L’art urbain : l’art dans tout son Etat

Non, la ville n’est pas seulement une entreprise en liquidation judiciaire, faute de dotations et de relais financiers suffisants. Elle est aussi paradoxalement vivante, avec des habitants, une culture et une politique locale. Malheureusement, on peut la voir s’abimer, ses murs, ses espaces verts et même sa mairie. C’est ici que l’art fait une entrée remarquée et fracassante. L’artiste va jouer un rôle fondamental en peignant les vieilles façades des bâtiments publics : il revitalise la ville ! Nous tenterons alors de dépeindre ce nouveau dynamisme, espérons juste que le tableau ne manque pas de reliefs.

Redynamiser la ville grâce à la culture

L’apport de l’art urbain peut être un atout dans la singularisation de l’identité de la ville et dans la valorisation de son patrimoine. Cette identité retrouvée ou parfois même créée de toute pièce par l’artiste peut être un gage d’enrichissement culturel de la ville. C’est alors un attrait supplémentaire qui peut pousser, par exemple, à relancer l’économie par le tourisme.

A Vitry-sur-Seine, au sud de Paris, la ville est devenue l’une des vedettes de la culture urbaine, où plane une ambiance de modernité, de poésie et d’ouverture d’esprit. Grâce à la tolérance de la mairie, les façades moroses ont accueilli des artistes du monde entier, ce qui dynamise la commune et attire des curieux dans cette localité jusque-là boudée par les touristes.  Par conséquent, le « street art » va permettre de mettre en lumière des destinations ignorées du tourisme traditionnel.

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Autre exemple, le projet Tour Paris 13, plus grande exposition d’art urbain au monde, a accueilli plusieurs dizaines de milliers de personnes. La particularité du projet est que les œuvres sont éphémères. Les visiteurs ont eu uniquement le mois d’octobre pour la visiter, la destruction du bâtiment ayant été prévue pour le mois suivant. Les œuvres ont cependant été figées numériquement sur le site Web de la manifestation artistique.

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Le développement de l’art urbain dans la ville est aussi un indice du type de volonté politique. En effet, l’art peut se retrouver être un excellent vecteur de revitalisation du centre-ville, il se peut aussi qu’il soit un instrument de dissimulation de réalités sociales problématiques, telles que les peintures plaquées sur les murs de bâtiments dans des zones difficiles pour rendre l’illusion d’une ville dynamique et heureuse.

Plus qu’intégrer dans l’espace public une nouvelle dynamique culturelle, c’est aussi l’implication des citoyens dans les activités de leur ville qui est renouvelée.

Réassocier le citoyen à la vie publique locale

L’art urbain peut conduire à créer une nouvelle dynamique au cœur de la ville. C’est aussi impliquer directement le citoyen dans des activités publiques.

En Argentine, dans le quartier de Recoleta, une peinture murale de 200 mètres de long a été réalisée. Le projet s’appelle « Symbiose » et a pour spécificité de faire appel aux habitants. La production de l’œuvre se fait sur deux étapes : la première est une partie collaborative, où tout le monde est invité à participer. La deuxième étape consiste à partiellement recouvrir d’un fond blanc les créations pour faire ressortir des mots.

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Plus que participatif, l’art urbain peut aussi avoir une fonction sociale :

L’association Pixo créée en 2014, une association franco-brésilienne basée à Paris œuvre pour la valorisation de la dimension sociale de l’art urbain. Un an plus tard, l’association a mis en place au Brésil, « INarteurbana », un projet socio-culturel  et transdisciplinaire à destination de quartiers défavorisés. En 2016, le projet s’agrandit. L’association va intervenir de façon constante sur le territoire brésilien. En guise d’illustration, l’association a construit un bateau pirate avec les enfants de la ville. Ces derniers se sont très rapidement appropriés la construction. La place qui au départ était abandonnée retrouve grâce à l’installation artistique et ludique un nouvel attrait pour les habitants.

L’art urbain ne fait pas que modifier le rapport du citoyen à la vie publique locale, il impact aussi directement sur la conception de l’art en lui-même.

Une nouvelle dynamique de l’art ?

L’approche ici est d’avantage prospective mais tout aussi vitale pour appréhender l’enjeu de cet art urbain. Qu’en est-il alors réellement sans tergiverser du rôle de l’art et de l’artiste ?

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L’art urbain est le nom de quoi ? Ce qui attire l’œil, c’est la question de l’art associé à une politique publique, voire contractualisée. C’est donc une nouvelle dimension de l’art, plus institutionnalisée. Quelles en sont alors les conséquences ? L’art qui figure comme moyen privilégié d’expression, aux accents parfois contestataires meurt-il forcément quand il se « légalise » ? Est-ce que les graffitis des 90’s postés dans l’encablure des grands ensembles citadins véhiculent un message que l’art urbain autorisé par la puissance publique aujourd’hui ne peut plus faire passer ?

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L’art urbain à l’inverse peut être réellement bénéfique pour l’artiste : il peut être un très bon moyen pour l’artiste de valoriser son travail et d’accroitre sa notoriété. Néanmoins, l’aspect illégal peut dans certains cas susciter d’avantage de publicité qu’une œuvre créée avec l’aval des pouvoirs publics. Le cas de Banksy, artiste britannique, célèbre depuis quelques années pour ses œuvres urbaines satyriques révèle toute l’importance de la spontanéité du street art.

Il rentre aussi en jeu la question du caractère public que l’art urbain fait naître : il y a deux dimensions. L’une qui propose d’y voir une patrimonialisation publique de l’art ; l’autre, qui n’est pas forcément son contraire, qui tend à y voir une démocratisation de l’art par le fait que l’on expose dans les rues aux yeux de tous. Il y  a donc très certainement une double propriété, l’une légale faisant tomber l’oeuvre dans le domaine public, l’autre plus abstraite consistant en une appropriation de l’œuvre par la population. Sur la question liée de la démocratisation de l’art par son exposition dans l’espace public, le street art a tendance de plus en plus à perdre de son intérêt : certaines œuvres urbaines ne s’exposent plus dans les rues mais dans les musées ! En 2013, un musée à Anvers projette l’exposition « The Art of Banksy » pour un ticket d’entrée à 17,50 euros…. Une dérive face à laquelle les artistes urbains semblent quelquefois impuissants.

Le street art est de plus en plus présent dans les villes, les élus s’ouvrant à une nouvelle forme de « pop culture » laissant les citoyens se réapproprier les murs de leur citée. Une nouvelle manière de découvrir la ville ou bien une possibilité institutionnelle de (re)créer une dynamique locale, personne ne pourrait vraiment définir l’enjeu du street art. Pourtant, véritable atout pour les villes qui s’en approprie, il pourrait aussi rendre plus belles les communes intermédiaires qui s’y intéressent.

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