Vie d’élu.e : des gilets jaunes au grand débat national

Les élues partagent beaucoup avec nous : de leur quotidien à leurs questions.  Nous échangeons avec vous tous les jours. Alors, si les échéances européennes et municipales sont évidemment au cœur des attentions, ces dernières semaines d’autres sujets font l’actualité des élu.e.s.

D’une révolte décentralisée

En tant qu’élu.e.s locaux.ales, nous avons tous pu constater que la forte fracture territoriale ne pèse pas uniquement sur les institutions mais également sur ceux qui la vivent au quotidien. Des acteurs du monde associatif aux citoyen.ne.s, de nombreuses voix s’élèvent. Toutes demandent aux pouvoirs publics d’agir pour faciliter, ou au moins comprendre, le quotidien des administrés. La désertification médicale, les fermetures de lignes ferroviaires, l’absence de service de poste et de commerces constituent le terreau d’une demande de changement.

Qu’ils soient plusieurs dizaines de milliers ou bien moins, le constat de « la France à double vitesse » est bien présent. Viennent s’ajouter la sensation d’être incompris.e.s, de vivre un quotidien très éloigné de celui des décideur.se.s ou la volonté de faire peser leur voix aux politiques publiques. Depuis plusieurs semaines maintenant, les élu.e.s témoignent de ce qu’ils observent : un mélange des voix et des revendications mais aussi un besoin de partager son quotidien par des habitants de territoires pas vraiment urbains, que les ronds-points concrétisent. Parce que finalement, des carrefours circulaires, on en trouve en périphérie des métropoles, là où les premiers échos d’un sentiment d’abandon se font entendre depuis plusieurs années.

Ce n’est pas pour rien que les villes qui ne font pas les gros titres en temps normal prennent les devants. Ainsi Dijon, le Puy-en-Velay, Epinal, Poitiers, Metz, Auxerre, entre autres, deviennent des lieux d’incarnation des fractures françaises. La voix des gilets jaunes n’a rien à voir avec celle de précédentes revendications comme Nuit Debout, par exemple. Elle est beaucoup moins urbaine et fait le constat d’une France qui se sent loin de ses institutions.

A un débat national

La réponse du gouvernement s’est faite en plusieurs épisodes. Sans revenir en détails sur des mesures et des prises de position qui ont fait les gros titres, il est intéressant de s’arrêter sur ce qui s’apparente à une résolution pour l’année à venir. L’annonce par le Président de la République, Emmanuel Macron, d’un grand débat national réintègre les élu.e.s locaux.ales comme relais du ressenti citoyen.

L’AMRF avait anticipé l’action en créant les cahiers de doléance quelques semaines auparavant. Les maires des petites villes, très vite rejoints par ceux des communes plus peuplées ont ouvert les portes des mairies pour accueillir les doléances de leurs administré.e.s. L’impact a été immédiat. Les élu.e.s ont repris le rôle premier de leur fonction et cette initiative les a rapprochés physiquement de leur administré.e.s grâce à la maison commune. Peu épargné.e.s des médias, des administré.e.s mais aussi du gouvernement, les élu.e.s de terrain ont un rôle démocratique primordial.

Si les périmètres de ce grand débat restent encore flous, certaines informations ont été cependant diffusées :

  • le débat démarrera dès le 15 janvier,
  • il sera appuyé par une plateforme numérique collaborative (où les français pourront déposer des contributions),
  • des rencontres locales pourront être organisées à l’aide d’un kit de mise en place,
  • des sujets – pouvant être complétés – sont proposés par le gouvernement : transition écologique, fiscalité, démocratie et citoyenneté,
  • chaque rencontre locale devra faire l’objet d’un compte-rendu à déposer sur la plateforme.

Alors que les sujets sont vastes, les enjeux démocratiques forts et que le calendrier des élu.e.s est chargé, le grand débat national tend à vouloir centraliser des remontées « extra locales ». Personne ne sait encore réellement ce qu’il en sera retiré et ce qu’il provoquera. Néanmoins, de nombreuses questions se dessinent déjà. Quel impact pour les élu.e.s ? Une récupération électoraliste va-t-elle se faire ? L’outil numérique pourra-t-il recréer un dialogue entre les parties prenantes ? Beaucoup de zones d’ombre persistent alors même qu’au centre des échanges ce sont les élu.e.s locaux.ales qui sont mobilisé.e.s pour incarner le relai des voix. Une chose est certaine : créer du lien est une première voie vers la compréhension. Mais est-ce bien suffisant ?

Vous aussi, exprimez-vous !

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