Au coeur de la démocratie participative

photoTDFLa démocratie locale est à la peine. Malgré la mode actuelle de la démocratie participative, beaucoup d’élus « sont parfois démunis pour libérer les énergies citoyennes sur leur territoire », analyse Armel le Coz, fondateur de Démocratie Ouverte et du programme « Territoires Hautement Citoyens », deux outils d’échanges entre les élus et les citoyens. 

Interview.

En 2014, vous avez réalisé un « Tour de France des candidats aux élections municipales » pour rencontrer les futur.e.s élu.e.s de nos territoires. Qu’avez-vous appris pendant ces quelques mois ?

Pour ce Tour de France que j’ai préparé pendant plusieurs mois, je me suis déplacé dans 111 villes, allant du plus petit patelin, à de grandes villes. Je questionnais les maires, les candidats et tout autres porteurs d’alternatives sur notre démocratie, sur leur vision de la société.

C’était avant tout une démarche journalistique, je cherchais à obtenir des informations qui pourraient par la suite m’aider à orienter les élus en fonction de ce qu’attendent les citoyens. Au final, je me suis rendu compte que beaucoup d’élus ne connaissaient pas réellement les fondamentaux de la démocratie participative. C’est dans cette optique que j’ai créé le programme Territoires Hautement Citoyens qui regroupe les élus « en transition démocratique », c’est à dire ceux qui placent l’amélioration continue de la citoyenneté au cœur de leurs priorités.

Pouvez-vous nous expliquer le fonctionnement du programme Territoires Hautement Citoyens ?

Le programme consiste en deux actions parallèles :

– La méthodologie « Territoires Hautement Citoyens ». C’est une méthodologie que la collectivité peut mettre en place elle-même ou avec l’appui d’un membre de notre association. L’objectif final est d’améliorer en continu la démocratie sur leur territoire

– Et le réseau, qui est un réseau d’élus intéressés par cette dynamique. Ce réseau consiste en une liste d’échanges emails entre les élus. Au delà de cette liste, il y a des visites de territoires qui permettent des rencontres physiques. Nous en profitons pour organiser des séminaires de travail, avec des questions et des réflexions qui se rapprochent des logiques de formations.

Avez-vous des exemples de réussite du programme ?

Absolument, à Mulhouse par exemple, la ville a organisé à l’occasion de son entrée dans le programme Territoires hautement Citoyens un séminaire de 2 jours sur les questions de la démocratie et de la citoyenneté qui a regroupé plus de 5000 personnes autour de débats et d’ateliers.

A l’issue du programme, la ville a créé « l’agence de la participation citoyenne », qui est une régie municipale qui gère la démocratie avec une forme d’indépendance : dans le conseil d’administration de l’agence, il y a des élus mais également des membres d’associations.

Mulhouse est le tout premier territoire à avoir expérimenté cela. C’est une volonté que nous avons à travers l’association : expérimenter avec un premier territoire et puis ensuite de proposer aux autres.
Après un an d’expérimentation fructueuse avec Mulhouse, nous avons décidé d’ouvrir le programme aux autres territoires et de généraliser l’utilisation de cette méthode là pour ceux qui souhaitent placer la démocratie au cœur de leur politique.

Avez-vous mené d’autres projets sur ce thème ?

J’ai participé à la création d’un collectif citoyen, Démocratie Ouverte, qui regroupe surtout des porteurs de projets, des innovateurs démocratiques et notamment des gens qui utilisent le numérique pour faire de la démocratie différemment. Un exemple des projets portés par ce collectif est la plate-forme «  Parlement & Citoyens », qui permet de co-construire des propositions de lois avec des députés, des sénateurs voir même des ministres qui désirent créer des lois en impliquant les internautes.

Le constat que nous faisons c’est que la démocratie pourrait fonctionner bien mieux, ce n’est pas la catastrophe mais c’est loin d’être l’idéal. C’est pour quoi, les valeurs que nous défendons dans ce collectif sont plus de transparence avec plus de données publiques, la participation des citoyens et puis les logiques collaboratives.

Voilà les 3 piliers de la démocratie ouverte, que j’anime avec une équipe d’une vingtaine de personnes, et 300 membres au sein du collectif. 

Si vous aviez 3 pratiques de base à recommander impérativement, dans les villes, sur la démocratie participative, quelles seraient-elles ?

Il faut noter avant tout qu’il n’y a pas de recette universelle, ce qui marche à un endroit ne va pas forcément marcher à un autre ! Tout dépend à chaque fois du territoire, du contexte, et de la culture locale.

Je conseillerais tout d’abord de surtout éviter de faire de la démocratie participative
«à l’ancienne»
avec des réunions publiques un peu ennuyantes, où des élus parlent pendant une heure et où les citoyens posent des questions pendant une demi-heure.
A l’heure du numérique, il faut radicalement repenser les échanges entre les citoyens et leurs représentants.

Mon deuxième conseil est de vraiment travailler sur la posture des élus pour être non pas dans une posture de  faire pour le citoyen, où nous sommes dans une relation clients prestataires, pure consommation de politique publique ; mais plutôt de travailler avec le citoyen, voire même être dans le laisser faire, c’est à dire qu’on fait en sorte que le territoire soit un écosystème où les citoyens se prennent en mains par eux-mêmes.

Ensuite, nous avons remarqué une pratique, qui fonctionne très bien dans toutes les villes où nous l’avons mise en place, ce sont les comptoirs de débat mobile : des lieux de rencontre que l’on installe là où sont les citoyens, sur le marché ou à la sortie du supermarché, etc. Des animateurs sont derrières ce comptoir, ils offrent quelque chose à boire aux citoyens qui passent, évoquent les sujets, recueillent les paroles. Avec cette approche informelle et de proximité, on commence à voir émerger des discussions de fond, intéressantes et engageantes pour les citoyens, autour de tous les projets municipaux.

Vous aussi, exprimez-vous !

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