Doit-on repenser l’aménagement urbain à hauteur d’enfants ?

En décembre dernier, le Réseau Français des Villes Éducatrices (RFVE) a organisé une rencontre à Lille autour du thème : « la ville à hauteur d’enfants ». Car le point de vue des enfants, non seulement, compte mais permet aussi d’améliorer l’aménagement urbain des villes.

L’aménagement urbain, peu adapté aux populations

Bien loin d’être objective, la ville est souvent conçue et aménagée, pour ne pas dire optimisée, pour un public-type, sans tenir compte véritablement de l’ensemble de la population. Mais de nombreuses démarches viennent remettre en question ce modèle faussement neutre : les marches exploratoires, notamment, permettent de repenser la ville d’un point de vue féminin. Et on met de plus en plus en avant celui des personnages âgées, car une ville adaptée à cette population est une ville accessible pour tout le monde.

Trop souvent oubliée, la question de l’aménagement urbain pour les enfants relève d’une problématique légèrement différente : la ville conçoit des espaces pour les enfants, mais uniquement pensés à travers les adultes. C’est le paradoxe que constate Damien Berthilier, président du RFVE, lors de son discours inaugural des rencontres sur  » La ville à hauteur d’enfants ». Selon lui, « L’enfant n’a jamais eu autant de place dans toutes les préoccupations des adultes, mais, dans le même temps, il n’a jamais eu aussi peu d’autonomie qui lui est laissée, que ce soit dans l’aménagement des voiries, des squares, etc., on est dans l’idée qu’il faut le prendre en charge, le protéger. » Il semble donc nécessaire de repenser certains aménagements urbains en y intégrant dans la démarche, les principaux concernés, c’est-à-dire les enfants.

Un enfant joue à la marelle

Des initiatives concrètes pour questionner le point de vue des enfants

Charlotte Brun, adjointe au maire de Lille en charge des politiques éducatives, explique dans son discours lors des rencontres RFVE, que : « se poser la question de la ville à hauteur d’enfants, c’est repenser l’ensemble de nos politiques publiques d’un point de vue plus individualisé ». En effet, les enfants ont une représentation de l’espace différente des adultes, et c’est en prenant en compte celle de chacun, que l’aménagement urbain doit être pensé. Pour obtenir le point de vue des enfants, plusieurs initiatives ont été organisées et détaillées lors de ces rencontres :

  • « La rue aux enfants » : une rue est fermée afin que les enfants puissent se réapproprier cet espace. Des animations et des activités y sont proposées et aménagées en fonction des besoins et des attentes des enfants. L’exemple le plus pertinent, c’est une rue à la sortie d’une école.
  • « Démarche prospective en géographie » : selon le compte-rendu de cette initiative, « c’est un travail partenarial entre les collèges et différents acteurs du territoire. Les jeunes doivent se projeter dans leur ville dans les 40 prochaines années ». Accompagnés par leurs professeurs dans la ville, les enfants sont libres de s’exprimer sur les lieux qu’ils aiment ou qui leur posent problème afin d’en déterminer les raisons pour établir le meilleur diagnostic.

Quels sont les usages à adapter ?

La problématique de l’aménagement urbain pour les enfants est liée à deux thématiques importantes. La première concerne l’éducation et donc, les établissements scolaires : « les écoles sont belles mais pensées par des adultes« . Les enfants y notent des petits problèmes pratiques comme les chaises trop fragiles pour leurs lourds cartables ou un cloisonnement cours de récréation/salle de cours qui ne fait pas forcément sens pour eux. Et la question peut aussi s’articuler avec d’autres, comme l’égalité filles-garçons : repenser l’aménagement permet de réinterroger les normes établies.

La seconde thématique concerne le transport. La voiture reste le quotidien pour beaucoup d’enfants car certaines pratiques doivent donner lieu à davantage de sensibilisation. La RATP note par exemple qu’il faudrait mieux sensibiliser les enfants sur la notion de changement, de correspondances, ce qui est valable pour tout transport en commun. Pour le vélo, la France accuse un retard par rapport à d’autres pays comme l’Allemagne où des enfants de sept ans peuvent circuler seuls, car il existe une plus grande surveillance dans les rues. Parmi les initiatives à privilégier, le pedibus est reconnu comme un bon moyen pour permettre aux enfants de circuler en groupe et en sécurité dans la ville. Toutes ces pratiques sont aussi à encourager dans une perspective environnementale, car c’est dès le plus jeune âge qu’il faut encourager les bonnes pratiques.

Deux enfants à vélo sur un chemin

Les enfants et la commune : entre autonomie et sécurité

Pour permettre la réussite de ces pratiques, il faut maîtriser le bon dosage entre la sécurité et l’autonomie. Il y a des phases par lesquelles passe l’enfant et qui lui permettent de s’approprier progressivement le territoire. Les enfants évoluent tout d’abord dans l’espace urbain sous la stricte surveillance parentale, puis acquièrent une autonomie restreinte, et enfin leur indépendance dans leurs déplacements. C’est un processus important grâce auquel l’enfant se construit à travers ses choix responsables (suivre de manière autonome le trajet qu’on lui demande de prendre, quitte à emprunter peut-être, un chemin buissonnier) et sa propre expérimentation de la ville à travers ses trajets. L’autonomie est donc importante, mais il faut savoir l’articuler correctement avec la sécurité.

D’une manière générale, nous avons tendance à appréhender la ville uniquement d’un point de vue sécuritaire. La rue est trop souvent pensée comme un endroit où il ne doit rien se passer ; un lieu où on doit éviter précisément qu’il s’y passe quelque chose (des accidents, des crimes, etc.) Et c’est encore plus le cas lorsque cela concerne les enfants, alors que leur laisser une certaine autonomie est nécessaire. Mais la peur, souvent légitime, des adultes, freine cette démarche. Et cette problématique sécuritaire est aggravée par les attentats qui accroissent cette peur, et qui amènent certaines initiatives à être annulées par mesure de précaution.

Les enfants, des citoyens d’aujourd’hui et de demain

Comme nous l’avons vu plus haut, il y a de nombreux avantages à questionner l’aménagement urbain du point de vue des enfants. Ces derniers peuvent cibler leurs problèmes mais ils présentent aussi l’avantage d’apporter un point de vue vraiment différent. Les enfants ont en effet tendance à penser de manière plus collective et moins personnelle. Ils ont un franc-parler et une vision plus concrète des choses : ils vont directement évoquer le problème et suggérer sa solution, de manière très pragmatique parfois, comme pour les chaises trop légères par rapport à leur cartable. Et ils sont expurgés des appréhensions propres aux adultes ; la rue n’est pas un lieu qui doit être figé et où rien ne doit arriver, elle peut au contraire être aménagée comme un espace social, comme une aire de jeu, etc.

Mais impliquer les enfants dans l’aménagement urbain, c’est aussi les reconnaître pleinement comme des citoyens. On montre qu’on les écoute, qu’ils sont pris en considération et qu’ils ont un véritable impact sur la société. C’est un excellent moyen de les préparer à la vie citoyenne et leur montrer une vision positive de l’engagement citoyen. Une pratique qu’ils perpétueront une fois adulte.

Une fille fait de la balançoire devant une ville

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