Exister en politique : 3 astuces

En politique – même locale – certains noms sont incontournables. Tout le monde sait ce que Monsieur X pense du sujet et si Madame Y s’est récemment prononcée. Face à cet environnement, et dans un calendrier à enjeux municipaux, faites entendre votre voix. Oui mais comment ?

Se connaître soi avant tout

Pour exister auprès des autres, connaître ses atouts est indispensable. Alors listez-les ou demandez-les à vos proches. Notez-les et répétez-vous plusieurs fois par semaine vos points d’accroche pour les ancrer en vous. Du charisme, une éloquence sans entrave, une gentillesse qui vous fait avoir la confiance de tous, toutes les qualités sont bonnes à prendre. Connaître ses qualités, c’est aussi avoir en tête les éléments à travailler pour vous démarquer.

S’il ne s’agit pas de vous faire passer pour quelqu’un d’autre ou de singer vos collègues, cela permettra de vous sentir bien plus à l’aise dans de multiples situations… mais aussi de débusquer les point faibles de vos adversaires. Vous devez vous connaître mais aussi comprendre les fonctionnements des autres : des citoyens pour pouvoir échanger et faire passer un message qui leur parlera, des associations, qui ont leur propre vocabulaire, leur façon d’appréhender le territoire avec un prisme sensiblement différent, des entreprises et aussi des autres élu.e.s.

Vous pouvez vous fixer des personnages type par groupe à toucher et vous entraîner à leur parler : sur un dossier identique – par exemple la réfection des voiries – les enjeux et les problématiques ne seront pas les mêmes pour vos interlocuteurs. Réfléchissez au discours avec lequel vous êtes à l’aise avant de le diffuser et pensez les arguments en fonction de vos auditeurs. C’est ici que vos atouts joueront en votre faveur. Car les qualités ne sont pas seules dans ce travail : vous devez aussi vous faire la liste des dossiers et de vos thématiques de prédilection afin de vous positionner et vous faire entendre.

Enfin, travaillez un positionnement qui vous fera être cette élue si particulière parmi les autres :

  • l’adjointe aux affaires scolaires qui a intégré au travail des TAP une concertation physique et un travail de co-décision,
  • l’élue départementale qui prend un café dans chaque village de son canton les jeudis de 17h à 18h (et qui les alterne, évidemment, votre corps ne vous remercierait pas sans cela)
  • la conseillère régionale qui fait des cafés citoyens devant les écoles en début de mois…

Les possibilités sont très grandes et vous pouvez à la fois vous démarquer par vos façons d’être mais aussi vos façons de faire. Vos valeurs vous guideront vers ce que vous considérez être le mieux pour votre territoire, alors faites-vous confiance. Et pour les élues qui, comme moi, aiment les listes, listez vos valeurs et les sujets associés pour travailler votre créativité.

Savoir à qui on s’adresse

Il existe de nombreux publics en politique. Vos citoyens – qui ne sont pas forcément vos électeurs – avec qui il faudra un discours – écrit ou oral – dit grand public et avec qui vous devrez certainement vulgariser l’information pour passer votre message. Non pas que les citoyens ne comprennent pas vos dossiers, mais le rouage technique et souvent agrémenté d’anagrammes, de termes techniques ou de déformation de langage ne joue pas en votre faveur. Il donnera de vous une image très (trop ?) éloignée du quotidien de vos administrés. Evidemment, certains, plus habitués, voire anciennement élu.e, vous interpelleront sur des sujets techniques et attendront de vous une réponse qui l’est aussi, à ce moment-là, lâchez-vous et entrez dans les détails croustillants, c’est ce qu’ils recherchent.

Les politiques du territoire : des conseiller.e.s régionaux.ales aux départementaux.ales, aux député.e.s et sénateurs.trices en passant par les élu.e.s, tout ce monde politique a aussi ses codes et sa dialectique. Pour vous faire remarquer, adoptez-les et jouez-en. Point trop n’en faut et pour se démarquer, vous pouvez aussi jouer sur la corde qui vous fait être différente : celle de votre positionnement. Si vous êtes l’élue au développement durable qui se bat pour la cantine 100% bio depuis déjà 3 ans, « Madame Brocoli » comme certains aiment à l’appeler, n’oubliez pas d’ajouter à vos échanges quelques références à l’environnement, au consommer bio et aux acteurs associés. Vous serez alors identifiée sur ce sujet et vous pourrez ensuite être celle qu’on appelle, qui inspire et dont on parle.

3ème groupe de personnes : les acteurs locaux. Eux peuvent avoir un impact considérable dans votre représentation. Une personne mécontente en parle à 3 autres, mais si cette personne est un commerçant, un personnel de santé ou quelqu’un qui est souvent en contact avec des locaux le risque est grand. Il faut connaître cette cible et l’apprivoiser, ce ne sont ni des sur-humains ni des adversaires, à vous de les capter et de leur parler avec leur vocabulaire en comprenant leurs problématiques.

Se positionner

Enfin, se positionner sur un sujet, faire entendre sa voix à propos d’une actualité nationale qui peut avoir des répercutions locales ou sur une actualité propre à votre territoire a plusieurs avantages. Non seulement, vous vous faites entendre et vous donnez votre point de vue mais en plus vous gagnez en image : vous n’avez pas peur de vous affirmer, vous connaissez toutes sortes de sujet, vous pouvez en parler.

Attention, néanmoins à ne pas vous positionner sur tout, parfois certaines actualités n’en valent pas la peine ou sont très risquées. Si vous ne le sentez pas, n’y allez pas. Au début d’une affirmation en politique, les sujet « touchy » peuvent être de véritables atouts comme de très gros dangers, si vous jugez que vous avez les épaules pour répondre à tous, c’est bon mais parfois, le réveil des avis peut perturber et être violent à votre encontre. Cependant si vous pensez que vos valeurs sont touchées, que vos convictions sont en train de se réveiller, que vous êtes révoltée ou en admiration, dites-le. Trop d’élu.e.s ne le font pas et trop de citoyen.ne.s regrettent de ne plus avoir d’élu.e.s qui ont une vision, un avis, une volonté.

Vous pouvez monter crescendo sur ce positionnement : d’abord autour de vous, en parler à votre famille, votre cercle proche, et commencer à vous faire la main. Puis sur le marché à une fréquence un peu plus régulière, cet environnement a l’avantage d’être à la fois public et à la fois accueillir des conversations privées. Sur un spectre un peu plus public, quand vous serez en mesure de vous lancer – c’est-à-dire que vous vous sentirez de vous affirmer un peu plus – vous pourrez utiliser les réseaux sociaux avec des posts publics ou dans les médias. J’entends déjà l’injonction « les médias n’ont que faire de mon avis », peut-être mais leur avez-vous demandé ? Travaillez votre réseau de journalistes locaux, essayez de comprendre les sujets qui les touchent et positionnez-vous petit à petit. Comme on m’a souvent répété « le non vous l’avez déjà, allez chercher le oui ».

Pour exister en politique, tout ne se fait pas seul, mais rien ne se fait sans réflexion. Pensez à qui vous êtes et qui vous voulez être dans cet environnement, pensez à vos points forts et ceux qui vous démarqueront puis positionnez-vous. Faites-vous entendre, ce n’est que comme ça que vous existerez.

Vous aussi, exprimez-vous !

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