Gaspillage alimentaire : le milieu scolaire déclare la guerre

Selon une étude menée par l’ADEME, l’agence de l’environnement et de la maitrise de l’énergie, le gaspillage alimentaire représente un coût de 0,27 euro par repas, soit 14% du prix d’achat des aliments dans la restauration collective comme les écoles, les hôpitaux, les entreprises etc. La valeur théorique des pertes et gaspillages, tous les acteurs et toutes les filières alimentaires confondus, est évaluée à 16 milliards d’euros ! Le milieu scolaire, sensible à ces causes environnementales se mobilise par l’innovation et l’éducation.

Lutter contre le gaspillage

Depuis 2005, le label Eco-école est décerné par l’association Teragir (ndlr : ancienne Office français de la Fondation pour l’Education à l’Environnement en Europe). Le label Eco-Ecole, Eco-Collège, Eco-Lycée valorise l’engagement des porteurs de projet et concrétise les efforts menés tout au long de l’année aux établissements scolaires qui s’engagent vers un fonctionnement éco-responsable et intègrent l’éducation au développement durable dans les enseignements.

Le Collège Ernest Perrier de la Bathie à Ugine (73), établissement labellisé E3D (en démarche de développement durable) est un exemple type de ces établissements qui luttent contre le gaspillage alimentaire. Les collégiens disposent d’un salade-bar : chacun peut se servir en fonction de ses goûts et de son appétit. A la fin du repas, les élèves trient et pèsent leurs déchets. Le pain non consommé est récupéré pour servir comme exemple, entreposé dans une grande « poubelle » vitrée permettant de se rendre compte du gaspillage.

Cette démarche éco-responsable est organisée autour de 3 axes :

  • le tri des déchets ;
  • la maîtrise des quantités dans les assiettes ;
  • une restauration basée sur la simple réflexion de prendre juste ce dont on a envie, pas plus que ce que l’on va manger pour ne pas jeter.

« ON VOIT QU’IL Y A DES COMPORTEMENTS RESPONSABLES QUI SE METTENT EN PLACE », LIONEL BERGER, PRINCIPAL DU COLLÈGE  ERNEST PERRIER DE LA BATHIE

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Depuis 2004 et le transfert de la compétence « service et personnels de restauration scolaire » au département de la Savoie, la démarche s’étend aux autres établissements. Elle s’inscrit dans les objectifs du Plan Nutrition-Santé :

  • un équilibre alimentaire dans les assiettes ;
  • une éducation au goût ;
  • une sensibilisation au respect de l’environnement, au tri et à la lutte contre le gaspillage.

En parallèle, cette démarche s’inscrit également dans le projet Alcotra, projet transfrontalier avec Turin, financé à 70 % par l’Europe et qui suit 2 axes privilégiés :

  • la lutte contre le gaspillage alimentaire ;
  • le développement des circuits courts.

Afin que la démarche ne signifie pas un surcoût pour les familles, le prix des repas est resté de 3 €/mois, soit 50 % du prix réel, le surcoût étant supporté par le département de la Savoie.

Limiter le gaspillage alimentaire, c’est bien mais ce n’est qu’une première étape.  Que faire des déchets qui sont néanmoins produits ?

Valoriser les déchets

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A Vence (06), dans sa mobilisation en faveur de la diminution et de la valorisation des déchets alimentaires, la Ville a doté l’école du Suve d’un composteur rotatif manuel. L’école du Suve, refuge LPO et cultivant un mini-potager, s’est portée volontaire de l’expérimentation. Capable de traiter jusqu’à 12 litres de déchets organiques chaque jour, le composteur rotatif manuel permet d’éliminer et de recycler les restes de nourriture crus, cuits, frits ou fumés : viande, os, poisson, crustacés, légumes, fruits, pain, biscuits, œufs, coquilles et boites…

L’objectif ? Réduire le volume des déchets issus des cantines, mais aussi valoriser et sensibiliser le personnel dédié.

La municipalité a investi près de 2 000€ (ndlr : ce budget inclut l’achat du composteur mais aussi la formation du personnel) dans cette expérimentation qui cherche à trouver une solution au problème des déchets en contribuant à réduire les volumes transportés vers l’incinération. En encourageant le compostage, la Ville opte pour un moyen facile et économique de recycler les matières organiques et de produire un compost qui structure le sol, nourrit et améliore la croissance des plantes… notamment celles des jardins publics.

