Les Lilas : l’égalité filles-garçons gagne les bancs de l’école

La lutte contre les inégalités femmes-hommes commence à l’école. De la classe à la cour de récréation, du contenu pédagogique à l’organisation de l’espace, les rapports de domination s’y structurent. Aux Lilas, en Seine-Saint-Denis, la municipalité a distribué des “maquettes pédagogiques” dans les écoles et centres de loisirs, servant de support pour aborder la question des inégalités.

Agir contre la construction des inégalités à l’école

On le sait désormais, l’école est un lieu où se développe un certain nombre de dynamiques sexistes. Dès la crèche, les filles sont davantage encouragées que les garçons à partager leurs émotions avec les adultes, et moins qu’eux à travailler en équipe. Sur le contenu des activités, elles sont cantonnées à des jeux de rôle, tandis que les garçons s’impliquent plus volontiers dans des jeux de construction.

La construction des imaginaires (1) au sujet de l’avenir auquel les enfants se destinent est aussi dépendante des contenus pédagogiques. En 2017, le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) observait par exemple que dans les manuels scolaires, les femmes ne représentaient que 40% des personnages, et que seulement 3% d’entre elles occupaient un métier scientifique. Elles représentaient par ailleurs 70% des personnages qui faisaient la cuisine ou le ménage (2).

Les services municipaux des Lilas ont pris acte de ces éléments :“On sait que les rapports de domination s’ancrent dès l’enfance”, expliquait en janvier dernier l’adjointe à la petite enfance et aux affaires scolaires, Madeline Da Silva, au Parisien.

Dans les mallettes pédagogiques distribuées aux écoles et centres de loisirs de la ville, le corps enseignant a donc accès à une série de supports pédagogiques pour aborder la question de l’égalité entre les sexes, et notamment déconstruire les présupposés au sujet des emplois auxquels les élèves sont destiné.e.s. “C’est un début, pour montrer qu’aux Lilas, l’égalité n’est pas une option”, expliquait l’élue. La mallette comporte par exemple un jeu de carte présentant un métier au masculin et le même au féminin, ou un jeu de sept familles avec des figures féminines de l’histoire, peu ou pas connues malgré leur importance, et à réunir par catégorie – engagées (Simone Veil, Olympe de Gouges…), peintres (Frida Kahlo, Berthe Morisot…).

De quoi contrebalancer les éventuels manquements des programmes et supports pédagogiques classiques, et rappeler aux élèves qu’aucune sorte d’avenir n’est réservée à la gente masculine.

Mobiliser le personnel

La mallette n’est cependant qu’un support, et son utilisation nécessite une sérieuse formation du personnel aux questions d’égalité entre les sexes. En effet, les enseignant.e.s, au-delà du contenu des maquettes pédagogiques, ont dans leurs pratiques une influence importante sur l’égalité entre les filles et les garçons.

Le rapport du HCE cité plus haut concluait par exemple que les enseignant.e.s interagissent en moyenne plus fréquemment en classe avec les garçons (56%) qu’avec les filles (44%), et que la tolérance aux écarts de conduite est plus importante quand il s’agit des garçons. Ces différences de traitement ont des effets réels sur le développement de certaines aptitudes plus ou moins valorisées en société et sur le marché de l’emploi.

Sur la base du volontariat, les personnels ont donc la possibilité d’être formés à ces questions par des professionnel.le.s du centre francilien de promotion de l’égalité Hubertine-Auclert. Ce centre vient ainsi appuyer la stratégie de la commune dans la mise en place de démarches de sensibilisation et de mise en réseau des professionnel.le.s de l’éducation par le biais de colloques, formations ou groupes de travail sur les questions d’égalité filles-garçons. L’arrivée des mallettes pédagogiques a donc représenté une fenêtre d’opportunité pertinente pour former ces nouveaux “ambassadeurs de l’égalité”.

Élargir et diffuser le modèle

La lutte contre les inégalités filles-garçons à l’école et contre la reproduction des modèles de domination dépasse les murs de la salle de classe. On sait, par exemple, que la cour de récré est surtout occupée par les garçons qui s’adonnent à des jeux actifs et occupent le centre de l’espace, quand les filles occupent les coins pour jouer “à la maîtresse d’école, au jeu du papa et de la maman, ou au jeu de la marchande”, selon la socioanthropologue Sophie Ruel. Au centre Hubertine-Auclert, les formations mettent ainsi l’accent sur certains types d’actions qui permettent de rééquilibrer la situation, comme la mise en place d’une journée sans foot ou l’organisation de tournois mixtes.

Cette prise de conscience de l’enjeu de l’égalité des sexes à l’école se développe dans d’autres communes, de plus en plus demandeuses de formations sur le sujet et de supports ludiques tels que ceux mis en place aux Lilas.

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(1) Données issues du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) de 2012, disponible à cette adresse en ligne
(2) Rapport disponible à cette adresse en ligne

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