Barbara Pompili : « Au départ, la politique, ce n’était pas mon truc ! »

Elueslocales.fr a rencontré Barbara Pompili, coprésidente du groupe Europe Ecologie Les Verts à l’Assemblée Nationale et Députée de la Somme. Elle revient pour nous sur les raisons de son engagement et les difficultés qu’elle a rencontrées dans son parcours.

Elueslocales.fr : Quels sont les origines de votre engagement en politique ?

Barbara Pompili : Au départ, la politique, ce n’était pas mon truc ! J’ai grandi dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, qui est un environnement assez connoté du point de vue politique. Il y avait beaucoup d’ «affaires», et cela me donnait une vision déformée du monde politique, pas très motivante. L’action pour le bien des autres se faisait autrement, notamment par les associations. Il s’agissait de s’investir au quotidien, et de l’améliorer. L’engagement ne passait pas forcément par la politique et c’est pour cela que la politique n’était pas une vocation.

En grandissant, j’ai compris que si on voulait faire bouger les choses, c’était par le biais de la politique.

Elueslocales.fr : Qu’est ce qui vous a permis de franchir le pas et de vous engager politiquement ?

Barbara Pompili : Je me suis toujours dit que je souhaitais apporter ma petite pierre pour que les choses s’améliorent, mais cela ne passait pas forcément par une élection. En étant collaboratrice parlementaire, j’avais déjà l’impression d’apporter une contribution à mon niveau.

Cette expérience m’a amenée à avoir envie d’être élue pour la simple raison que j’avais envie d’exprimer mes idées moi-même, et non plus à travers les autres. Quand on est une femme, on se met des freins, les décisions de ce type viennent moins vite. Les hommes ont davantage la culture de se mettre en avant. Il m’a fallu une dizaine d’années pour envisager d’exprimer moi-même mes idées !

Elueslocales.fr : Quel est le rôle des partis dans l’accession des femmes au monde politique ?

Barbara Pompili : Le message qu’il faut retenir, c’est que quand on veut, on peut. On connaît le principe des nominations féminines dans les circonscriptions perdues d’avances. Pourquoi ne pas mettre la parité dans tous les types de circonscriptions, gagnables ou non ?

Le problème est que les femmes ne sont pas attirées par la politique car le fonctionnement de ce monde ne leur est absolument pas adapté. Mon coprésident, (NDLR : François de Rugy) est un homme qui a des obligations familiales et qui considère qu’il à un rôle à jouer dans l’éducation de ses enfants. C’est une exception !

Le monde politique n’est pas adapté aux obligations familiales. La politique, ce sont des réunions le soir, et le week-end. Et le pire, ce sont sans doutes les réunions à 18 heures, c’est l’obligation de prendre une nounou pour les enfants et la garantie de ne pas les voir de la journée. Lorsqu’on n’est pas présente aux réunions, on en déduit qu’il n’y a pas de motivation et donc on fait moins l’objet de désignation. On valorise le besoin de se surinvestir !
Les Verts ne sont pas épargnés par cela alors que l’on professe de garder des temps pour la vie privée et de ne pas rester enfermé dans sa bulle. Mais on ne le fait pas. C’est chronophage la vie politique, on est pris tout le temps. C’est pire quand on est élu-e, avec les déplacements en circonscriptions.

Donc beaucoup de femmes se disent qu’elles n’ont pas le temps car ce système politique est fait pour des hommes de plus de cinquante ans, n’ayant pour seule priorité que de gérer leur carrière politique. Sauf que maintenant, les femmes veulent s’épanouir dans leur vie professionnelle sans pour autant sacrifier leur vie privée…

Elueslocales.fr : Avez-vous le sentiment d’incarner une nouvelle génération politique en étant une femme jeune élue ?

Barbara Pompili : Oui je crois. A défaut de l’incarner, au moins j’en suis membre. On me dit souvent que je détonne dans le paysage politique par ma jeunesse. C’est d’ailleurs le point positif dans le monde politique : les femmes ne sont pas considérées comme vieilles aux mêmes moments qu’ailleurs dans la vie ! Les femmes politiques à quarante ans sont toujours considérées comme des « petites jeunes » … mais les interrogations sur la légitimité et la compétence persistent toujours !

On me dit aussi que je bouscule les codes, avec beaucoup de bienveillance. Mais on sent que la nouvelle génération qui arrive est plus jeune, plus féminine et moins corsetée que les autres dans les vieilles habitudes politiques. Nous avons moins de problème avec la transparence sur l’argent qui reste un sujet tabou pour les anciens ! C’est une évolution positive.

