Anke Fernandes, 3 étapes pour devenir Maire

Anke Fernandes est Maire d’Ecquevilly. Après un parcours peu classique, elle décide de se présenter en tant que tête de liste en 2014 contre l’ancien Maire dont elle était l’adjointe. Elle gagne cette élection et prend ses fonctions. Retour sur son expérience.

Elueslocales.fr : Comment êtes-vous arrivée en politique ?

Anke Fernandes : Par hasard. J’ai toujours été très active, notamment avec mes 3 enfants dont j’ai été parent-déléguée pendant 19 ans. Je pense que c’est pour beaucoup un tremplin pour entrer en politique par la suite. J’ai ensuite été présidente de l’Ecole de Musique et de Danse à Ecquevilly, j’ai participé un peu à tout. J’étais notamment présente aux fêtes, et c’est ainsi que Monsieur le Maire qui, grâce à loi sur la parité, a été obligé de choisir des femmes, m’a demandé si je souhaitais travailler à ses côtés, il y a plus de 8 ans maintenant.

Je me suis lancée dans l’aventure, sans trop réaliser ce que cela impliquait

Au début j’étais prévue pour être conseillère, et étant d’origine Allemande ce n’est qu’après obtention de la nationalité française que je suis devenue adjointe au Maire suite à un désistement. Je n’ai pas trop réfléchi, je me suis dit on essaie, on verra bien si ça peut me plaire. Et puis s’en sont suivis 6 ans (de galère…) pas facile mais très intéressant.

E :  Pourquoi vous êtes-vous présentée comme Maire contre votre ancien maire ? Certains n’y ont-ils pas vu une trahison ?

A.F. : L’ancien maire était là depuis 30 ans, c’était un peu la vieille école. C’est un homme qui pensait beaucoup à la construction, mais qui en oubliait les citoyens qui y vivent dans la commune. Il n’était pas assez porté vers l’humain selon moi. De plus, il avait vraiment du mal à accepter les femmes, nous étions là seulement car il était obligé, mais pour lui nous étions incapables.

Donc après 2 ans comme adjointe, je me suis dit que j’allais partir car j’en avais assez. Si c’est ça la politique, non merci, je ne peux pas l’accepter. D’autant plus que je suis quelqu’un de très direct, alors j’ai dit au Maire que s’il ne changeait pas son attitude j’allais partir. J’étais quand même un atout pour lui puisque connue dans la commune, il était inquiet à l’idée que je puisse partir. Beaucoup de gens m’ont incitée à rester, ce que j’ai fait jusqu’en septembre 2013 où j’ai jeté l’éponge, j’ai donné ma démission en étant adjointe, et je suis restée conseillère.

Ensuite les élections sont arrivées, avec 4 listes dont 3 ayant comme tête de liste un homme. Ils se sont bien amusés à dire de moi que j’étais incompétente, que j’étais une femme donc que je ne pourrai pas gérer une commune, que je n’y connaissais rien, etc. Malgré tout ça, nous sommes passés au second tour, au 1er tour nous étions 2ème avec 150 voix d’écart, ça ne se jouait pas à grand-chose.

Et puis nous avons gagné ! Il faut dire que nous avions fait une très bonne campagne électorale avec mon équipe qui est très jeune, la moyenne d’âge de mon conseil est de 40 ans. Grâce à notre différence nous avons été élus. Génial ! Personne n’y croyait, même dans mon équipe. Pour ma part j’étais contente d’avoir renvoyé l’ancien Maire et qu’une page se tourne.

Je suis aujourd’hui Maire de la commune depuis 3 ans. Les débuts ont été très difficiles car changer une mairie qui fonctionne de la même manière depuis 30 ans, ce n’est pas évident, on ne modifie pas des habitudes du jour au lendemain !

E : Quels ont été les moments les plus compliqués lors de la campagne électorale et depuis que vous êtes maire ?

A.F. : Comme je l’ai dit précédemment je ne suis pas toute seule, j’ai une équipe très jeune, très branchée, on avait notre site internet, tout ce qu’il fallait pour tenir une campagne électorale digne de ce nom, qui a mis la barre très haut pour les autres. Alors, les rumeurs sont allées bon train …

Pendant la campagne, du fait de ma double nationalité, on racontait que j’allais démonter le Monument Aux Morts où est inscrit « sauvagement assassinés par les allemands ».

Ensuite une lettre a été diffusée, faite par je-ne-sais-qui et m’accusant de l’avoir écrite. En retour, j’ai annoncé au conseil municipal que si par malheur quelqu’un se permettait encore une fois de raconter n’importe quoi, je porterai plainte pour diffamation. Mais je m’en doutais, j’en aurais mis ma main au feu ! C’était la meilleure façon de blesser, de dire « regardez-là elle est allemande, même pas française vous ne pouvez pas la laisser être Maire de la commune ! ». Dans le café du coin aujourd’hui on m’appelle Madame Merkel, pas très sympa non plus (rire).

Mis à part ça, personne n’a voulu me nuire ou me dénigrer, c’était assez « gentil ». Souvent, les remarques portaient sur la même chose : le fait qu’une femme « n’était pas capable d’être Maire ». Mais les électeurs en ont décidé autrement et maintenant nous attendons que ce changement porte ses fruits.

E : Pour toutes celles qui souhaitent se lancer mais n’osent pas : quels seraient vos conseils ?

A.F. : Ne pas se poser de questions, y aller tout simplement.

Il faut faire comme on le sent, rester naturel surtout. Je pense qu’aujourd’hui les gens ne supportent plus les choses superficielles, ils ont besoin d’avoir des personnes comme vous et moi en face d’eux. Pour ma part je suis proche des habitants, je me déplace, je n’ai pas peur de les rencontrer tout en étant moi-même. Si c’est pour jouer un jeu ça ne sert à rien.

Chaque ville, chaque région est différente, tout dépend également de l’équipe qui vous entoure, de vos techniciens, etc. Et puis on ne peut pas comparer une commune comme la mienne de 4.000 habitants à une autre de 200 ou 10.000 habitants.

Je ne peux pas dire vraiment ce que vous devez faire mais la meilleure chose est de rester soi-même, c’est le plus important !

1 COMMENTAIRE

  1. Bravo Anke ! Tenez bon! Oui la misogynie existe et a la peau dure mais le temps fera le travail (en même temps que nous !!) Très vite nos concitoyens se rendent compte que les compétences ne sont pas plus masculines que féminines ! (« Compétence est bien un nom FEMININ !!)
    Bon courage

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