Vie d’élue : quand l’opportunisme passe avant les valeurs

Mise à jour : octobre 2018

Les années de mandatures sont pleines de rebondissement pour les élues, heureusement, je ne suis pas seule et sais m’entourer pour partager. Avec un peu de recul je ris de mes expériences mais il me faut souvent un temps de digestion pour certaines d’entre elles. Aujourd’hui, retour sur un souvenir qui a su me révolter.

Porter un vrai projet politique…

A cette époque j’étais jeune élue – j’ai pris « un peu de bouteille » depuis – et je vivais mon mandat avec naïveté et avec passion. Je me mettais dans des colères noires quand j’estimais que l’intérêt des citoyens n’était pas respecté, ou quand le personnel primait sur le collectif. J’étais très investie et me sentais le besoin d’être souvent en mairie pour échanger avec les élus et les acteurs qui s’y déplaçaient. Je consacrais souvent tous mes samedis et mes dimanche matins à ma commune en fréquentant assidument le marché dominical.

Il est vrai que je ne m’entendais pas avec toute la liste … mais il est compliqué de gérer une entente de groupe au beau fixe pendant 6 ans. Alors il arrivait que des différents nous divisent, mais aussi certains choix idéologiques : nos idéaux étaient parfois trop éloignés pour que nous arrivions à défendre des projets ensemble. Heureusement, notre objectif était le même et, malgré nos divisions, l’orientation et la direction étaient communes. Tout n’était pas facile mais les projets avançaient – c’était tout ce que je voulais. Et puis, parfois, nous avions des petites surprises, comme ce jour où le maire nous a annoncé vouloir partir en campagne pour un canton. Nous étions quelques-uns à lui avoir signalé que nous le le suivrions pas, car cet engagement nous marquait politiquement et ne correspondait pas à nos valeurs – je suis personnellement, à l’époque comme maintenant, contre le cumul des mandats.

Non, on ne veut pas que tu te présentes

Il avait fini par se retirer, je me souviens, certains élus étaient outrés et particulièrement virulents face à cette situation, mais après quelques semaines tout était rentré dans l’ordre.

Quelques temps après, un jour d’hiver, nous apprenons la présence d’une conseillère municipale dans une liste en course pour les régionales. Précisément celle qui me parlait de « ne faire qu’un mandat pour laisser la place aux jeunes », « ne pas faire de politique politicienne » ou qui, à propos du maire et de sa volonté de faire campagne, disait : « il devrait nous en parler, il colle une image politique à notre commune alors que ce n’est pas notre démarche ». C’est celle là même qui, finalement, affiche dans ses discours des idées neuves, mais pratique sur le terrain la politique que l’on n’aime pas. Mais c’était une liste de notre région, du territoire, et elle n’est pas élue : l’épisode est oublié.

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…ou un projet personnel ?

Un soir, devant la télévision, je parlais avec mes amis venus boire un verre, quand je tombe de mon siège : je reçois un MMS, c’est un élu de ma liste qui m’envoie la capture d’écran d’un quotidien avec pour titre « une élue parachutée sur la circonscription ». Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai vu la conseillère municipale, si critique envers notre maire et pourtant candidates aux régionales, se présenter encore une fois … de surcroît à plus de 500 km de notre commune dans un département qui n’a rien à voir avec le nôtre.

Elle n’a pas fait ça ?!

D’après les médias, un joli coup politique s’est organisé : suppression de la candidature d’un élu du territoire en faveur de notre chère collègue car « il faut des femmes », sur une circonscription certainement non gagnable – puisque détenue par le parti adverse depuis plus de 8 mandats.

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Je ne sais pas ce qui m’a le plus choqué :

  1. le parti qui investit des femmes sur des circonscriptions pratiquement ingagnables pour faire bien dans les médias,
  2. une élue qui recherche tant le pouvoir, qu’elle est prête à se présenter sur un territoire qu’elle connait à peine, du moins qu’elle ne pratique pas au jour le jour, et ce, sans aucun scrupule,
  3. une envie de pouvoir telle que la commune dans laquelle elle est élue passe au dernier plan

En y réfléchissant, je pense que le combo des trois m’a perturbée et surtout révoltée. La parité en politique oui, mais pas à n’importe quel prix. C’est précisément à cause de ce genre de pratiques que la politique est si décriée. Et ce sont elles qui décrédibilisent l’action politique de ceux qui s’investissent honnêtement et qui veulent défendre des idéaux pour un territoire. En 2017 plus que jamais, il nous faut avoir le courage de dépasser nos ambitions personnelles pour mettre fin à des décennies de pratiques nuisibles à notre avenir collectif.

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