Logements insalubres : 3 femmes architectes rénovent grâce à la récupération

Pour rénover les habitations insalubres, l’association FAIRE AVEC propose de récupérer des matériaux inutilisés dans les chantiers avant que ceux-ci ne soient jetés aux ordures. En seulement quelques mois, FAIRE AVEC a déjà prouvé l’efficacité de sa méthode.

Faire avec : une association fondée par trois femmes architectes

Créée par trois femmes architectes, Clotilde Buisson, Gwenaëlle Riviere et Clara Piolatto, l’association FAIRE AVEC part d’une initiative simple mais ingénieuse : récupérer des matériaux inutilisés pour améliorer des habitats précaires ou insalubres. Comme l’indique leur site, « L’association d’architecture FAIRE AVEC met en lien des matériaux inexploités avec des besoins d’amélioration de l’habitat. »

Pour cela, les trois architectes comptent utiliser des matériaux avant qu’ils ne partent à la benne, comme le confirme l’une d’entre elles, Clara Piolatto, sur France Inter : « On récupère des matériaux qui sont généralement des non-livrables ou des surplus et des rebus de fournisseurs ou de chantiers. C’est du carrelage, du papier-peint, de la finition. » À partir de là, l’objectif des architectes est de « mettre en valeur les assemblages de ces matériaux qui sont disparates puisque récupérés à des différents points de collectes sur différents chantiers, dans différents magasins de fournisseurs », pour ensuite les utiliser dans des habitations qui en ont besoin, tout en gardant l’ensemble cohérent et harmonieux  : « Nous, avec les premières personnes concernées, on regarde ce qu’on a et on regarde comment on pourrait les assembler en fonction de leur besoin. »

Ainsi, FAIRE AVEC permet d’éviter le gaspillage et donne une chance aux matériaux qui peuvent encore être exploités  : « L’idée, c’est de vraiment valoriser l’économie circulaire et de dire « non, ce n’est pas possible de jeter ça, c’est neuf ». Nous, on le récupère et on le met en œuvre là où on en a besoin ».

Les logements insalubres : un problème d’ampleur en France

Pour les trois architectes, l’objectif de l’association est avant tout de répondre à une triste réalité sociale. En effet, « en 2017 en France, la Fondation Abbé Pierre dénombre 2.090.000 personnes privées de confort, 1.123.000 copropriétaires en difficulté et 3.558.000 personnes ayant eu froid pour des raisons liées à la précarité énergétique. » Ainsi, pour résoudre les difficultés rencontrées par ces personnes qui vivent dans des habitations précaires, « FAIRE AVEC propose en premier lieu le diagnostic du cadre bâti pour établir la liste des dégradations, dysfonctionnements et travaux prioritaires. ».

L’association a conscience de la multiplicité des cas de figure et compte s’adapter à différentes situations, comme le confirme Clara Piolatto, toujours sur France Inter : « FAIRE AVEC voudrait se positionner sur trois types de publics pour faire jouer les échelles en fonction des matériaux qu’on récupère. Donc, on aimerait jouer à la fois sur des logements individuels, plutôt des propriétaires occupants dits précaires, en tout cas qui ne sont en mesure d’entretenir leur logement. Le deuxième, ce serait les copropriétés dégradées ; on sait que c’est un problème en France. Et enfin, troisième pôle, c’est les centres d’hébergement sur toute cette phase, notamment d’humanisation, du passage des chambres collectives aux chambres individuelles. »

Une méthode au contact direct des habitants

En adéquation avec ses objectifs, l’association est actuellement en train de réaliser son premier chantier : transformer les chambres collectives du centre d’hébergement et réinsertion social Georges Dunand, géré par Emmaüs à Paris, en chambres individuelles. Pour mener à bien cette mission de rénovation, FAIRE AVEC propose des ateliers auprès des habitants du centre pour qu’ils participent directement et activement au chantier  : « Une fois par semaine, on se rend au centre et on propose différents ateliers pour toucher un maximum de personnes selon leurs centres d’intérêt. Par exemple, on monte une maquette tous ensemble pour rendre compte de ce qui a aujourd’hui et pour voir comment on pourrait le transformer. On a aussi un atelier corps/bien-être, pour justement s’installer dans les différents espaces du centre puis, par l’intermédiaire de la reprise de conscience de son corps, voir comment il évolue dans l’espace du centre. »

Ce contact est l’un des engagements principaux de FAIRE AVEC  : « dans un processus de co-conception, un des objectifs majeurs de l’association est de replacer les premières personnes concernées au cœur du projet architectural. » Par la suite, l’association compte maintenir ces activités et en proposer des nouvelles comme « des ateliers avec le photographe Vivian Daval, dans lesquels chaque habitant inscrit la mémoire du lieu existant ainsi que l’utopie du lieu à construire. »

Quelques mois d’existence… et déjà une récompense

Après seulement quelques mois d’existence, les efforts fournis par les 3 architectes ont déjà été repérés et récompensés. En effet, l’association FAIRE AVEC a reçu un prix de la Fondation Cognacq-Jay qui récompense et accompagne les œuvres de solidarité sociale. Avec trois autres projets, FAIRE AVEC est devenu le lauréat 2018, catégorie vision. Grâce à ce prix, l’association va pouvoir obtenir une aide financière de la part de la Fondation et obtenir des conseils et une aide précieuse pour développer encore davantage son projet. Le prix récompense : « l’innovation de Faire Avec » qui « réside dans l’alliance et la réactualisation d’outils déjà éprouvés. Elle met à jour les idées fondatrices des Compagnons d’Emmaüs. » Pour la Fondation, c’est une « innovation d’économie circulaire, sociale et solidaire au service de l’amélioration de l’habitat sans discrimination. » Car, « Faire Avec met en avant une co-élaboration de projets architecturaux, dans le respect des volontés, implications et finances de chacun. » Une récompense qui annonce de beaux jours pour l’association.

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