Etre femme politique enceinte ? Toujours difficile en 2016

 

« Tu ne seras pas ministre car tu es enceinte ». Formule « maladroite » dont il s’en était de lui-même rapidement excusé auprès d’elle , cette phrase de François Fillon  à Nathalie Kosciusko-Morizet lorsqu’il était Premier Ministre manquait cruellement d’élégance. Au-delà de la polémique générée par cette déclaration dans le climat tendu de l’entre-deux-tours des Primaires de la Droite et du Centre, elle pointe du doigt une difficulté toujours fortement présente dans la vie d’une femme politique : être une femme politique enceinte, mener de front grossesse et mandat dans les plus hautes instances demeure difficile en 2016…femme-politique-enceinte

De réels précédents d’expériences réussies

 

Arriver à concilier des hauts postes tels que ministre ou secrétaire d’Etat et une grossesse, cela surprend encore dans la France du 21e siècle. Et pourtant, des ministres ou secrétaires d’Etat qui ont su mener de front grossesse et mandat, il y en a eu !

Le plus récent est celui d’Axelle Lemaire. Actuelle secrétaire d’Etat au Numérique, elle annonce en août 2015 au Président de la République et au Premier Ministre qu’elle est enceinte et sa décision de ne pas quitter le gouvernement précisant toutefois que sa grossesse « ne changeait rien à son travail au sein du gouvernement ». Devoir préciser que sa grossesse n’influerait pas sur la qualité de son travail a fait grincer quelques dents (on le verra ultérieurement). Et, contrairement aux préjugés masculins, Axelle Lemaire a su très bien concilier sa grossesse et sa charge de secrétaire d’Etat au cours de laquelle elle a proposé et défendu son projet de loi pour une République Numérique (qui a été promulguée en octobre 2016).

Le cas précédent était donc Nathalie Kosciusko-Morizet qui, en 2009, annonçait sa grossesse alors qu’elle était secrétaire d’Etat à l’économie numérique et briguait un poste de ministre occasionnant ainsi la fameuse « mauvaise blague » (dixit François Fillon) qui a récemment ressurgie. L’enfant né, elle a fait le choix du télétravail pour ne pas retarder ses dossiers. Pour mener sa carrière politique et sa vie de mère, tout reposait « sur une organisation ». On retrouve peut-être là le sentiment récurrent chez les femmes en politique de toujours devoir en faire davantage que les hommes pour ne pas prêter flanc aux critiques faciles. femme-politique-enceinte


 

Notons que, dans son programme, à la rubrique « Femmes », François Fillon prône lui-même d’encourager et de facilité le télétravail à l’instar de ce qui se fait dans de nombreux autres pays afin d’aider les mères dans leurs tâches quotidiennes. Si l’on peut émettre des critiques sur une vision ramenant la femme à travailler au foyer, elle n’est pas nécessairement à rejeter d’emblée : les évolutions technologiques et notamment de nombreux emplois dans le numérique (graphisme, rédaction web…) permettent très bien une telle situation.


 

L’année précédente, Rachida Dati, l’un des poids lourds du gouvernement Fillon à la tête du ministère de la Justice, annonce être enceinte de son premier enfant. Alors que NKM avait fait le choix du télétravail, Rachida Dati retourne aux affaires 3 petits jours après son accouchement !

Auparavant, on pourrait aussi citer les précédents de Florence Parly (secrétaire d’Etat au budget de 2000 à 2002), mais aussi de Ségolène Royal et surtout la « pionnière » Frédérique Bredin qui en 1992, devient la 1ère femme à être enceinte dans un gouvernement (ministre de la Jeunesse et des Sports d’Edith Cresson, puis de Pierre Bérégovoy).femme-politique-enceinte

Devoir rassurer sur ses capacités

 

L’annonce de la grossesse d’Axelle Lemaire en soi-même n’avait pas fait réagir, c’est surtout le fait qu’elle avait souhaité rester au gouvernement qui a fait parler. Comme si être ministre et enceinte était encore incompatible, la membre du gouvernement s’était empressée de rassurer sur sa présence lors de la présentation, à l’automne, de son projet de loi sur le numérique. Ainsi, l’annonce de sa volonté de rester aux affaires malgré sa grossesse avait été mis en avant par les media. Des précisions montrant alors que la situation restait surprenante pour le monde politico-médiatique. Etonnant, « une femme politique enceinte ne quitte pas manu militari ses fonctions pour entamer des séances de yoga prénatal » (Nadia Daam) !femme-politique-enceinte

Ces réactions témoignaient alors encore de la difficulté du monde politique à concevoir qu’une femme pouvait tout à fait normalement concilier grossesse et mandat. Cet a priori encore très présent établit la femme qui continue à exercer des responsabilités malgré son état comme une exception surprenante, là où la norme serait donc de laisser son poste pour ne se consacrer qu’à sa grossesse. Or, les grossesses dites pathologiques et qui peuvent potentiellement nécessiter un arrêt de travail prématuré restent largement minoritaires: seules 20% des grossesses sont considérées comme à risque et toutes ne nécessitent pas nécessairement d’arrêt de travail complet.


 

Le cas des femmes politiques reste spécifique : elles ne sont pas soumises au code du travail, elles ne perçoivent donc pas de salaire pendant leur absence mais une indemnité. Le cas des parlementaires est encore plus problématique. En octobre 2013, la député écologiste Eva Sas, alors en fin de grossesse, avait défendu deux amendements au projet de loi sur le non-cumul des mandats permettant aux femmes députées d’être remplacées par leur suppléant durant leur congé maternité. Des amendements qui avaient été rejetés.


De plus, cette discrimination à la grossesse n’est en rien l’apanage de la sphère politique. Une femme enceinte sur quatre en serait victime, alors même que le code du travail confère aux femmes enceintes des droits censés les protéger. Nombreux sont les témoignages de femmes qui relatent les critiques, blagues de mauvais goût et autres harcèlements dont elles ont été victimes une fois leur grossesse annoncée à leur patron(ne).

« A chaque grossesse, j’ai perdu l’opportunité d’être ministre », Nathalie Kosciusko-Morizet

Ainsi, encore vu par beaucoup (d’hommes mais aussi de femmes !) comme une situation dont la femme devrait s’occuper à plein temps et ne se focaliser que sur le bon développement du fœtus, la grossesse peut donc encore être un important frein à la progression d’une carrière.femme-politique-enceinte

L’idée qu’une femme en politique et surtout qu’une mère de famille qui exerce des fonctions politiques est une aberration, ou au moins un mauvais choix, est solidement ancrée dans les mentalités et accentue encore le récurrent sentiment de culpabilité témoigné par de nombreuses femmes en politique qui ne peuvent plus passer autant de temps que voulu auprès de leurs enfants.

« J’ai honte, mais je dois avouer que je n’ai pas encore eu l’occasion de les accompagner à l’école », Najat Vallaud-Belkacem.

Ainsi, bien compliqué pour les françaises en politique de concilier vie privée et mandat, une difficile situation partagée chez nos voisins

 

 

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