Laïcité : une initiative culturelle pour les jeunes de quartiers de Limoges

Afin de promouvoir la laïcité dans les quartiers de Limoges, le laboratoire Limousin de la laïcité a lancé un grand projet culturel auprès des jeunes de cité. Vidéo, radio et théâtre sont au cœur de cette initiative qui porte les valeurs du vivre-ensemble.

La laïcité en banlieue : un sujet parfois sensible

La laïcité est un sujet qui suscite de nombreuses polémiques en France, notamment dans certains quartiers difficiles où le sujet est mal appréhendé. Fort de ce constat, Philippe Jeammet, du laboratoire Limousin de la Laïcité, a décidé de coordonner une initiative en faveur de la laïcité afin de restaurer auprès des habitants de ces quartiers, son rôle initial : celui de facteur du vivre-ensemble. Un modèle fortement éprouvé par les tragiques événements de 2015 : « Le projet est né à la suite des attentats de Charlie Hebdo et du 13 novembre. Dans ces quartiers notamment entre les communautés, il y avait une forte déliquescence dans les relations. »

Le projet s’organise à l’aide de différents partenaires et des associations de quartiers. Philippe Jeammet décide de faire des actions spécifiques pour les différents quartiers de la ville :  « Je travaille avec une radio, Beaub’FM, dans le quartier nord de Limoges, avec Les Singuliers Associés, une troupe de théâtre dans le quartier ouest, et avec Citels, un groupe qui travaille dans les quartiers sud-est de la ville. »

Un projet qui mêle radio, vidéo et théâtre

Pour Philippe Jeammet, réaliser des projets culturels est un bon moyen d’amener ces jeunes à réfléchir sur la laïcité : « Mon idée, ce n’était pas de les faire travailler sur un plan didactique et théorique sur la laïcité, mais les faire chercher ce qui pouvait nous rassembler. On a mis en place des ateliers, soit pendant les périodes scolaires, soit dès le mercredi ou les weekends pour que les jeunes des quartiers puissent se retrouver autour de choses qu’ils aiment. Non pas venir pour étudier la loi de 1905 sur la laïcité, mais en parler avec ce qu’ils vivent au quotidien. »

Cependant, le projet fut compliqué a mené au lancement : « Il a fallu des mois et des mois de travail pour trouver des jeunes. Mais on a réussi et chaque quartier a su s’approprier le thème, soit par le théâtre, soit par la radio soit par l’audiovisuel. » C’est ainsi qu’une pièce de théâtre, Yunussa, voit le jour. Elle s’inspire des témoignages des habitants du quartier du Val de l’Aurence de Limoges, recueillis par les jeunes qui les ont interrogés sur le vivre ensemble. La pièce, créée et interprétée par la compagnie théâtrale Les Singuliers Associés raconte le parcours initiatique d’une jeune femme migrante partie vivre dans un pays où les conditions de vie sont plus agréables. Pour le quartier Beaubreuil, raconte Philippe Jeammet, « c’est plutôt un travail de radio, de témoignages sur leur manière de vivre dans leur quartier. L’idée pour toucher les jeunes enfants, ce qui est assez compliqué, ça a été d’inviter les mères, avec leurs enfants pour parler de leur art culinaire, c’est-à-dire d’exprimer ce qu’elle pouvait proposer comme cuisine. Ce qui était un peu compliqué au début est devenu quelque chose de convivial pour les femmes et jeunes enfants. » Enfin, pour le dernier projet, Citels, une association d’animation et de développement social a accompagné des jeunes filles dans la réalisation d’un court-métrage sur la laïcité : « Elles ont proposé, à l’aide d’un travail de fond avec les réalisateurs professionnels, une approche de la laïcité, à travers un petit film de trois minutes et demie. »

