Repenser l’aménagement urbain grâce à la neige

L’hiver n’est pas encore arrivé mais la neige est déjà là. En fin de semaine dernière, une large partie du pays s’est retrouvée enneigée et il en sera sûrement de même pour les prochains jours. Mais plutôt que ressortir les traditionnels « marronniers » sur le sujet, ces fameux articles types qui reviennent au fil des saisons, la neige devrait cette année nous inviter à réfléchir sur l’aménagement de nos villes.

La neige, un excellent révélateur de l’aménagement urbain

Dans les villes enneigées, il est facile d’analyser le comportement et les pratiques des citadins car la neige laisse une marque sur nos routes. Ou plus exactement, nous, et particulièrement ceux d’entre nous en véhicule, laissons une marque sur la neige. Et ces nombreux tracés ainsi dessinés permettent de représenter parfaitement le trajet effectivement emprunté par les voitures, en laissant immaculées les parties délaissées de la voie, et donc, d’une certaine façon, inutiles. Une méthode finalement simple, efficace et surtout gratuite de constater si des ajustements sont nécessaires et envisageables.

Ce phénomène, simple à voir, de plus en plus de personnes le constatent, le photographient et le commentent. Car c’est un moyen efficace d’évaluer précisément les habitudes des conducteurs et de déterminer la place véritablement nécessaire aux véhicules pour circuler, même s’il faut en réalité prendre en compte un peu plus d’espace pour les deux rétroviseurs. L’impact de l’image est tout de suite marquant : chaque partie enneigée sur la route représente un gaspillage de l’espace urbain.

Le sneckdown, un constat venu d’Internet

Tout est parti de cette vidéo réalisée en 2011 par Clarence Eckerson JR (et malheureusement restée non sous-titrée). Le vidéaste de StreetFilm constate après une tempête de neige particulièrement violente à New York, que des immenses tas de neiges se sont formés sur les côtés des routes suite au passage répété des voitures. Il invente ainsi le concept de « sneckdown » pour « snowie nekdown » en référence à ces monticules de neige qui peuvent mesurer parfois un mètre de haut. Plus que le rôle de révélateur de l’aménagement des routes, Clarence Eckerson JR note que ces tas de neige ont une influence positive sur la circulation : ils incitent les conducteurs à la prudence. D’où l’idée pour certains d’envisager des trottoirs surélevés afin de maintenir ce même comportement de prudence de la part des conducteurs.

Mais ce n’est que quelques années plus tard que ce phénomène connaît une certaine popularité grâce au réseau social Twitter. A partir de 2014, de nombreux internautes interpellent leur communauté au sujet de ces sneckdown, photos, souvent probantes, à l’appui. L’idée se généralise ainsi et ne se limite plus stricto sensus aux monticules de neige mais tout simplement aux traces laissées par la neige. Et la question de l’aménagement finit par primer sur celle de la sécurité routière, contrairement au constat initial de Clarence Eckerson JR.

Comme le montre cette capture d’écran d’un compte Twitter, des communes en ont déjà profité pour mieux réaménager leur routes. Et il n’y a pas forcément besoin de grands travaux routiers : une signalétique ou quelques poteaux suffisent bien souvent.

Une prise en compte bientôt en France?

En France, la prise en considération de cet aspect n’en est qu’à ses balbutiements. Mais l’article d’Olivier Razemont, spécialiste de la question des transport et de l’urbanisme et auteur, entre autres, de Comment la France a tué ses villes, devrait permettre de populariser ce phénomène. Publié sur le site internet du journal Le Monde, l’article suscite l’enthousiasme de ses lecteurs et les partages sur les réseaux sociaux. L’auteur pousse à la réflexion et invite les urbanistes et les techniciens de la voirie à observer tout sneckdown. Mais c’est surtout un travail pour les élus locaux ; la voirie et l’aménagement des routes étant une compétence communale ou intercommunale. « Nos élus auraient peut-être avantage à sortir crayon et papier au cours de la prochaine bordée de neige. Non pas pour calculer leur budget de déneigement, mais pour noter les faiblesses urbanistiques de leur secteur » constate un journal québecois cité dans l’article d’Olivier Razemont.

C’est aussi un travail pour les citoyens qui souhaiteraient soulever cette question auprès de leur mairie. Car c’est l’un des avantages des sneckdowns ; leurs évidences et leurs simplicités expliquent qu’il y ait autant d’images partagées sur Twitter. « Les images diffusées sur les réseaux sociaux sont plus éloquentes que les discours » confirme Olivier Razemont dans son article.

Mais si ce phénomène qui existe depuis longtemps ne nous a amené à questionner notre aménagement urbain que récemment, c’est parce qu’il soulève en réalité un enjeu qui est devenu beaucoup plus important de nos jours : la fin de l’hégémonie de la voiture en ville. Aujourd’hui, ce moyen de transport, s’il reste majoritaire, n’est plus le point central donc ne devrait plus être au cœur de l’aménagement urbain. Un nouveau besoin s’est créée autour des zones piétonnes et il n’est pour cela pas étonnant qu’un tel phénomène émerge pour accompagner ce changement.

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