Elueslocales.fr : Avez-vous rencontré des détracteurs au cours de votre parcours, et comment leur répondre ?

Barbara Pompili : Il y a une forme de paternalisme des anciens élus, mais aussi des choses humiliantes parfois. Mon coprésident, qui était élu avant moi, est toujours considéré comme l’interlocuteur principal quand on fait des négociations. Il y a encore cette habitude de considérer d’avantage l’homme que la femme. Ces vieilles habitudes ont du mal à partir.

Sur la compétence, c’est peut-être inconscient, mais je constate toujours une certaine méfiance à l’égard des femmes. Au début, j’étais animée par une frénésie d’être irréprochable. Je m’abreuvais de thèses, et je travaillais sans cesse. Mais je me suis rendue compte que je ne pouvais pas être spécialiste de tous les sujets et j’ai appris à l’accepter. Je fais attention à suivre la presse et avoir des éléments techniques sur les dossiers. Je suis toujours animée par cette volonté de ne pas pouvoir être prise en défaut.

J’ai également noté lors d’un de mes précédents passages télévisés, qu’une femme qui parle de politique étrangère et de guerre, cela ne passe pas bien. On ne peut pas laisser ces sujets aux femmes. En revanche, l’éducation et la politique familiale passent très bien…

Elueslocales.fr : Nous sommes en 2014 et vous êtes la première femme présidente d’un groupe politique parlementaire !

Barbara Pompili : Nous, écologistes, montrons que c’est possible et j’en suis fière ! J’essaie de remplir au mieux cette mission : c’était un double challenge, car il s’agissait également de ma première élection en tant que députée. Je n’avais aucune expérience en tant qu’élue.
Je note toutefois que le fait d’être la première femme présidente d’un groupe parlementaire n’a pas été mis en valeur par les médias. En revanche, le fait qu’un journaliste indélicat publie un certain portrait de moi dans Libération n’a pas manqué d’être commenté. Cette déconvenue m’a ouvert toutes les portes des médias alors que ma nomination de présidente de groupe, pas du tout.

Elueslocales.fr : L’image féminine en politique est-elle un tabou ?

Barbara Pompili : La population commence à s’y faire. Beaucoup d’hommes politiques ont encore du mal, encore habitués à évoluer dans l’entre soi. Certaines habitudes demeurent, et nous ne sommes pas autant écoutées que nos collègues hommes.
Typiquement, on nous parle de notre look, coiffure, etc. Il s’agit alors de ne pas tomber dans son propre piège. Pour être juste, je reconnais que les analyses vestimentaires commencent aussi à se faire du coté masculin. Les choses ne sont pas immobiles. Parler du look de tout le monde, est-ce une bonne direction ? Je n’en suis pas sûre, mais ça se démocratise.

Elueslocales.fr : Quels obstacles avez-vous rencontrés avant d’accéder aux responsabilités ?

Barbara Pompili : Se présenter en tant que femme à des élections perdues d’avance n’a jamais été un problème. En revanche, si l’on veut gagner, il faut faire face à des gens qui n’acceptent pas forcément de ne pas avoir été choisis. La politique est un monde cruel humainement.

Il faut quand même noter que les lois sur la parité sont une vraie chance pour les femmes. De cette façon, les hommes sont obligés de nous faire une place, et dans le meilleur des cas, le parti politique joue le jeu. Les femmes sont moins nombreuses à être engagées que les hommes, et la parité nous permet d’obtenir ce nécessaire coup de pouce vers l’égalité. Finalement, les plus désavantagés sont les garçons de ma génération !

Elueslocales.fr : Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui hésitent à s’engager en politique ?

Barbara Pompili : Tout d’abord, je leur dirai qu’il ne faut pas se sentir obligée de faire de la politique comme les hommes. On n’est pas obligée de se conformer au monde politique tel qu’il est. Il faut aussi imposer et donner ce que l’on veut donner.

Le monde politique, c’est aussi à nous de le changer. Plus nous seront nombreuses, plus nous pourrons imposer une nouvelle vision de la politique. Il faut éviter l’autocensure, et ne pas se dire « ce n’est pas pour moi ». La culture actuelle fait que les femmes ont tendance à ne pas avoir confiance en elles. Plein d’hommes sont députés sans avoir un niveau intellectuel très élevé ! Il y a de la place pour tout le monde ! Si vous voulez vous investir, allez-y !

Elueslocales.fr : Merci pour toutes ces réponses

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