Une grande rencontre pour présenter les projets et la laïcité

Une fois les projets aboutis, une grande rencontre a été organisée : « Tout ça a été présenté le 10 décembre 2016, un jour après l’anniversaire de la loi sur la laïcité dans une salle qui s’appelle : L’espace-cité, au cœur de la cité, dans le quartier de la cité. On était vraiment dans notre élément. L’idée de cette journée, c’était de faire rencontrer les jeunes des quartiers, mais hors de leur quartier, avec des personnes venant de l’université, de l’entreprise ou autres. On voulait faire rencontrer ces jeunes et ces personnes avec leurs mots, avec leurs approches. »

La journée a commencé par une conférence de Guy Arcizet, ancien Grand maître du Grand Orient de France. Puis, ce fut au tour de la vidéo sur la laïcité d’être présentée. C’est un véritable succès et une agréable surprise pour Philippe Jeammet : « Les premiers surpris, c’était nous ! En trois minutes et demie, elles expliquaient mieux que nous, ce qu’on mettait des heures et des heures à expliquer par des conférences et des textes. » Ce qui a grandement facilité l’échange qui a suivi : « Plus besoin de discours derrière, c’était imprimé dans les petits cerveaux de la salle. Ce qui a donné lieu a un échange assez fructueux, surtout parce qu’elles étaient là et qu’elles ont pu parler de leur travail et expliquer leur démarche. » Enfin, le public présent a pu assister à une représentation de Yunussa : « 45 minutes de théâtre qui reprennent les témoignages recueillis par les jeunes, à travers l’histoire d’une jeune femme qui arrive dans une ville occidentale et qui est perdue. C’est le problème des migrants dans leur ensemble qui est retranscrit dans cette pièce. Le débat par la suite a été très riche. »

Yunussa, une pièce écrite et jouée par Les Singuliers Associés à partir des témoignages recueillis par les jeunes de cité.

Une initiative qui se poursuit dans d’autres lieux

Malgré son succès final, la réalisation de ce projet fut loin d’être évidente. Il y avait d’abord une vraie réticence de la part des habitants des quartiers sur la question de laïcité, y compris pour les jeunes filles qui ont réalisé la vidéo : « Pour elles, la laïcité, ça ne voulait absolument rien dire. Au contraire, il y avait un rejet par rapport à ça », se rappelle Philippe Jeammet. Le doute concernait aussi l’affluence de la rencontre : « Il y avait un gros point d’interrogation sur la venue des jeunes : ils venaient ou ne venaient pas. On a, bien sûr, fait beaucoup de communication. On a organisé en amont des réunions avec des gens qui travaillent au quotidien avec ces jeunes. Finalement, la salle était archi-pleine : 180 personnes. La rencontre et l’échange ont eu lieu, c’est ce qui m’a donné envie de continuer. »

Aujourd’hui, l’objectif est de porter le projet ailleurs : « Toute la rencontre a été enregistrée et a donné de la matière pour l’essaimage. J’avais souhaité, en tant que producteur et initiateur de ces journées d’en faire une sorte d’outil pédagogique pour être essaimé dans d’autres villes et dans d’autres quartiers. » Le laboratoire Limousin de la Laïcité a décidé de réaliser un nouveau projet à Limoges, mais dans un autre quartier. Philippe Jeammet prévoit aussi d’aller dans le Limousin dans son ensemble et la compagnie de théâtre Les Singuliers Associés ont l’habitude d’intervenir dans des projets associatifs d’autres villes de Nouvelle-Aquitaine. Déjà, d’autres communes réalisent des actions en reprenant le même projet, toujours coordonné par le laboratoire Limousin de la laïcité : « On aura un retour dans la Creuse, fin mars, et dans un autre secteur en avril. A Brives, c’est un succès relatif à cause d’un souci de programmation. Il y avait moins de monde que prévu mais la rencontre a bien eu lieu et s’est bien déroulée. » Des rencontres futures sont également prévues à Saint-Julien et à Tulle. Le principe reste le même comme le confirme Philippe Jeammet : « On continue cette initiative en piochant dans les outils disponibles. Le petit film est toujours au programme puisque c’est lui qui ouvre le débat. Le projet a plus de deux ans maintenant. »

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