Quand le street art embellit les rues

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Longtemps considéré comme un art de marginaux et répréhensible, le street art a aujourd’hui gagné ses lettres de noblesses. Si cet art urbain n’est souvent vu que par le biais de graffitis plus ou moins maladroits ou esthétiques, certains artistes proposent au contraire des œuvres d’envergure. Certaines collectivités se sont laissées séduire et permettent à des artistes locaux d’apporter une touche culturelle originale à leurs rues.

Embellissons la ville

Ainsi, sollicitée par la municipalité d’Agen (47), l’association d’artistes urbains locaux la StreetArterie a repeint plusieurs transformateurs EDF disséminés dans l’agglomération. Le projet porté par Jean Pinasseau, élu chargé de l’urbanisme était clairement « d’embellir la ville, de l’égayer, de mettre de la couleur, d’apporter quelque chose de plus joyeux dans la ville », traduction d’une réelle volonté municipale de l’élu mais aussi du maire Jean Dionis du Séjour.

Pourquoi cibler ces transformateurs ? Comme dans beaucoup d’autres territoires, ceux-ci étaient couverts de tags amateurs et peu esthétiques ou de multiples affiches électorales plus ou moins abîmées explique Camille-Charles Morin, le président de l’association de jeunes artistes agenais. La municipalité a donc souhaité combattre ces « véritables verrues dans la ville, confirme M. Pinasseau. Ces transformateurs étaient moches, souvent tagués avec des messages assez agressifs. On pouvait essayer d’en faire quelque chose d’autre » via un projet culturel, d’embellissement de la ville mais aussi de promotion d’artistes locaux et de pratiques artistiques en vogue aujourd’hui.

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A Agen (47), des transformateurs couverts de vieilles affiches électorales ont été transformés en oeuvres d’art par des artistes locaux.

Ces fresques nécessitant davantage que quelques coups de pinceaux, le coût du projet – en termes de matériel mais aussi d’une rémunération des artistes – a été assumé par EDF, propriétaire des transformateurs et la ville mais il n’est en aucun cas une barrière selon Jean Pinasseau. Au contraire, « si nous renouvelons le projet tous les ans, il est probable que nous fassions des économies car il n’y aura plus besoin de dépenser de l’argent pour nettoyer ces transformateurs ». Si le projet n’a donc pas été gratuit pour la collectivité, les retours sont tellement positifs que la collaboration pourrait bien prendre de l’ampleur espère Camille Morin.

Un espoir qui pourrait être bientôt confirmé tant Jean Pinasseau est enthousiasmé par les projets réalisés ou en cours de réalisation, ne cachant pas son envie de renouveler les actions et même d’explorer les pistes de fresques en trompe-l’œil.

Valorisation du patrimoine et reconnexion avec son histoire

A Aurec-sur-Loire mais aussi à Eyzin-Pinet, Cannes, Béziers ou encore Béziers, le muraliste Patrick Commecy a peint de nombreuses fresques en trompe-l’œil, habillant de ternes murs vides en leur redonnant vie.

Commandées par les collectivités locales, ses fresques sont inspirées de l’imaginaire collectif et de l’histoire des lieux. Ainsi, à Aurec-sur-Loire, un véritable circuit de fresques médiévales dirige le visiteur vers le centre médiéval du village. A Cannes, diverses fresques proposent un parcours de scénettes inspirées de l’histoire du cinéma, présentant Marylin Monroe, Charlie Chaplin, Jean Gabin… A Chamonix, la maison des guides a commandé en 2010 une grande fresque représentant une vingtaine de figures illustres de l’alpinisme local.

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Les fresques en trompe-l’oeil de Patrick Commecy habillent les murs vides (ici à Chamonix)

Moyen indéniable de valoriser à la fois le patrimoine existant mais aussi l’histoire du territoire, ces œuvres vont aider à renforcer son attractivité touristique. Elles permettront de plus de présenter l’histoire locale aux touristes tout en la rappelant à ses habitants qui pourront redécouvrir les rues de la ville et se réapproprier cet espace public.

