2017 : vers une percée des femmes à l’Assemblée Nationale ?

2017 est à nos portes. Si l’élection présidentielle, au résultat particulièrement difficile à prédire, va monopoliser l’attention, 2017 est aussi l’année où les Français sont appelés à voter pour renouveler les mandats de l’ensemble des député.e.s. Alors que les partis politiques s’apprêtent à finaliser leurs investitures, y aura-t-il plus de place pour les femmes dans la nouvelle Assemblée ?

De 2007 à 2012 : un laborieux chemin vers la parité

Si la France ne brille guère concernant la parité en politique et sur les bancs de l’Assemblée Nationale, la tendance des dernières années prête à l’optimisme : la part de femmes élues députées augmente régulièrement.

En 2007, la droite, traditionnellement moins ouverte sur les questions de parité, remporte les élections législatives. Le résultat :

  • A l’UMP et chez les partis alliés, 28 % des 160 femmes investies (sur les 546 candidats) sont élues ou réélues députées ;
  • Au PS et chez les divers gauche, 22,4 % des 250 femmes investies (sur 543 candidats) remportent un siège.

Au final, l’Assemblée Nationale élue en 2007 compte 107 femmes, soit 18,5 % des députés, alors que les femmes représentaient 41,6% des candidats.

En définitive, les partis de gauche ont investi massivement plus de femmes que les partis de droite, mais en les positionnant toujours sur les circonscriptions les moins gagnables, d’où la différence entre la proportion de candidatures féminines (41,6%) et députés de sexe féminin (18,5 %).

En 2007, l’Assemblée Nationale comptait 103 femmes sur 577 députés

En 2012, c’est la gauche qui gagne les élections législatives :

  • 155 femmes sont élues, soit 27 % des sièges du Palais Bourbon ;
  • Alors que l’UMP n’a présenté que 28 % de femmes, 27 d’entre elles parviennent à être élues ou réélue. Le groupe UMP de l’Assemblée Nationale compte donc depuis 2012 19% de femmes ;
  • Au parti socialiste, 49% des circonscriptions ont été réservées à des femmes, mais elles ne forment à l’arrivée que 37% du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale.
En 2012, on progresse : 155 femmes siègent parmi les 577 députés.

On retrouve donc le même paradigme qu’en 2007 : la droite présente peu de femmes candidates ; la gauche en présente la moitié, mais sur des circonscriptions difficiles, et seule la victoire de la gauche a permis à autant d’entre elles de gagner un siège de député qui n’était pas gagné d’avance.

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2017 : vers une progression du nombre de femmes députées ?

En juillet 2016, le CSA s’est livré à un périlleux exercice de sondage en vue des élections législatives de 2017. Selon ces premiers prognostics, les cartes seraient largement rebattues en 2017 :

  • Les Républicains et ses alliés remporteraient la majorité des sièges ;
  • le PS et ses alliés perdraient de nombreuses circonscriptions,
  • au détriment notamment du Front National qui ferait une percée au niveau national.

Pour cette élection, Les Républicains se sont engagés à investir 50% de femmes ; au Parti Socialiste, ce principe de parité est appliqué depuis les dernières élections ; et le Front National a investi 247 femmes pour 259 hommes. On peut donc espérer que le nombre de femmes élues progresse lors des élections de 2017.

L’enjeu principal : le choix des circonscriptions

Ce raisonnement tient…si la parité dans les investitures respecte la « gagnabilité » des circonscriptions. Un principe plus complexe qui échappe souvent au grand public et qui devient donc la principale marge de manoeuvre des partis politiques.

En effet, afin de respecter en façade l’équilibre hommes-femmes tout en assurant la reconduction des sortants, la stratégie couramment employée par les partis politiques est d’investir les candidates dans des circonscriptions jugées non gagnables. Réjane Sénac, chercheuse et membre du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes explique que « c’est une méthode assez classique de placer des femmes dans des circonscriptions où il est difficile de gagner ».

Exemple dans la première circonscription des Hauts-de-Seine, territoire ancré à gauche et qui sera difficile à conquérir : deux femmes ont été investies par la droite. En parallèle, dans la deuxième et la douzième circonscription des Hauts-de-Seine, ravies à la gauche en 2012, les anciens députés UMP, « plus légitimes », ont été réinvestis.

Claude Greff, députée d’Indre-et-Loire et membre de la délégation parlementaire aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes note néanmoins un certain changement dans les mentalités :« bien souvent, les parlementaires qui ont décidé de ne pas briguer un nouveau mandat ont proposé des candidates pour leur succéder ».

Au Parti Socialiste, Christophe Borgel, Secrétaire National du Parti en charge des élections, assure que « l’objectif est d’atteindre la parité à la fin« . On espère donc que la « qualité » des circonscriptions attribuées aux femmes et aux hommes sera, cette fois-ci, la même.

Chez Les Républicains, Marie-Jo Zimmermann, députée de la Moselle et déléguée générale à l’égalité entre les femmes et les hommes au sein des Républicains détaille le calcul : « pour les 198 circonscriptions que nous avons actuellement, nous allons présenter entre 35 % et 40 % de femmes. Dans les autres circonscriptions, celles que nous n’avons pas remportées en 2012, on va investir entre 55 % et 60 % de femmes ». Rappelons que la droite a perdu en 2012, ce qui « libère » plus de circonscriptions pour de nouvelles entrantes, mais que les circonscriptions les plus gagnables sont celles que le parti a gagné en 2012 : les deux phénomènes s’équilibreront-ils pour atteindre finalement la parité ?

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Tourcoing, législatives partielles de 2016 : les femmes sont encore absentes de la photo. Plus pour longtemps ?

En attendant, certaines, fatiguées de ces inégalités de traitement, ont décidé d’agir pour redistribuer les cartes : Marta de Cidrac, référente élueslocales des Yvelines et première adjointe à Saint-Germain-en-Laye, a lancé une lettre ouverte pour inviter ses collègues élues affiliées à des partis politiques à ne plus verser leurs cotisations à des instances qui leur offrent moins de chances d’être élues qu’à leurs collègues masculins, une initiative que nous avons relayée avec plaisir. Le changement, c’est maintenant ?

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