Maison de l’égalité femmes-hommes : initiative unique à généraliser

Les témoignages sont légion : le concept d’égalité homme femme a encore du mal à s’imposer dans les mentalités. Dans les territoires, les initiatives se multiplient et, à Echirolles, une maison de l’égalité femmes-hommes a été lancée en 2005. Créant une dynamique de territoire avec l’envie d’instaurer l’égalité au sein même de la commune, l’initiative semble pourtant unique en France.

Fruit d’un engagement politique fort

Projet mis en place dans le cadre du PIC Urban – Programme européen d’Intérêt Communautaire -, la Maison de l’Egalité femmes-hommes est le fruit d’une volonté des élus de la commune d’Echirolles d’installer une vraie structure dédiée plutôt que d’organiser des événements éphémères nous explique Nathanaël Cabaré, chargé de projets égalité homme femme et lutte contre les discriminations pour la Ville d’Échirolles et Grenoble-Alpes Métropole.

« Les professionnels et les pouvoirs publics estimaient que nous manquions d’un lieu pour penser ces questions-là. Il nous manquait un centre source, d’éléments pour pouvoir travailler ces sujets de manière pertinente et approfondie, décrit M. Cabaré. L’objectif était donc à l’origine de pouvoir favoriser ces sujets d’égalité homme femme tout en encourageant la participation citoyenne sur ces questions ».

Les communes avoisinantes ont été également liées au projet d’origine, avant que la structure ne passe sous le giron de Grenoble-Alpes Métropole en 2009. « Un conventionnement a été fait avec la communauté d’agglomération qui est devenue la métropole, expose Nathanaël Cavaré. Grenoble-Alpes Métropole prend maintenant en charge une partie du temps de travail de l’équipe de la Maison pour l’Egalité femmes-hommes pour travailler sur des missions équivalentes à celles de la ville d’Echirolles mais à l’échelle de la métropole, soit 49 communes ».

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Accompagnement de projets ou organisation d’événements, la maison de l’égalité femmes-hommes se veut un partenaire incontournable

Clairement soutenue par les pouvoirs locaux, la Maison de l’Egalité femmes-hommes souffrent pourtant encore d’un déficit d’image déplore M. Cabaré. « Nous avons toujours besoin de communiquer car la composition de notre structure est particulière : nous sommes très souvent identifiés comme une association, les gens ont du mal à déterminer nos missions, si nous dépendons uniquement d’Echirolles ou de la métropole, etc, regrette-il. Notre structure est compliquée et entraîne donc un vrai déficit de communication ».

Accompagner, sensibiliser… être un partenaire incontournable

A l’origine, les missions de la Maison pour l’Egalité femmes-hommes étaient doubles nous explique-t-il : « une ambition de favoriser la question de la thématique de l’égalité homme femme à l’échelle des communes qui avaient participé au projet urbain, c’est-à-dire une volonté d’être un centre source qui propose des documents, des films, des DVDs, des livres… sur la question de l’égalité homme femme. Mais il fallait aussi être dans l’accompagnement de projets sur cette thématique, explique M. Cabaré. La deuxième ambition était donc d’être dans le développement de projets locaux sur les questions d’égalité et dans l’accompagnement d’habitants ».

Conférences-débats, échanges en petits comités, expositions étaient ainsi à l’ordre du jour ainsi que « l’accompagnement de filles dans la pratique sportive par exemple, parce que l’on sait qu’elles en sont régulièrement éloignées, mais aussi l’accompagnement de projets plus globaux comme de l’accompagnement dans la pratique artistique, développe Nathanaël Cabaré. Par exemple, nous avons accompagné certains habitants qui voulaient traiter la problématique de l’égalité homme femme et qui ont réalisé des sketchs ».

Le passage sous le pavillon métropolitain a amené de nouveaux objectifs, au niveau de l’agglomération et au niveau de la commune :

  • Faire de l’accompagnement de porteur de projet : « toute personne qui a un projet sur l’égalité homme femme, c’est notre devoir de l’accompagner» expose M. Cabaré. Il s’agira alors de « recherche de réseautage, d’aide à la recherche de financement, apport d’expertises, de contacts, etc. ».
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La maison de l’égalité femmes-hommes accompagne tous les porteurs de projets portant sur l’égalité homme femme

La Maison a ainsi accompagné récemment un photographe souhaitant mettre en avant les sportives dans des sports connotés masculins et, inversement, des sportifs engagés dans des sports dits féminins. « Sur ce type de demande, nous faisons le lien avec le réseau des clubs de l’agglomération et ceux que nous connaissons qui seraient susceptibles de fournir des sportifs/sportives, décrit M. Cabaré. Nous aidons aussi à trouver un lieu pour exposer ou des financements ».


