Vie d’élu.e – le jour où j’ai décidé de démissionner

Laëtitia a la quarantaine et a été élue pour la deuxième fois dans sa commune de 5.000 habitants. Elle revient sur une épreuve à laquelle elle a dû faire face lors de son premier mandat : le jour où elle a démissionné de plusieurs commissions à la fois. Récit…

Un mandat et vingt-cinq heures de travail supplémentaires

Dès le début de mon nouvel engagement j’étais pleine d’enthousiasme, je me suis naturellement lancée dans 5 commissions différentes. L’une d’entre elles était celle de ma délégation, naturellement, et les 4 autres – sur des domaines tout à fait différents – correspondaient à mes d’intérêts. Je n’avais, cependant, pas évalué le travail qui m’attendait.

Au moment de rejoindre les commissions, mon entrain était certain

Lors de la campagne, en 2008, le Maire m’a proposé de me saisir de la commission communication et informations. Une délégation suffisamment importante – et cela je ne l’ai découvert que plus tard – pour que tout le monde donne son avis – parfois bien peu constructif – sur les réalisations. Beaucoup attendaient de mon travail car l’élu qui avait en charge l’information lors de la précédente mandature l’avait sacrifiée par manque de temps, et à l’époque je n’avais pas conscience de l’attente de tous.

Très vite l’accumulation des commissions, de mon emploi, de mon temps familial s’est faite ressentir et je m’efforçais de tout gérer. Je me dois de préciser que ma commune n’a pas de service communication, l’ensemble des supports a donc du être créé et entièrement géré par les élus. Nous ne chômions pas puisque tout le monde prenait sa part de responsabilité : le web, les relectures, la réalisation d’affiches, le soutien au contenu, et j’en passe. Cependant, d’année en année chacun a fini par se recentrer sur d’autres sujets me laissant un peu plus seule à la tâche.

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La qualité plutôt que la quantité

Alors que je m’étais efforcée de gérer de front de grands enjeux dans mon emploi, le lien avec ma commission, ma présence dans les autres commissions… les remarques agressives de certains membres d’associations et de citoyens en public me pesaient. Lors d’une commission un collègue mit la cerise sur mon gâteau de l’année en me reprochant – une fois encore – la médiocrité d’un travail communal pour lequel je n’avais reçu aucune aide. Sans explication, sans essayer de comprendre où était le problème ou même comment m’aider, la remarque était sur la forme et sans possible discussion. Si dans le fond j’étais plutôt d’accord, la façon de faire m’a cependant beaucoup affectée.

trop trop trop

Après être rentrée rouge de colère et avoir fait couler quelques larmes de rage, je me suis rendue compte que le problème ne tenait pas tant sur le projet en question ou sur ce que pensait mon collègue, le problème était ma frustration à vouloir être partout et sans être nulle part. Tout cela était pour moi, somme toute, très nouveau. Nous étions élus depuis plus de 3 ans mais chaque nouvelle année était synonyme de découvertes. Le monde politique étant si différent de mon univers de travail, cela me demandait une adaptation constante et une énergie que je finissais par ne plus avoir.

J’ai alors décidé, suite à cet échange, de ne pas me laisser aspirer une fois de plus dans le tourment du mandat. Après avoir réfléchi, j’ai annoncé à mon Maire et aux adjoints concernés que je démissionnais de 3 commissions. Une annonce qui a d’abord fait paniquer certains, pensant que ce choix cachait en réalité des tensions. Cependant une fois expliqué, beaucoup ont compris ma décision et certains même ont décidé d’en faire autant pour quelque mois afin de reprendre sa propre délégation en charge.

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Quelques semaines après, « tout est rentré dans l’ordre » : chaque élu a pu se recentrer sur sa propre délégation, réorganiser sa vie et prendre le temps de mettre en place les outils nécessaires à la bonne organisation de son mandat. Les semaines ne sont pas toujours faciles mais avec du recul, je pense avoir fait le bon choix. Maintenant, je prends garde à ne pas courir partout mais préparer en amont mes chaussures pour avoir une meilleure endurance dans mon mandat ;)


Le conseil Elueslocales :

Ces épisodes sont communs à tous les élus. Être écouté et pouvoir en parler est primordial, s’entourer d’un réseau solide d’élu.e.s peut vous aider à prendre du recul et ne pas vous accuser de tous les torts dans un moment comme celui-ci. Souvent, alors que les élu.e.s s’accusent des maux du mandat, c’est un problème commun à l’équipe qui surgit. La communication reste le meilleur remède pour remettre d’aplomb une situation glissante.
Et si une remarque désobligeante d’un collègue pointe le bout de son nez, n’oubliez pas de lui rappeler que vous êtes avant tout une équipe, le chacun pour soi, très peu pour vous ;)


Formation associée : Vie personnelle, professionnelle, politique – bien gérer son mandat

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