexes pour être entièrement recyclées à terme.

Qu’est-ce qu’implique donc la consommation de technologies dépendantes des métaux ? Au-delà de la raréfaction pure et simple de ces métaux, il faut penser au coût énergétique croissant de l’extraction. Aujourd’hui, 10% de l’énergie primaire produite dans le monde est utilisée dans des activités extractivistes. Comme la consommation de ces métaux augmente, il est de plus en plus difficile de les extraire. Cela demande donc de plus en plus d’énergie. À terme, l’augmentation de la consommation de certains métaux ne sera plus possible, car leur extraction nécessitera une proportion trop importante de l’énergie primaire produite.

Un phénomène d’autant plus important que la high tech s’appuie sur des métaux rares, plus difficiles à extraire que des métaux “classiques”. L’extraction de ces métaux rares nécessite l’utilisation de solvants chimiques pour séparer le métal de la roche, et ces solvants sont souvent rejetés dans la nature, au détriment de l’environnement et de la santé des habitant.e.s résidant à proximité de la mine. Certains, comme Guillaume Pitron, parlent de “délocalisation de la pollution”.

La réponse low tech

La production de smartphones, d’ordinateurs, mais également d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques, n’est donc pas durablement durable. La question mérite donc qu’on s’y intéresse et il semble essentiel de rester lucide et d’éviter de croire en des avancées scientifiques futures qui nous permettront de surmonter ces biais. Ces avancées sont possibles, mais au regard de l’enjeu, mieux vaut peut-être ne pas se reposer là-dessus.

Les perspectives d’avenir, pour beaucoup, résident dans l’économie circulaire, et notamment dans l’éco-conception, qui implique qu’au moment de la conception d’un produit, le producteur pense déjà à la manière la plus simple de recycler. Cette économie circulaire ne peut en effet être réelle que si le recyclage est maximisé. Or, comme le rappelle Philippe Bihouix, ingénieur centralien auteur de “L’âge des low-tech”,  plus nos objets sont complexes, moins on recycle correctement, et plus on s’éloigne de la capacité à faire de l’économie circulaire”.

De plus en plus d’acteurs prônent donc le développement des “low tech”, définies comme des technologies issues de la nature ou de matériaux directement recyclés, et donc très faiblement énergivores. En parallèle du développement des énergies renouvelables, serait proposé un modèle de société locale plus “sobre”.

Un label est même en cours de conception : porté par l’association Adrastia avec l’appui de l’Ademe Île-de-France et de la Fabrique des Mobilités (FabMob), ce label serait attribué aux produits, services et organisations selon leur capacité d’affranchissement à la dépendance aux ressources. L’objectif est de donner des repères permettant de faciliter la prise de décision des habitant.e.s, des pouvoirs publics et des entreprises, confronté.e.s à la fragilisation des approvisionnements en énergie. L’enjeu est important, et les collectivités en prennent progressivement conscience.

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