La métropole conduit un appel à projet appelé « le jeune pour l’égalité » : sur un an, une enveloppe de 10 000 € est destinée aux jeunes entre 7 et 25 ans qui souhaiteraient mener des projets sur l’égalité homme femme. « Nous sommes chargés de les accompagner à hauteur de 2 000€ par projet, de faire des rapports d’expertise, de trouver des contacts, des gens pour aider… Cela permet d’aider les jeunes qui viennent nous soumettre des projets ».


  • Mission de sensibilisation qui répond à toute demande d’acteurs du territoire : organisation d’opérations de sensibilisation sur l’égalité homme femme d’une demi-journée maximum. « Cela peut être des entreprises autour de la mixité des métiers, des structures jeunesses qui opèrent dans des quartiers populaires, des interventions dans les classes sur les relations filles-garçons ou dans des centres sociaux…, énumère Nathanaël Cabaré. Ce sont des petites interventions à la carte que nous organisons avec les personnes intéressées» ;
  • Mission de valorisation de l’existant et information : « nous avons une vingtaine d’expositions, une vingtaine d’outils pédagogiques type jeux sur l’égalité homme femme, des petits quizz… que l’on met à disposition » ;
  • Mission de mise en réseau : sur l’agglomération grenobloise, de nombreux acteurs, notamment associatifs et élu(e)s, se mobilisent autour de la question de l’égalité homme femme. « L’idée est de les faire se rencontrer pour faire en sorte que des problématiques communes émergent, que des envies d’agir ensemble se développent, etc » nous explique M. Cabaré.

N’ayant pas une qualification d’accompagnement social ou juridique, la Maison de l’Egalité femmes-hommes ne fait pas d’accompagnement individuel. « Le public que nous accueillons est essentiellement constitué de professionnels, d’intermédiaires qui sont en contact avec les publics, nous explique-t-il. Nous travaillons beaucoup avec des animateurs, des éducateurs jeunesses, des techniciens, des directeurs de centres sociaux, etc. ».

Une initiative unique et c’est dommage

Très intéressante, l’initiative semble pourtant bien seule dans le paysage français. A sa connaissance, une seule structure similaire existe, en Île-de-France : le Centre Hubertine Auclert. Pourquoi ?

Selon Nathanaël Cabaré, les Maisons des femmes – bien plus présentes dans les territoires et plutôt sur du soutien à la vie associative ou l’accompagnement de femmes victimes de violence – sont une première étape « mais elles dépendent d’un engagement « un peu plus léger » des pouvoirs publics : de la mise à disposition de locaux, des subventions aux associations…, des choses qui ne sont pas beaucoup « engageantes » pour les collectivités ».

Ainsi, l’installation d’une Maison de l’Egalité femmes-hommes va nécessiter un réel engagement des acteurs politiques comme ce fut le cas à Echirolles et Grenoble. Cette nécessité d’un engagement politique de la part des élus serait donc un élément explicatif de la rareté de ce type d’initiative. De plus, le contexte du programme européen « a beaucoup joué : il y avait une fenêtre d’opportunité et cela a permis aux élus de la commune d’Echirolles de fonder cette maison ».

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Sensibilisation des jeunes ou débats autour de l’égalité homme femme font partie des missions de la Maison pour l’Egalité femmes-hommes

Nathanaël Cabaré note cependant certaines initiatives passées comme une Maison de l’Egalité à Amiens, davantage portée sur les questions de racisme, « mais qui n’a pas résisté au changement de majorité et à la restructuration des services. Il y a quelques initiatives éparses en France mais nous sommes une structure plutôt unique » regrette-il.

De plus, si installer une telle structure répond à une volonté politique, la question du financement va aussi jouer. En effet, « en 2005, c’est vrai que c’était une époque où la question des moyens des collectivités et de l’Etat n’était pas encore passé en rouleau-compresseur [sic] sur l’ensemble des projets et les marges de manœuvre étaient sans doute plus larges ».

Ces problématiques ne doivent pourtant pas arrêter les élu(e)s qui souhaiteraient en faire de même. Aujourd’hui, la plupart des partis se sont emparés de la problématique de l’égalité homme femme mais « il faut avoir une vision politique assez claire de là où l’on veut aller et un vrai courage politique pour aller sur ces questions » encourage Nathanaël Cabaré. Pour ce faire, il encourage vivement à se reposer sur ses collègues élu(e)s engagé(e)s dans des démarches similaires et de profiter au maximum des réseaux de femmes élues à l’image de ceux animées par Elueslocales.fr.

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