Même démarche depuis 2009 dans l’école primaire de Moussy le Neuf (77) où un dispositif de compostage est installé afin de réduire les coûts de collecte et de traitement des déchets fermentescibles (déchets verts, les rebus de cuisine ou du potager…). Soutenu par la Région Île-de-France, le projet incite les élèves à vider eux-mêmes leurs plateaux, en triant les déchets recyclables et les déchets fermentescibles qui sont directement vidés dans un bio fermenteur. Après 4 à 6 semaines, le compost sera maturé et affiné dans le bac d’affinage par lombricompostage, puis utilisable directement sur les cultures environnantes.

Plus que le développement de nouvelles pratiques écoresponsables, c’est l’intégration au sein même du programme éducatif, à travers des activités ludiques et pédagogiques, que le message environnemental doit s’immiscer.

De l’importance de l’éducation

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Même si le comportement de beaucoup d’adultes laisse grandement à désirer, la lutte contre le gaspillage alimentaire mais aussi la réduction des déchets en général passe notamment par l’éducation des nouvelles générations.

Ainsi, à Auch (32), dans le cadre de la Semaine européenne de la réduction des déchets de novembre 2016, huit classes de primaire de la ville y ont été accueillies sur des stands animés par Grand Auch et ses partenaires.

« CE SONT LES ENFANTS QU’IL FAUT SENSIBILISER À TOUTES CES PROBLÉMATIQUE DU TRI SÉLECTIF, DU COMPOSTAGE ET DE LA CONSOMMATION RESPONSABLE CAR CE SONT EUX QUI ARRIVERONT À MODIFIER LE COMPORTEMENT DE LEURS PARENTS », CHRISTOPHE COURTOT, CHARGÉ DE LA COLLECTE DES DÉCHETS AU GRAND AUCH.

Sensibilisation à l’environnement dans la Communauté de Communes Océan-Marais de Monts : A l’ordre du jour, goûter « 0 déchet », sensibilisation au reconditionnement du matériel électrique, présentation d’une boîte de récupération de vêtements, de vaisselle réutilisable, de produits d’entretien écologiques ou de poules mangeuses de déchets (ndlr : solution qui fait bien des émules : Besançon, Méricourt, Villeneuve-sur-Lot, Haute-Somme…).

Afin de sensibiliser les jeunes, les initiatives pullulent. Théâtre mais aussi invention d’un sport, le « basket déchet » à l’école Jules-Verne de Vitry-sur-Seine (94), une manière ludique d’apprendre le tri sélectif et que les bricks alimentaires, par  exemple, peuvent rejoindre les emballages cartons dans la poubelle réservée aux déchets recyclables. L’univers vidéo-ludique est également mobilisé, de nombreux petits jeux vidéo à destination des plus jeunes ont été développés à l’instar de Smedar Junior ou des petits jeux interactifs proposés par la Mairie de Paris.

Enfin, si la sensibilisation des jeunes aux problématiques de réduction des déchets et du recyclage vise les plus jeunes, elle est également présente tout au long de la scolarité. Ainsi, au lycée professionnel des métiers de l’automobile Gaspard Monge à Savigny sur Orge (91), les lycéens de première professionnel carrosserie ont participé à un projet très intéressant visant à les sensibiliser au traitement des déchets automobiles : à partir de travaux photographiques de Yann Arthus Bertrand, ils ont été amenés à réaliser leurs propres photos qui ont ensuite donné lieu à une exposition. Une bien belle façon de lier éducation, sensibilisation et valorisation du travail des lycéens.

Si de nombreuses écoles prennent le virage du bio et des produits locaux afin de concilier qualité des produits et dynamisme économique local, penser à toute la chaîne de valeur pour l’environnement permet de faire de considérables économies : le conseil départemental de l’Isère a réduit d’un tiers le gaspillage dans ses 96 collèges, réalisant ainsi une économie de 1 million d’euros par an, réinvestis dans des produits de meilleure qualité (source ADEME).

Finalement, si l’on veut que les générations futures mènent des actions respectueuses de l’environnement, c’est en associant le monde éducatif à ces causes que les pratiques citoyennes évolueront dans le sens du développement durable.

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