Loi mobilités : 3 exemples ruraux à suivre

Aujourd’hui, la loi d’orientation sur les mobilités (LOM) doit être discutée en séance au Sénat. Le projet prévoit une série de mesures afin de développer des solutions alternatives à la voiture individuelle, y compris dans les territoires ruraux. Mais déjà, des collectivités expérimentent des alternatives efficaces. Zoom sur 3 pratiques à connaître.

Un plan pour relancer les mobilités…

Les transports font partie du quotidien des Français et sont souvent essentiels pour leurs déplacements, que ce soit pour leur formation, leur vie professionnelle ou leurs loisirs. Mais il existe d’importantes disparités qu’il faut combler. C’est l’objectif que se fixe la loi mobilités proposée par le gouvernement. Pour Élisabeth Borne, la ministre des transports, cette loi se doit « d’apporter des solutions pour tous, plus efficaces, plus propres, plus accessibles. »

Une série de « mesures-clés » est ainsi prévue pour remplir ces quatre objectifs. Parmi les idées les plus ambitieuses, le gouvernement compte tripler l’usage du vélo d’ici à 2024, comme le confirme la ministre : « C’est l’objectif du plan vélo pour, à la fois, permettre d’avoir des itinéraires protégés pour le vélo, de lutter contre le vol des vélos. ».

Le projet de loi prévoit également de réduire le coût du permis de conduire, de mettre en place des navettes autonomes en circulation dès 2020, d’accompagner le déploiement des véhicules électriques, et promet des solutions alternatives à la voiture individuelle sur 100% du territoire. L’encouragement de ces pratiques se fera via un forfait mobilité durable : les employeurs pourront donner 400 euros à leurs salariés qui privélégient le vélo ou le covoiturage.

… et désenclaver les territoires ruraux

La ministre des transports, Élisabeth Borne évoque les disparités territoriales contre lesquelles, elle souhaite lutter : « Les transports, c’est essentiel pour la vie de tous les jours, pour se former, pour aller se soigner, pour aller au travail mais aujourd’hui, il y a beaucoup de nos concitoyens qui n’ont pas d’autres solutions que la voiture individuelle et qui, de fait, peuvent avoir un sentiment d’assignation à résidence ou d’injustice ». La loi prévoit donc « un plan sans précédent pour développer les transports en commun et désenclaver les territoires ».

Mais pour parvenir à cet objectif, le gouvernement veut surtout généraliser la pratique de l’intermodalité: « En rendant publiques toutes les informations sur les services de transport, cela nous permettra plus facilement de développer des applications pour vous aider à démarrer un trajet en covoiturage, aller jusqu’à la gare, prendre un train et puis terminer par exemple en autopartage ». C’est ce que doit apporter le « billet porte à porte » : il se présente comme un titre de transport unique, accessible via notre téléphone, qui nous permettra de cumuler les différents modes de transport (vélos en libre-service, trains, transports en commun) pour un trajet porte-à-porte. Pour la ministre, « l’objectif, c’est, en un clic, de pouvoir combiner tous les modes de transport. »

Le projet de loi se veut innovant et propose  » une transformation profonde » de la politique des transports. Mais actuellement, des collectivités expérimentent déjà des solutions alternatives qui se révèlent efficaces, même dans les territoires isolés.

Gironde : une plateforme de covoiturage en ligne

C’est le cas de la Gironde qui dispose du réseau routier le plus important de France avec plus de 6.500 kilomètres de routes départementales. Malgré ce réseau important, les embouteillages sont très fréquents : « Ceux-ci sont liés au trop grand nombre de véhicules sur la route : 80% de Girondins se rendent sur leur lieu de travail en voiture et la majorité des voitures circulant sur la rocade de Bordeaux n’est occupée que par une seule personne. » Pour pallier le problème, le département a donc décidé d’encourager le covoiturage, mais aussi l’intermodalité. Après avoir installé 86 aires de covoiturage pour un total de 1.576 places de stationnement disposées sur l’ensemble du territoire girondin, le département a créé une plateforme de covoiturage pour mettre en relation les usagers.

Ainsi, depuis 2016, des milliers d’utilisateurs girondins se sont inscrits sur le site du département afin de proposer ou de rechercher un covoiturage. La plateforme possède également des partenariats avec certains employeurs qui constituent le « Club de la Mobilité » : cela concerne des établissements comme le CHU de Bordeaux, EDF Commerce Sud-Ouest, mais aussi des secteurs-clés comme la zone commerciale et industrielle Bordeaux Lac.

En Gironde, le département a lancé un grand programme pour favoriser le développement du covoiturage.

Le Vélo Qui Rit : l’association citoyenne qui met en exergue les besoins de mobilités

Située dans le Jura, le Vélo Qui Rit est une association qui regroupe les usagers de la bicyclette de la ville de Lons-le-Saunier et de la région. Créée en 2001, elle a pour objectif de « défendre le partage de la rue et promouvoir les déplacements au quotidien à vélo le long d’itinéraires sécurisés ».

Concrètement, l’association propose de « réunir les idées, les besoins, de recenser les difficultés des usagers de la route et de la rue désirant se déplacer à vélo pour aller au travail, à l’école (primaire, collèges, lycées), faire ses courses, aller se promener en ville ou aux champs, se rendre dans les différents lieux publics (services, administrations, collectivités, entreprises, espaces culturels et sportifs), rejoindre les gares (développement de l’intermodalité vélo – car – train…) ». Afin de se constituer comme « force de proposition », les adhérents se réunissent régulièrement pour échanger sur les actions à mener et les points à améliorer. L’association rencontre ensuite les collectivités. Enfin, Vélo Qui Rit organise des événements publics comme « la Fête du Vélo » ou mène des opérations comme « À vélo au boulot » afin de susciter des prises de conscience et d’encourager la pratique de ce transport doux. L’association compte une centaine d’adhérents en 2019.

La mobilité inversée : un concept expérimenté dans les Ardennes

À Vouziers, commune de 4.500 habitants située dans les Ardennes, la question de la mobilité soulève de nombreuses problématiques : la gare est fermée depuis des décennies, l’axe autoroutier ainsi que la première grande ville, Reims, se trouvent à des dizaines de kilomètres et les services publics s’amenuisent petit à petit. Afin d’aider la population la moins aisée, particulièrement touchée par cet isolement, le centre social de la commune a décidé de créer, il y a quelques années, un premier service d’aide à la mobilité. En partenariat avec une antenne de « l’École de la deuxième chance », destinée aux personnes sans diplôme, ainsi qu’une autre formation en insertion, celle-ci réservée aux allocataires du RSA, le centre emploie deux chauffeurs chargés chaque matin de conduire les personnes inscrites dans ces formations.

Le centre social travaille également avec la communauté de communes dans le but de promouvoir le « court-voiturage », un covoiturage à échelle locale. La mise en place de ce réseau est confiée à Rézo Pouce, une société coopérative qui développe un service d’autostop.

Enfin, le département souhaite lancer une nouvelle initiative sur le territoire : la mobilité inversée. Romain Discrit, employé du centre social résume cette expérimentation en un concept : « Plutôt que de faire se déplacer toute la population vers les centres, on essaie de redéployer les services itinérants sur le territoire ». Pour cela, une plateforme, Mobil’Ardennes est en cours de création. Elle doit aboutir au regroupement de tout ce qui concerne la mobilité sociale au sein du territoire : autoécoles sociales, garages solidaires, garages associatifs, organismes faisant de la location de scooters et de vélos pour les personnes en réinsertion. De quoi permettre de relancer l’idée de services publics de proximité, après des décennies de délitement sur le territoire.

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