Vie d’élue – les difficultés des communes rurales

Mis à jour, mars 2019

Les lundis riment avec vie d’élue. Cette semaine, l’une d’entre vous nous parle des difficultés qu’ont les petites collectivités pour mener des politiques locales. Entre manque de temps, de financement et d’agents, certains territoires rêvent de moyens supplémentaires.

Une situation dégradée

Je suis élue et c’est mon deuxième mandat dans une commune rurale. Si je ne suis pas Maire, je m’implique – sans compter mon temps – pour que ma commune conserve sa qualité de vie. Mais il est vrai que ce n’est pas toujours simple.

A lire aussi : 300 millions d’euros en moins pour les collectivités

D’abord élue en 2007, ce n’était pas évident mais si je devais comparer à cette année, 10 ans après, je pense que je ne me plaindrais pas. Nous comptons à peine 500 âmes dans notre village pourtant chargé d’histoire. Les grandes villes n’ont rien à nous envier tant l’atmosphère locale est paisible et – je dirais même – enchanteresse. Le problème est pourtant là, nos habitants viennent pour conserver la douceur de la campagne, et nous élus ruraux, il nous arrive d’envier les villes. Vu d’ici tout y semble bien plus simple : des fonds à mobiliser, de nombreuses équipes, des budgets plus confortables, beaucoup d’acteurs locaux pour animer les rues, un tissu commercial plus vivant et plus dynamique. Tout ce dont nous manquons.

Les baisses des dotations, les rythmes scolaires, la prise en charge des permis de construire, tant d’impacts budgétaires qui nous ont entraînés dans une « sauvegarde » de la commune. Nous n’avons plus les moyens de planifier. L’équipe a dû choisir et a donc opté pour un retour aux 4 jours dans les écoles – afin d’économiser un budget, pour nous, conséquent. Mais d’année en année nous voyons les lignes budgétaires se restreindre et les besoins d’économie grandir.

Pas assez d’agents

Quant au personnel, nous sommes dans une situation critique. Les agents municipaux se comptent sur les doigts d’une seule main et doivent gérer l’ensemble des missions qu’une collectivité connaît : de la comptabilité complexe à l’entretien des nombreux espaces verts – sans pesticides – l’éventail est large. Bien évidemment, ce ne sont pas les mêmes qui agissent dans les deux cas mais ils ont un point commun : un planning tellement chargé que là aussi, nous nous contentons de répondre au plus urgent sans pouvoir prendre de la hauteur.

Phénomène qui en découle : nous autres élus ne sommes pas formés mais agissons pour le bien commun là où certains agents ont dû passer par des concours et faire des études de plusieurs années. Dès lors, quelle est notre légitimité et comment savoir si la direction que nous prenons est correcte ? Nous sommes à la fois initiateurs et réalisateurs, sans prendre de distance avec les projets menés et en perdant notre œil critique par instant. L’équipe échange avec les citoyens, mais la part à mobiliser est faible et nous retrouvons souvent les mêmes autour de la table.

A lire aussi : ce que veulent les élus locaux

Je regrette de ne pas avoir plus de techniciens et d’experts autour de moi pour échanger sur les évolutions et le développement du village. Je me suis formée mais je n’aurais pas le niveau d’un agent de catégorie A ou B avec 7h de formation – aussi intensive soit-elle.

Quel avenir ?

Quand je relate notre quotidien, je me rends compte de l’ampleur des travaux à mener. La disparition des emplois aidés ne nous soutient pas dans notre mission. Pourtant cette mandature est si exaltante ! Voir des mariages, accueillir les nouveaux arrivants, regarder notre école depuis mon bureau m’animent chaque jour. Cependant, je me demande souvent où cela nous mène : une commune nouvelle ? Une intercommunalité puissante où nous serons sous-représentés ? Un bassin de vie semblable au pays avec une faible densité et donc un périmètre beaucoup trop étendu ? Réfléchir à toutes ces perspectives me fait souvent tourner la tête.

Pourtant, l’avenir c’est demain, et demain, qui sait à quels défis nous devrons faire face ! J’admire mes collègues élus dans des communes qui ont peu de ressources et qui, pour autant, arrivent à mener des politiques ambitieuses, à hauteur de leurs moyens. J’espère réellement que le ciel s’éclaircira d’ici peu pour des territoires porteurs de services à la population. Des territoires en retrait et bien peu représentés dans les assemblées délibérantes à Paris. D’ici, les lois votées ou discutées nous semblent bien loin de notre quotidien…

Vous aussi, exprimez-vous !

Please enter your comment!
Veuillez renseigner votre nom ici

3 + sept =