Vie d’élue – Quand la campagne présidentielle met à mal les élus locaux

C’est un week-end de trois jours pour beaucoup, mais plus qu’un week-end ensoleillé c’est le dernier lundi avant le premier tour des élections présidentielles en France.

Une campagne décevante

En disant que cette campagne est décevante, je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes. Pourtant, comment convaincre les citoyens d’aller voter quand les candidats sont aussi peu convaincants ? Je ne parle pas de programme électoral, mais de représentativité. 11 candidats : 9 hommes et 2 femmes. Et encore, ce manque de parité n’est qu’un faible problème. Je l’entends tous les jours : les hommes et les femmes politiques semblent très – trop – loin des attentes citoyennes. Non seulement, beaucoup ne se sentent plus représentés, ne savent plus pour qui voter et sont déjà déçus du futur président mais en plus les scandales leur semblent insoutenables.

Jusque là la distance existait, mais les différentes affaires qui ont rythmé les présidentielles n’ont fait qu’agrandir la défiance des concitoyens. Si cela ne sert plus les élus nationaux, il est vrai que les élus locaux ne sont plus mis de côté et que la confiance s’estompe aussi.

Les élus locaux mis à mal

Je suis une conseillère municipale, tout ce qui a de plus classique, dans une commune de 4000 habitants ou presque. Avant, nos administrés nous faisaient confiance. Il est maintenant coutume d’entendre des réflexions sur nos mandats. « De toutes façon, vous êtes payés pour être élus », « vous dépensez l’argent public », « vous gagnez beaucoup », « vous avez un revenu complet avec vos indemnités », « vous avez des arrangements avec les entreprises, les crèches, les copains du coin » … des réflexions qui sont tellement éloignées de ce qu’il se passe.

Le temps des élus plein aux as, je ne l’ai jamais connu

Dans notre conseil, les adjoints touchent 400 à 500 €, les élus délégués environ 150 € et le Maire a 1300 € par mois. Pour ma part, je suis élue déléguée, je passe près de 20h par semaine à travailler pour la commune. Alors, quand on ne cumule pas, les revenus ne se comptent pas avec 4 ou 5 zéros comme pour certains.
C’est vrai, nous dépensons l’argent public mais ce ne sont pas des « dépenses plaisirs ». A vrai dire nous entretenons, réparons, même investir devient rare ! Nous nous sommes réellement engagés pour le bien commun.

Si nos orientations politiques ne sont pas les mêmes d’un élu à l’autre, nous sommes bien d’accord sur un point : nous aimons notre commune. C’est vrai nous nous engageons pour nous enrichir, mais d’une richesse intellectuelle, d’expériences, etc. Ce n’est en aucun cas l’appât du gain qui nous motive, en tous cas, pas dans ma commune ! Le pouvoir anime certains élus que je côtoie parfois, et c’est là le début de la perte d’un élu. Mon réseau n’est peut-être pas le plus développé mais la grande majorité des engagés en politique locale le font par conviction et engagement. Des fois, quand j’explique tout cela aux citoyens, ce n’est pas bien compris, et l’excuse des impôts locaux – qu’ils paient, comme nous tous – leur fait dire que nous sommes « à leur service ». Heureusement, beaucoup nous apportent du soutien et tentent de s’imaginer le quotidien.

Comment regagner la confiance des habitants ?

Dans ma commune, nous nous efforçons de garder le sourire et maximiser les dialogues. Concertations, réunions publiques, échanges sur les marchés mais tout ne s’y prête pas. Alors, nous menons des projets avec le conseil et là aussi les commentaires arrivent. Je suis heureuse d’entendre que les citoyens veulent prendre part à la réflexion commune mais souvent, c’est dur d’entendre tous ces retours négatifs.

Toujours les mêmes commentaires

Certains nous accusent de manque de dialogue, de manque de démocratie. Cependant, quand nous menons des groupes de travail ouverts aux habitants, le succès est mitigé… Car s’impliquer demande du temps ! Tout le monde n’est pas prêt à laisser une partie de son temps personnel pour mettre la main à la patte.

J’avoue que parfois, mon envie de leur dire de prendre notre place pendant quelques semaines est très forte. Afin qu’ils se rendent compte.

Mais tout cela vient d’où ? La défiance a commencé petit à petit dans les sondages : les français se sentaient loin des députés, des sénateurs, des députés européens puis des conseillers régionaux, départementaux et maintenant même des conseillers municipaux qu’ils croisent pourtant tous les jours. Pourquoi ? Des années de politiques corrompues qui ont desservi ceux qui s’impliquent avec coeur.
Alors tous les jours avec l’équipe nous parlons, témoignons, expliquons ce qu’il se passe vraiment dans les murs de la mairie : des politiques transparentes sur l’attribution des places en crèche, sur les logements sociaux, de vrais entretiens pour les ouvertures de poste – et pas du copinage ou du placement des enfants de M. et Mme X. Bref, du bon sens pratiqué en 2017, mais qui ne l’a pas toujours été.

Je continue à espérer qu’un engouement citoyen nait et permettra un changement du local vers le national. Je milite pour que les étudiants, les jeunes actifs, les plus âgés aussi s’engagent en politique. Je ne parle pas de parti politique mais d’un engagement territorial : que ce soit au sein d’un agenda 21 ou d’une équipe lors d’une campagne municipal, puis d’un conseil municipal. Le futur est à construire, loin de toutes ces pratiques nationales qui ne sont pas les nôtres.

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