Vie d’élue – sexisme ordinaire, maintenant je me fais entendre !

Témoignage d’une élue qui, après plusieurs mandats, voit les choses évoluer … mais trop lentement ! Conseillère municipale, maire, cette élue locale livre un témoignage sur la parité en politique et nous confirme qu’il faut agir tous les jours.

La parité est obligatoire officiellement, dans les faits, tout est différent

Je suis élue locale depuis 1983 – nous étions 2 femmes au conseil municipal à l’époque. En 1955, j’ai été même la seule femme maire du canton !
Aujourd’hui la parité est censée être obligatoire dans pratiquement toutes les instances.

Cependant, il faut encore se battre pour parler technique avec des collègues élus. En 2005, j’avais assisté au grand rassemblement des femmes maires à Paris organisé pour fêter l’anniversaire du 1er vote des femmes. Le journal local avait relayé l’information en diffusant un billet un peu vexant, tant le propos tendait vers le sexisme. Les élues locales avaient naturellement répondu très joliment.

En voici le texte :

« A la lecture du titre de votre « billet » du 8 mars « Madame la Maire », nous avons pensé que cet article allait relater la journée exceptionnelle des Etats Généraux de la Parité, à laquelle nous avons participé, à l’invitation de Monsieur le Président du Sénat.
La lecture de votre article nous a…interloquées…

Certes nous sommes grand-mères, et c’est bien souvent le sourire de nos petits enfants qui nous font oublier le tracas de nos fonctions. Mais associer cette manifestation commerciale à la journée de la femme, est bien réducteur de l’ampleur du combat des femmes dans le monde, pour des causes remarquables. Pensons aux femmes des pays sous-développés qui n’ont pas notre chance !

N’oublions pas Florence AUBENAS et Ingrid BETTENCOURT ! « La chose politique » comme vous le dites n’échappe pas aux femmes. Et si moins de femmes s’y intéressent, c’est peut-être qu’elles sont moins carriéristes que les hommes et qu’elles doivent d’abord montrer leur efficacité sur le terrain, avant d’être sur une tribune.

Olympe de Gouges disant en 1791, « les femmes montent à l’échafaud, elles doivent avoir le droit de monter à la tribune » : elle fût guillotinée. Regardez les tribunes aujourd’hui, écoutez les discours de nos homologues masculins ! Ils ne nous en voudront pas, mais aujourd’hui, ils remercient encore souvent l’auditoire en saluant « Messieurs les Maires » alors que nous sommes en face d’eux.

Faut-il rappeler que 75 % des femmes maires le sont dans les communes de moins de 3500 habitants, dans les communes ou les salons et les bouquets de fleurs sont inexistants.

Cette mobilisation massive du 7 mars correspond à l’anniversaire du droit de vote des femmes qui est le commencement de la longue marche vers la parité. 21 femmes Maires du Rhône étaient présentes, dont les 4 femmes maires de la communauté de communes de la région de Condrieu (sur 10 communes). Nous retiendrons toutes de cette journée, un moment très fort, celui où Simone Weil est entrée, et fût ovationnée par 1850 femmes maires de tout bord politique confondu, pour ce courage exemplaire dans son combat pour l’avortement.

Alors, Messieurs de la rédaction du Progrès, vous nous avez précisé que votre équipe était très masculine, nous l’avions bien compris à la lecture de votre article. Nous ne voulons pas être des « quotas » l’humanité est faite d’hommes et de femmes et aucune loi ne la changera. Rassurez-vous, nous nous entendons très bien avec nos conseillers municipaux qui nous apportent leur aide et avec nos collègues masculins, qui comme nous, œuvrent au service de leurs concitoyens ! »

Rugir un coup pour se faire entendre

Ce que ce papier rappelle à toutes les élues locales

L’article publié n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan du machisme en politique. Nous avons tous et toutes en tête des moments de sexisme ordinaires, des faits, des paroles qui nous rappellent que la politique fonctionne encore comme dans l’ancien temps. Nous ne souhaitons ni la disparition des hommes en politique, ni les « écraser » comme j’entends parfois, nous voulons la même place.

Les femmes sont éligibles depuis très peu de temps, et pourtant, leur arrivée a permis une représentation plus juste de la population. Je suis convaincue que le changement des pratiques passe par nous, celles qui n’ont pas « construit » la politique, qui n’usent pas des pratiques d’un autre temps. Mais pourtant, nous ne nous faisons pas assez entendre : on nous coupe la parole, on ne nous écoute pas, nos actions ne sont pas remerciées, et j’en passe. J’encourage toutes mes jeunes collègues à ne rien laisser passer : les paroles déplacées doivent être relevées, les propos inappropriés aussi ! Même si cela prend du temps et de l’énergie, toutes nos actions servent à une meilleure politique, pour que les femmes incarnent leur place et puissent être entendues comme n’importe quel homme !

Alors, faisons nous entendre et ne laissons rien passer ! ;)

Vous aussi, exprimez-vous !

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