Promotion et pédagogie à Pessac

A Pessac (33), dans le cadre du prochain festival Vibrations Urbaines, la municipalité a lancé un appel original aux propriétaires : deux murs bien visibles de l’espace public étaient recherchés afin que des fresques murales y soient peintes par des street artists locaux. Destinées à être pérennes et visibles, ces fresques s’inscriront dans « la traduction d’une vraie volonté politique » en faveur de l’art urbain explique Laurence Defard, attachée de presse à la mairie.

En effet, le but premier du festival de cultures urbaines est de prolonger la politique de la ville impulsée depuis vingt ans : continuer à soutenir et promouvoir les multiples facettes du street art et ses artistes, notamment par l’achat du matériel qui permettra les œuvres. Un travail de promotion des artistes locaux qui s’est également effectué via de nombreux ateliers destinés aux enfants afin de leur faire découvrir les très nombreuses pratiques relevant de l’art urbain.

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Fresque effectuée lors du festival Vibrations Urbaines de Pessac (2015)

Si l’objectif premier du projet « l’art se mur-mur » n’est pas l’embellissement de la ville, cet embellissement « est une retombée heureuse » selon Mme Defard. Cette notion n’a d’ailleurs pas été négligée car la mairie a requis les services des jeunes artistes locaux pour « habiller un mur près du tramway, le long de la voie-ferrée, explique Laurence Defard. Là, nous étions vraiment dans une démarche d’embellissement ».

En filigrane, l’engagement de la municipalité envers la promotion des street artists traduit aussi une vraie volonté pédagogique : mettre en avant les arts urbains, montrer que le street art n’est pas que des graffitis et peut être beau, et ainsi désamorcer les récurrentes tensions entre les différents usagers de l’espace public.

Pédagogie, valorisation et réappropriation du patrimoine au Grenoble Street Art Fest

Plus proche, courant juin, le troisième Grenoble Street Art Fest va également fêter le street art pour mettre en avant un art offrant « une manière de regarder la ville différente et souvent bienvenue dès que les artistes ont le temps et l’autorisation de montrer leur savoir-faire » ainsi que le présente Spacejunk, l’association organisant l’événement aux côtés de nombreuses collectivités publiques et d’acteurs privés.

De même qu’à Pessac, le but du festival est « de présenter l’ensemble des techniques et esthétiques qui constituent le mouvement Street Art dans toute sa globalité et sa pluralité de disciplines ». Le festival réunissant artistes locaux mais aussi artistes de renommée internationale poursuit deux objectifs forts : « la réalisation d’œuvres artistiques visibles par toutes et tous et la rencontre entre les artistes et le public ».

Une rencontre permettant d’anticiper et encore une fois désamorcer toutes les possibles incompréhensions ou tensions, et « rendue possible grâce à une médiation constante et la mise en place de nombreux projets éducatifs ». Invités à assister à la réalisation des différentes œuvres, les habitants vont pouvoir dialoguer, comprendre la démarche des street artists et donc mieux accepter ces nouvelles pratiques artistiques.

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Fresque réalisée pour le Grenoble Street Art Fest

Collages pochoirs, sculptures urbaines, installations, expositions de photographies seront à l’honneur ainsi que la réalisation de grandes fresques monumentales destinées à être pérennes. La dimension d’embellissement de la ville à des vues d’attractivité touristiques est donc également bien présente dans ce festival. Cette dimension est même partie intégrante du projet de rénovation d’un quartier périphérique de Grenoble au sein duquel le street art va servir à « renforcer l’attractivité de ce quartier ».

Le street art français s’exporte bien avec l’artiste Seth et fait aujourd’hui de nombreux émules chez les jeunes et les moins jeunes. Une évolution culturelle que les collectivités peuvent embrasser, tant elle offre des opportunités de développer de véritables projets à la fois originaux, artistiques, de promotion des artistes locaux mais aussi de (re)valorisation du patrimoine à moindre coût.

 

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